Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre sept
Nous prîmes l’ascenseur en silence jusqu’au garage de l’hôtel, montâmes dans son SUV, et démarrâmes. Je jetai un coup d’œil derrière mon épaule et vis une berline noire qui nous suivait. Une nouvelle équipe du FBI avait visiblement été affectée.
Il roula jusqu’à un bâtiment banal à Rosslyn, Virginie, pas trop loin de mon bureau chez X-Corp. Slash brandit un badge et je dus montrer ma pièce d’identité au type qui surveillait le parking. Il chercha nos noms sur sa tablette électronique, puis nous fit signe de passer.
Une fois que nous fûmes garés, nous prîmes l’ascenseur jusqu’au hall d’entrée et cette fois, Slash dut faire enregistrer son révolver. Nous dûmes tous les deux éteindre notre portable et subir une fouille par palpation suivie d’un scan de tout le corps. Ce fut seulement après cela que nous eûmes le droit de passer.
— Je suis étonnée qu’ils ne nous aient pas fait d’examen rectal, dis-je en plaisantant.
Slash regarda droit devant lui et passa son badge sur le bloc de l’ascenseur, sans même ébaucher un sourire.
Nous montâmes jusqu’au neuvième étage et je le suivis dans un couloir jusqu’à une salle de conférence. Je comptai six hommes en costume assis autour d’une longue table rectangulaire. Ils avaient des ordinateurs portables et des documents étalés devant eux et parlaient avec animation quand nous entrâmes.
Dès qu’ils nous virent, ils se turent. Peu après, un homme corpulent en costume noir, aux cheveux châtains et lunettes, se leva et vint nous saluer.
— Bonjour, mademoiselle Carmichael. Je suis Dex Woodward, responsable des opérations de cybersécurité à la CIA. C’est un plaisir de vous rencontrer.
Je ne voyais pas où était le plaisir de me rencontrer dans de telles circonstances, mais il tendit une main, alors je la serrai. Personne d’autre dans cette salle ne semblait enclin à se présenter, de fait je m’assis sans dire un mot dans la chaise que Woodward tira pour moi. Je ne sais pas pourquoi Slash ne s’assit pas à côté de moi, mais il resta debout au fond de la salle, sans jamais croiser mon regard. Il savait quelque chose que je ne savais pas, et quoi que ce fût, j’avais le sentiment que cela n’allait pas me plaire.
— Nous apprécions votre collaboration, reprit Woodward. Nous avons identifié l’homme qui vous a tiré dessus grâce à l’échantillon de sang que nous avons pu prélever chez vos parents.
— Qui est-ce ?
— Il s’appelle Abri Pentz.
Woodward marqua une pause. Il me fixait, comme tout le monde dans la salle.
Je passai la salle en revue, puis reposai les yeux sur Woodward.
— D’accord. Ce nom est-il censé me dire quelque chose ?
— Je ne sais pas. Voilà pourquoi je vous ai posé la question.
— Je n’ai jamais entendu parler de lui.
— Vous en êtes sûre ?
— J’ai une mémoire photographique. J’en suis certaine.
— Bien. Abri Pentz est l’un des meilleurs snipers au monde. Il a, à son compte, cent soixante-dix-sept morts officiellement confirmés dans divers conflits au Moyen-Orient tout en servant dans l’armée britannique. Mais le nombre est probablement plus élevé.
— Les snipers comptent leurs morts ?
Cela me semblait un peu glauque, mais qu’est-ce que j’y connaissais dans l’armée ?
— Oui. Je vous l’assure, c’est un sniper extraordinairement doué. Toutefois, à un moment donné au cours de son service militaire, il a pété les plombs. A décimé tout un tas d’innocents et s’est fait renvoyer pour déshonneur. Aujourd’hui, c’est un tueur à gages. Il est actuellement suspect dans douze assassinats politiques très médiatisés dans le monde entier.
— Une calamité, on dirait, non ?
— Oui.
Woodward se tut et me regarda. Je jetai un coup d’œil vers Slash qui s’était mis à faire les cent pas et ne s’était pas arrêté pendant que Woodward parlait. Je croisai mes mains sur la table.
— Je crois qu’il est extrêmement clair que je ne sais pas du tout qui est ce type, ni pourquoi il a tiré sur la maison de mes parents. Mais pour l’un des meilleurs snipers du monde, il vise super mal. Si c’était moi qu’il visait, j’étais la cible idéale. La maison était illuminée comme un sapin de Noël et les rideaux étaient grands ouverts. Mais il a raté son coup. Maintenant que j’y pense, quand il est entré dans la maison, au lieu de tirer sur l’un de nous, il a tiré sur le lustre. C’est bizarre, non ?
— Pas du tout. Il n’a pas raté son coup. Il ne vous a pas tuée délibérément.
— Vous insinuez que j’étais la cible désignée.
C’était une affirmation, pas une question, mais Woodward tourna le regard vers un homme assis deux chaises plus loin. Ce dernier hocha la tête et Woodward reposa les yeux sur moi.
