Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre trente-quatre

 

Gray nous attendait quand nous descendîmes de l’avion. Elle secoua la tête quand Hands, l’air renfrogné, passa devant elle à grandes enjambées, sans un salut ni un regard.

Puis elle me vit. À ma grande surprise, elle courut vers moi et m’enveloppa dans une immense étreinte.

— Oh, mon Dieu, je suis tellement contente que tu ailles bien, Lexi. Tu as failli nous faire avoir une crise cardiaque quand tu es sortie de la maison pour affronter Pentz. Sérieux, le capitaine Bischoff a dû s’asseoir et j’ai entendu les gradés de Washington retenir leur souffle. Quel courage tu as eu !

— Pourquoi une crise cardiaque ? C’était une action complètement logique. Tu as dit que Pentz ne me tirerait pas dessus.

— Oui, mais je ne suis qu’une analyste. Junior, en plus. C’était une supposition, pas une certitude.

— Waouh. Et c’est maintenant que tu me le dis. Oui, une supposition, on n’avait pas le temps de faire plus. Merci, Gray. Je te dois un dîner. On dirait que tu as bien bossé.

Elle passa un bras sur mes épaules.

— Mon Dieu, après cette performance, j’ai besoin d’un bon verre. Viens, je te raccompagne à la caserne. Comment te sens-tu ?

— Crevée, crasseuse et morte de faim. J’ai besoin d’une bonne douche et d’un remontant. Je suis sûre que je suis une marine super nulle. Mais rien que le fait que j’aie survécu t’en dit des tonnes sur leurs talents.

Elle rit.

— Oh mon Dieu que c’est drôle. Hands a l’air hyper énervé. Laisse-moi deviner, il est furieux parce que tu as joué la cible sans son consentement ?

— Ce serait le scénario gagnant, mais le fait que j’aie marqué une pause pour reprendre mon souffle et que j’aie failli louper l’avion pour rentrer serait le deuxième scénario. J’étais désorientée et je ne voyais pas où j’allais. Purée, j’ai vraiment été le maillon faible de toute l’opération.

Elle rit.

— Je ne sais même pas pourquoi je trouve cela hilarant, mais c’est le cas. Nous devons tous être bien trop tendus !

— Sans déconner !

Le capitaine Bischoff me remarqua, se dirigea vers moi et me serra la main.

— Bon travail, mademoiselle Carmichael. Vous avez sacrément bien géré !

Il tapa dans mon dos, me faisant avancer de quelques pas.

— Je ne vois pas trop ce que je peux dire d’autre.

J’enlevai mon sac à dos d’un coup d’épaule et lui donnai mon portable.

— J’ai téléchargé toutes les informations. Hands a la clé USB.

Il me prit le portable.

— Super. Je vais transmettre les données immédiatement à Washington. Nous avons une équipe qui attend de les recevoir.

Je savais parfaitement qui se trouvait à la tête de cette équipe et il me manquait plus que jamais à ce moment précis. Je me demandais ce que Slash avait pensé de la mission.

— Avez-vous un signal de Pentz ? demandai-je. Est-ce qu’il diffusait tout à Broodryk comme prévu ?

Bischoff hocha la tête.

— Oui. Exactement comme mademoiselle Grayson l’avait anticipé. Nous avons accroché les coordonnées.

Un sourire s’étala sur mon visage.

— Oh, génial ! C’est la meilleure nouvelle que j’aie entendue de la journée. Vous le retrouvez ?

— Il nous a embrouillés avec des trucs très sophistiqués. Mais nous nous y attendions et ils travaillent donc dessus à Washington en ce moment même. Je vous tiendrai informés du briefing dans une heure. Allez prendre votre douche, marine.

Il marqua une pause, puis toussa.

— Enfin… mademoiselle Carmichael.

Je gloussai.

— Bien, monsieur.

Il fit mine de s’en aller quand je l’interpellai.

— Attendez. Ah, capitaine, avez-vous retrouvé Fennie ?

Il hocha la tête.

— Oui, apparemment, il s’est enfui et il a eu des problèmes. Il a rencontré quelqu’un ou quelque chose qui l’a tabassé très très fort.

Je grimaçai.

— C’était peut-être juste un accident.

— Je ne crois pas. Il a eu quelques os brisés et des blessures internes mais heureusement quelqu’un l’a retrouvé et l’a sauvé. Fennie se repose et devrait totalement récupérer.

— Waouh, c’est une super nouvelle. Qu’il récupère, je veux dire.

— Certainement. Il s’avère que c’est une bonne journée. Ou soirée, devrais-je dire.

— Je ne peux sûrement pas dire le contraire.

***

Je venais de sortir de la douche et retournai dans la caserne quand Gray me rejoignit en courant.

— Vite, Lexi.

Je ne savais pas du tout ce qu’il se passait, mais je courus après elle sans l’interroger, mes cheveux mouillés collés à mon T-shirt. Je fonçai dans la caserne et constatai que Gray avait installé un ordinateur portable sur la table basse.

— Assieds-toi, dit-elle.

