Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre dix
Nous nous tenions côte à côte dans la chambre d’hôtel et nous rhabillions. Slash passa devant moi en ramassant son jean par terre et se pencha pour embrasser mon épaule nue. Je n’esquivai même pas son geste inattendu. J’étais de moins en moins gênée avec lui.
J’attachai mon soutien-gorge, puis passai mon T-shirt d’un coup sec.
— Et maintenant ?
Il enfila ses bottes noires.
— Nous avons une réunion avec Woodward dans une heure pour revoir nos options et faire le point sur toutes les informations que nous avons réunies à ce stade.
— Et en attendant ?
— Tu vas chez tes parents. Je dois trouver la meilleure façon de parler à Basia de Xavier.
— Ce devrait être à moi de lui en parler.
— Nous savons tous les deux qu’elle t’appellera assez tôt. Laisse-moi d’abord tâter le terrain. Je pourrai l’informer des faits et de l’état de santé de Xavier sans le composant hyper chargé affectivement, qui sera forcément présent entre vous deux. De toute façon, tu seras bien occupée avec tes parents pour les quarante prochaines minutes.
Je voulais argumenter, mais il avait raison. Mes parents seraient morts d’inquiétude et j’étais la seule à pouvoir les rassurer.
— Bien, dis-je.
Dans un soupir, j’enfilai mon jean et laçai mes baskets.
— J’imagine que je ferais mieux de le dire à Bonnie aussi, sauf si quelqu’un s’en est déjà chargé.
— À ce stade, ça m’étonnerait. Elle appréciera sûrement que cela vienne de toi.
Je m’assis sur le lit à côté de lui et il m’embrassa sur la joue. J’adorais ça, ces démonstrations spontanées d’affection.
— Tu te sens mieux ? me demanda-t-il.
— Oui.
Je marquai une pause.
— Ce n’était pas que le sexe, tu le sais, hein ?
— Je le sais.
Impulsivement, je collai une main froide sur sa joue.
— Tu es vraiment un mec bien.
Il attrapa ma main, la porta à ses lèvres, la retourna et déposa un long baiser à l’intérieur de mon poignet.
— Tu es pas mal, toi aussi.
Il se leva, fouilla dans la poche de sa veste et sortit une barre énergétique à moitié entamée.
— Tu en veux ?
— Beurk ! Non merci.
— Quel mépris de la part d’une fille qui mange des crackers au beurre de cacahouète du distributeur !
Je lui fis un petit sourire.
— Je me dis que si je continue à t’en proposer, un jour tu apprendras à apprécier toutes ces bonnes choses industrielles.
Il eut l’air tellement dégoûté que je ris.
— Ne t’inquiète pas, je mangerai quelque chose chez mes parents.
— Encore meilleure comme idée ! Allons-y.
Nous prîmes nos manteaux et allâmes en voiture chez mes parents.
Je regardai la maison quand nous nous garâmes devant. La porte-fenêtre avait déjà été obturée. Le vent de février était froid et je frissonnai en sortant de la voiture, refermant mon manteau sur moi quand nous remontâmes l’allée. Deux policiers étaient en faction devant la porte d’entrée. Slash et moi nous arrêtâmes pour discuter avec eux. J’appris qu’il y en avait deux autres derrière la maison et cela me rassura.
Slash m’embrassa rapidement sur le porche et s’en alla.
J’entrai seule dans la maison et trouvai ma famille dans le salon. Rock et Beau me sautèrent aussitôt dessus, me posèrent des tas de questions, mais ma mère les fit taire. Elle m’amena sur le canapé où je m’assis et sirotai une tasse de thé chaud, en leur donnant une version édulcorée de tout ce que je savais à ce stade.
Ma mère se couvrit la bouche quand je lui expliquai que le tireur m’avait visée.
— Quelqu’un a voulu te tuer ?
— Pas vraiment. Il n’a jamais eu l’intention de me tirer dessus. C’était censé être une menace ou un avertissement.
— Un avertissement ? C’est quoi ce bordel ? dit mon frère Rock en tapant du poing sur la table. Si j’ai bien compris, Johannes Broodryk, ce psychopathe sud-africain, a engagé Abri Pentz, un assassin chevronné, pour te tirer dessus, mais pas pour te tuer, puis a kidnappé l’un de tes amis ?
— Pas n’importe quel ami, le corrigeai-je. Elvis était avec moi au lycée quand tout est parti en vrille. Il a eu un rôle aussi déterminant que moi pour arrêter cette opération. Broodryk a d’abord kidnappé Elvis et, à présent, il essaie d’engager le combat contre moi.