— Oui, vous étiez la cible désignée.
— Moi ? Pourquoi ? Si ce type est un sniper expérimenté, pourquoi ne pas me tirer dessus s’il avait réellement eu l’intention de me tuer ? Ça ne tient pas debout !
Slash prit la parole pour la première fois depuis que nous étions entrés dans cette salle.
— Il te voulait vivante.
— Mais pourquoi me voudrait-il moi, même morte ? Je ne le connais pas.
Woodward se pencha en avant.
— Il vous veut vivante pour jouer au chat et à la souris.
— Comment ça, au chat et à la souris ? Écoutez, je n’ai jamais entendu parler d’Abri Pentz. Que se passe-t-il ? Slash ?
Slash se dirigea vers Woodward et frappa de la main sur la table.
— Je vous ai dit qu’elle ne le connaissait pas, bon sang ! Continuez !
Le ton véhément de Slash fit sursauter Woodward.
— Très bien. Nous pouvons continuer. Et si vous m’assistiez ?
Slash tira une chaise à côté de moi. Il s’assit.
— Pentz n’est pas tout seul, cara. Il joue un rôle secondaire dans tout cela. Son job était de t’envoyer un message. Et c’est exactement ce qu’il a fait.
— Moi ? Un message ? Mais qui voudrait m’envoyer un message via un assassin de haut vol ?
— C’est une très bonne question, répondit Woodward. Il nous a peut-être fallu longtemps avant de le comprendre, sauf que la partie apparente de la mission de Pentz était de vous délivrer personnellement un message. Si Slash ne s’était pas trouvé chez vos parents, il aurait pu trouver une façon bien plus macabre de le faire.
Slash se renfrogna et secoua légèrement la tête, empêchant Woodward de clarifier le fond de sa pensée.
Je frissonnai.
— Pourrait-on en venir aux faits, s’il vous plaît ?
Woodward sirota une gorgée de café en me regardant pensivement.
— Une fois que nous avons compris que nous avions affaire à Pentz, nos agents ont pu reconstituer ses activités des trois derniers jours.
— Et ?
— Il voyage sous le faux nom de Roman Krusky. Il y a cinq jours, il a passé vingt-quatre heures en Tanzanie, dans la cité de Mwanza, où nous pensons qu’il a rencontré son client.
— Le client ? Celui qui l’a embauché pour m’envoyer le pseudo message ?
— Oui, Roman Krusky est entré aux États-Unis par Miami il y a deux jours.
— OK. Quel est le message ? Pourquoi je l’intéresse autant ?
Woodward brandit une clé USB blanche ordinaire.
— Nous avons trouvé cela dans la cuisine de vos parents.
— Il a laissé une clé USB dans leur cuisine ?
— Oui. Elle vous est adressée.
Mon cœur se serra.
— Qu’y a-t-il dessus ?
Slash mit sa main dans mon dos et le caressa en décrivant de petits cercles.
— Tu dois te préparer, cara. Je ne sais pas… je ne sais pas comment te préparer.
Je sentis sa main trembler à travers mon pull. Il me faisait encore plus peur que ce qui se trouvait sur cette clé USB.
— Slash, dis-moi, s’il te plaît.
Ma voix tremblait.
Il ferma les yeux et laissa échapper un souffle. Sa main se resserra sur mon épaule.
— C’est Broodryk.
Je cillai de surprise.
— Broodryk ?
Johannes Broodryk était un cybermercenaire d’Afrique du Sud. Il était un tueur à gages mêlé à toute une série de cybercrimes, et il faisait aussi dans la traite d’humains, trafic de drogues, blanchiment d’argent, et assassinats. Il travaillait pour le plus offrant, sans se soucier de la politique ou de l’idéologie. Nous avions eu un bras de fer dans ma dernière affaire et j’en étais sortie vainqueur. S’il ne s’était pas fait arrêter, j’avais profondément bouleversé ses opérations cybercriminelles mondiales. Je l’avais mis à nu et il était devenu la cible numéro un de la plupart des services secrets et cyberagents du monde entier. Il avait une grosse revanche à prendre et, apparemment, il ne me laisserait pas avoir le dernier mot.
Ma peur se transforma en colère.
— Qu’est-ce qu’il veut ? Il a mis ma tête à prix avec un gros bonnet d’assassin et le type s’est loupé ? Délibérément ? Éclairez-moi, parce que je ne comprends pas du tout ce qu’il cherche.
Slash tendit la main et rapprocha un portable de lui. Il l’ouvrit, entra un mot de passe, puis la clé USB.
Le message était une vidéo.
Il appuya sur play et un ronronnement emplit mes oreilles. Je n’arrivais plus à respirer. Je n’arrivais plus à réfléchir.
La première image qui envahit l’écran était celle d’un homme aux cheveux châtains, bâillonné, et ligoté à une chaise.
C’était Elvis Zimmerman.
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