Je m’assis et elle tourna l’écran vers moi. Elle appuya sur un bouton et tapota mon épaule. J’observai l’écran jusqu’à ce qu’un bip résonne et que je voie son visage.

Slash.

Je souris comme une idiote et, l’espace d’un instant, il se contenta de me fixer. Nous tendîmes la main et collâmes nos paumes sur l’écran en même temps.

— Cara.

— Slash. Oh mon Dieu que c’est bon de te voir. Tu… tu me manques tant.

Il sourit.

— Toi aussi tu me manques.

— As-tu suivi les activités de la mission ?

Il hocha la tête. Il avait une barbe de plusieurs jours sur les joues et le menton et des cernes noirs sous les yeux. Il avait l’air épuisé, et de toute évidence, il n’avait pas beaucoup dormi.

— Tu as l’air crevé.

— Je vais bien. Et toi ?

Je passai mes doigts dans mes cheveux mouillés.

— Terrorisée, crevée, exaltée. Tout est arrivé si vite, Slash. J’ai sauté d’un fichu avion, Slash ! Plus ou moins. Je n’arrive toujours pas à croire que je l’aie fait. Nous avons l’indice suivant. Tu l’as déjà vu ?

— Pas directement. Le capitaine Bischoff vient de l’envoyer. L’équipe est en train de réviser les données pendant que nous parlons. Bon travail.

— Toi aussi. Il paraît que l’on a accroché les coordonnées de la caméra du casque de Pentz.

— Oui. Nous sommes déjà entrés dedans, et les avons analysées. Elles situent Broodryk dans une propriété mystérieuse au Gabon. Nous nous renseignons. Ce pourrait être lui. Au cas où, Bischoff regroupe une unité de marines à Camp Lemonnier en ce moment même.

— C’est une excellente nouvelle. Je vais bientôt au débrief, donc j’espère avoir d’autres infos.

— Je travaille moi aussi sur certains trucs. Je suis la piste d’un système concernant Pruxrat. Il y a certaines choses dans cette situation qui ne tiennent pas debout. Je traque ces anomalies. Je te tiendrai au courant selon le temps disponible.

— D’accord.

J’étais intriguée, mais nous n’avions pas le temps en ce moment pour ce genre d’information.

Il garda le silence et me regarda fixement.

— Slash, qu’est-ce qui ne va pas ?

Il secoua la tête.

— Rien. Je veux juste te regarder et remercier Dieu que tu sois saine et sauve.

Il enleva son petit crucifix en or de sous son T-shirt et l’embrassa.

— Tu sais ce que j’ai fait. Suis sortie sur la ligne de tir pour que l’équipe puisse cerner Pentz.

Il ferma les yeux.

— Je sais.

— Tu n’approuves pas.

— Non, je n’approuve pas que tu te mettes en danger.

— C’était ce qu’il fallait faire, Slash. Je n’allais pas rester les bras croisés à attendre que Pentz élimine les membres de l’équipe un par un.

— C’était dangereux, imprudent et risqué. C’était aussi faire preuve de présence d’esprit. Si quelqu’un d’autre l’avait fait, j’aurais validé. Mais pas toi. Jamais toi.

— Au moins, toi, tu m’adresses la parole. Hands ne me parle plus.

— Ça ne m’étonne pas.

— Je dois trouver le moyen de me réconcilier avec lui avant la prochaine mission. Faire ce genre de chose n’est pas mon fort. Des conseils ?

— Laisse-le venir vers toi. En tant que chef, c’est sa responsabilité de s’assurer que son équipe va bien. Laisse-lui le temps de comprendre. Il le fera.

— D’accord.

J’étais soulagée de ne pas avoir à faire le premier pas.

— Peux-tu me donner des nouvelles de Xavier ?

— Bien sûr. Son état de santé s’est amélioré. Il s’est sorti haut la main de sa dernière opération de la rate. Il est toujours dans un état grave, mais il est stable.

— Waouh, c’est une super nouvelle. As-tu contacté Basia ?

Il sourit.

— Elle m’appelle toutes les deux heures environ pour s’assurer que je gère la situation.

— Merci. C’est vraiment gentil de ta part.

— Je gère aussi les coups de fil de ton frère Beau. Il informe tes parents. Ils ne savent rien, sauf que tu travailles dur sur cette affaire et que nous ne pouvons actuellement pas recevoir de visites. Je leur ai dit que tu allais bien.

Je me frottai les tempes.

— J’apprécie plus que tu ne peux l’imaginer. Je ne veux pas qu’ils se fassent du souci. C’est difficile de penser à eux et à la mission en même temps. Je ne sais pas comment font les militaires, hommes et femmes. Mais c’est important. La famille, c’est important.

— Si, la famille, c’est tout. C’est l’heure du briefing, cara. Vas-y. On se reparle vite.

— D’accord. Hé, Slash ?

— Si ?

— Merci encore d’être à mes côtés.

— Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.

Je souris.

— Tu ne peux pas savoir à quel point je suis soulagée de l’entendre.

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