— Contre toi ? Pourquoi ? Que veut ce cinglé au juste ? demanda Beau.
J’enveloppai mes doigts autour de ma tasse de thé.
— Je ne sais pas encore à quel jeu il joue.
Mon père se leva brusquement de sa chaise.
— Parce que c’est un jeu ?
Ma mère se mit à pleurer. Je me rapprochai d’elle sur le canapé et la pris dans mes bras.
— Maman, c’est bon. Vraiment. Ne pleure pas.
Elle s’essuya les yeux.
— Si seulement tu avais pris ces cours de danse classique quand je t’avais suppliée de le faire.
Cela me fit légèrement sourire.
— Bien sûr, maman. Continue de me faire culpabiliser. Oui, papa, toute cette situation est une sorte de jeu pour Broodryk. Il veut que je joue avec lui.
Mon père fronça les sourcils.
— Tu ne le feras pas.
— Je suis d’accord, dit Beau.
— Nous sommes tous d’accord sur ce point.
Rock attrapa son ordinateur portable et l’ouvrit.
— Nous n’allons pas rester les bras croisés. Nous devons faire des recherches sur ce type. Trouver qui il est et ce qu’il risque d’entreprendre par la suite.
À cet instant, je n’avais jamais autant aimé ma famille. Leur soutien, leur amour et leur indignation signifiaient plus que ce que je ne pourrais jamais exprimer. Malgré nos excentricités – enfin, surtout les miennes – nous formions une famille, un front uni. La Team Carmichael. Pourquoi ne l’avais-je pas appréciée plus tôt à sa juste valeur ?
— Fonce, Rock, oui ! Mais les plus grands cerveaux de la communauté internationale sont déjà dessus. Ils sont en train de reconstituer son emploi du temps et les faits et gestes du tireur au cours des soixante-deux dernières heures. Toutefois, j’ai appris à ne jamais sous-estimer le talent d’un journaliste d’investigation, surtout quand il travaille au Post et que c’est mon frère.
— Exactement.
Mon père tendit une main vers moi. Je la regardai, puis mis ma main dans la sienne. Il me fit me lever et me prit dans ses bras pour un gros câlin. Je lui rendis son étreinte et tâchai de ne pas pleurer. Je ne voulais pas inquiéter mes parents plus qu’ils ne l’étaient déjà. Nous étions tous à bout.
— OK, et maintenant, ma citrouille, qu’allons-nous faire ?
— Je ne sais pas. J’ai une réunion avec les agents dans moins d’une heure. Slash va venir me chercher. Cette fois, je devrais vraiment regarder la vidéo. Il y a peut-être quelque chose qu’il dit que moi seule peux comprendre. Tout à l’heure, je n’étais pas prête à voir la vidéo. Maintenant que je le suis, je dois trouver la solution pour aider Elvis. M’effondrer ne résoudra rien.
— Nous sommes là pour t’aider. Dis-nous juste quoi faire.
Mon père m’étreignit plus fort.
Je sentis une boule dans ma gorge.
— Je ne sais pas encore, papa. Sois prudent. Soyez tous prudents. Slash m’a dit que tout le monde aurait une protection policière jusqu’à ce que nous y voyions plus clair.
— L’agent Woodward nous a intimé de prendre quelques jours de repos et de rester ensemble ici, à la maison, dit Rock. On m’a demandé de garder le silence sur cette histoire jusqu’à nouvel ordre. Sécurité nationale et toutes ces conneries.
— C’est une bonne idée. On ne peut pas courir le risque qu’il fasse encore du mal à Elvis pour se venger.
— Moi, je ne vais pas rester assis sans rien faire, déclara Beau. Je suis représentant d’un service chargé de faire respecter la loi. Je n’adhère pas à cette terreur que suscitent les criminels, et je ne resterai pas assis les bras croisés.
— Tu n’es pas inutile. Aide Rock dans ses recherches. Je vais revisionner la vidéo et les informations pour savoir vite où se trouvent Broodryk et Pentz. Nous pouvons tous faire quelque chose.
— Que fait Slash ? demanda mon père. Où est-il en ce moment ?
— Il parle à Basia à ma place car j’avais besoin de passer vous voir d’abord. Je suis contente qu’il l’ait fait. Mais je dois tout de même appeler… euh… la petite amie d’Elvis.
Ces mots restèrent coincés dans ma gorge.
— Ensuite, il faudra que je regarde la vidéo. Cela nous aidera peut-être à géolocaliser Broodryk, avec un peu de chance.
— Et si nous n’en avons pas ? demanda Beau.
— Alors la balle est dans le camp de Broodryk.
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