Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre trente-trois

 

J’avais partiellement recouvré la vue quand nous nous dirigeâmes vers l’avion. Plusieurs types descendirent d’un bond de l’avion pour venir à notre rencontre. Deux d’entre eux se flanquèrent à ma gauche et à ma droite et me soulevèrent carrément en continuant à courir, tandis que deux autres nous couvraient, tournés vers l’extérieur et courant à reculons, leurs fusils armés. Quand nous arrivâmes devant l’avion, ils me hissèrent dans les mains de Hulk qui m’attendait. Puis les types au sol sautèrent dans l’avion et celui-ci décolla. Hulk me déposa sur un strapontin puis chancela quand l’avion fit une embardée.

On nous tirait dessus d’en bas. J’entendis le bruit des balles sur l’avion et priai pour qu’aucune ne trouve le réservoir. Au bout d’un moment, les moteurs vrombirent plus fort et nous montâmes trop haut pour que les villageois puissent nous toucher. Je fermai les yeux et espérai qu’il fasse trop nuit pour que l’on voie mon visage parsemé de terre, de sable et de larmes. Un gros bruit résonna. J’ouvris les yeux. Hands se trouvait devant moi, les mains sur les hanches, et me foudroyait du regard.

— Mais pourquoi tu n’as pas compté jusqu’à quinze et tu n’as pas couru jusqu’à l’avion comme je te l’avais dit ?

— Je me suis arrêtée pour reprendre mon souffle. Et il y a eu des coups de feu. J’ai eu peur, je ne savais pas si c’était prudent de courir. Les grenades flash se sont déclenchées. Tout allait un peu trop vite pour moi. Je suis désolée. Apparemment, mon entraînement n’est pas encore au top.

— Et tu oses plaisanter, là ?

— Ça me semblait approprié, vu ta mauvaise humeur.

— Ne refais plus jamais ça.

— D’accord. Je suis pas très douée en blagues, de toute façon.

— Pas ça. Risquer ta vie en jouant les cibles.

Je le regardai fixement. Des points verts dansaient autour de mes yeux.

— Mais ça n’a pas de sens du tout. Nous risquons tous nos vies ici.

— Pentz aurait pu te tuer.

— Il aurait pu, oui, mais il ne l’a pas fait. C’était la bonne décision.

— Ce n’était pas à toi de la prendre.

— Je sais. Je suis désolée. Je comprends la culture militaire et l’importance de suivre les ordres. Je comprends aussi que mes actes aient pu par inadvertance saper ton autorité de chef d’équipe. Ce n’était pas mon intention. Mais l’alternative était que vous auriez tous pu vous faire tuer pour rien.

Même avec une vue dégradée, je ne pouvais pas louper son regard noir et féroce.

— Merde, Keys, cela n’aurait pas été pour rien. Ç’aurait été pour la mission.

— Si c’est une pensée admirable, elle est aussi extrêmement illogique. Vos morts auraient été complètement inutiles et tragiques. Tout le monde à bord de cet avion, de retour à la base de Djibouti, et au centre de contrôle à Washington sait parfaitement bien que Pentz vous aurait éliminés un à un en sortant par cette porte si nous ne l’avions pas localisé. Tu peux me hurler dessus autant que tu le veux, mais les faits parlent d’eux-mêmes. C’était la bonne décision.

Hands ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais, à la place, il fit un bruit bizarre dans sa gorge et traversa l’avion d’un pas lourd en direction du cockpit. Il ouvrit la porte du cockpit et la referma d’un coup. Je me doutais bien qu’il avait d’autres choses à me dire, mais qu’il avait préféré s’en aller plutôt que de m’étrangler. Tout l’avion était silencieux à part le bourdonnement du moteur. Comme je ne savais pas quoi faire, j’enlevai mon sac d’un coup d’épaule et le déposai entre mes jambes.

Je me calai dans mon siège, fermai les yeux et remerciai toutes les étoiles du ciel d’être toujours en vie. Quelques minutes plus tard, je sentis une main sur mon épaule et regardai à gauche. Hulk était assis, les jambes étendues.

— Je n’ai jamais vu Hands aussi furieux, dit-il de sa voix grave. Il t’a fallu beaucoup de cran pour lui faire face comme tu viens de le faire, gamine. Y a bien qu’une femme pour lui faire perdre son sang-froid.

Je ne savais pas trop quoi lui répondre, alors je ne dis rien.

Hulk essaya de nouveau.

— Il est en colère car il n’a jamais eu l’opportunité d’engager le combat avec Pentz et toi, tu as pris le risque à sa place. Laisse-lui du temps pour se calmer.

— Je vais le faire. Mais c’était à propos de la mission, pas de sa dent contre Pentz.

— Ouais, ce qui l’énerve encore plus.

— Donc j’imagine que j’ai tout fait foirer.

Il me donna un petit coup de poing sur le bras.

— Non, tu n’as pas tout fait foirer. Moi, je trouve que tu t’es sacrément bien démerdée, gamine. La tête froide sous la pression, hooyah !

Puis il rit de sa voix grave de baryton.

Les autres dans le cockpit se mirent à rire et à applaudir. J’étais contente qu’ils ne m’aient pas vue pleurnicher comme un bébé quand je croyais qu’ils avaient décollé sans moi.

On aurait dit que toute la tension de la mission retombait brusquement. Je ne savais pas trop ce que je ressentais. Du soulagement mélangé à de l’inquiétude et de l’épuisement extrême alors que le pic d’adrénaline redescendait. Mes doigts mouraient d’envie de regarder de plus près les données sur l’ordinateur. Je voulais l’examiner tout de suite, mais ma vue était toujours entravée à cause des grenades flash. Ils avaient besoin de se reposer, mon cerveau aussi, comme tout le reste de mon corps en fait.

Quelqu’un de l’équipe Charlie traversa la cabine et nous jeta des bouteilles d’eau et des barres énergétiques.

Je pris une barre et la dévorai en trois bouchées. Comme j’étais affamée, ils m’en jetèrent une autre. Qui savait que le danger mortel pouvait rendre quelqu’un aussi insatiable ?

Je bus toute la bouteille d’eau, gorgée après gorgée, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus, me moquant bien que l’eau dégouline sur mes joues et mon menton. Je n’avais jamais trouvé l’eau aussi bonne.

Après cela, je me calai dans mon siège et fermai les yeux. En dépit du bruit et du trajet chaotique, je somnolai. Même si je ne savais pas obéir aux ordres, peut-être que je devenais un bon marine, en fin de compte.

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