Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre deux

 

Il cilla.

— Le sexe ?

— Oui. Il suffit que mon père jette un seul coup d’œil sur nous et il comprendra que nous couchons ensemble.

Je n’avais jamais vu Slash blêmir à ce point. Je parie qu’il ne s’attendait pas à celle-là.

— Et comment le devinera-t-il au juste ?

Comme il semblait avoir besoin d’être réconforté, je tapotai son épaule.

— Je sais que tu as probablement suivi une formation pointue en interrogatoire, mais mon père est le meilleur avocat de D.C. Un seul regard sur nous et il devinera tout, y compris la pratique novatrice que nous avons essayée sur la table de la cuisine mardi dernier. Puis il nous gratifiera de son regard bien connu et nous serons tous les deux poussés par son désir malsain de lui confier le moindre de nos secrets. J’ai effectué une analyse statistique pour essayer de prévoir sa réaction après avoir appris le truc de la cuisine et, pour la majorité des scénarios envisageables, ils ne se termineront pas bien.

J’attendis qu’il me dise quelque chose, mais non.

— Alors, qu’en penses-tu ? insistai-je.

— Pour l’instant, je ne sais que te dire.

Je jouai avec les plis de ma robe.

— Écoute, j’ai étudié les interactions socio-somatiques au cours de la première rencontre entre un soupirant masculin et le père de la femme en question. J’ai décidé qu’il vaudrait mieux aborder cette réunion d’un point de vue purement scientifique.

— Non, tu n’as pas fait ça ?

Me connaissait-il tout court ?

— Bien sûr que si. Ce que j’ai appris, c’est qu’amener un soupirant chez ses parents peut être une interaction dangereuse à plusieurs niveaux.

Slash marqua une pause.

— Donne-moi la définition de dangereuse pour toi.

— On devrait peut-être s’asseoir un moment.

Je lui désignai le canapé.

— Oui, bonne idée.

Je me juchai le plus délicatement possible sur le bord du coussin dans ma nouvelle robe. Slash s’installa à côté de moi et effleura mon genou du sien.

— Bon, techniquement, mon père est le mâle dominant de la meute Carmichael, poursuivis-je. S’il peut sembler poli et agréable extérieurement, sous sa chemise et sa cravate hors de prix, il pourrait bien se hérisser. En courtisant sa fille, tu menaces ouvertement son statut de dominant. Après tout, sa seule progéniture féminine, qui a tellement compté sur sa protection et ses conseils, a l’intention de le quitter pour un mâle dominant, viril et plus jeune.

Il se fendit d’un grand sourire.

— Viril ?

— Oui. Ne me déconcentre pas. J’ai ton odeur sur moi.

Il ouvrit la bouche, puis la referma sans dire un mot.

— De toute façon, nos odeurs sont mélangées parce que nous avons eu des rapports sexuels. C’est une avancée importante car jusqu’à ce que tu arrives dans ma vie, mon père était la principale figure masculine dans mon existence. Théoriquement, je l’écoute et me tourne vers lui pour obtenir conseils et sécurité. Maintenant toi, un élément jeune et inconnu, entre dans l’équation. La transition va être difficile pour lui. Je suis presque sûre qu’il va te détester. Beaucoup.

D’un seul coup, Slash avait perdu de son assurance. Et je n’avais pas encore terminé. Voilà qui n’augurait rien de bon pour le dîner. Quoi qu’il en soit, je lui devais de m’assurer qu’il comprenait la situation à cent pour cent.

— Ma mère, d’autre part, passera au moins cinq minutes à scruter tes fesses. Elle ne va pas te regarder, toi, elle essaiera juste de deviner quelle taille de smoking il te faudra pour le mariage. Nous pourrions nous retrouver fiancés quand nous aurons terminé le deuxième plat. Voilà ce qui t’attend quand tu rencontreras mes parents. Voilà pourquoi je panique.

Je lui laissai un peu de temps pour digérer tout cela. Comme il ne disait toujours rien, je soupirai.

— OK, ma première intuition était la bonne. Nous devrions appeler pour annuler. Je leur dirai que l’un de nous deux a une gastro. Tu préfères que ce soit toi ou moi ?

Il se pencha en avant et mit une main dans mon dos.

— J’apprécie ta mise en garde, cara. Quoi qu’il en soit, j’ai bien l’intention de prendre le risque. Je vais essayer de faire preuve de délicatesse avec tes parents.

— Facile à dire pour toi, monsieur Rien-Ne-Me-Trouble-Jamais.

— Pourquoi dis-tu cela ? Je suis tout le temps troublé, surtout en ta présence. En fait, en ce moment, je suis complètement troublé.

— Vraiment ?

— Vraiment. C’est un grand pas pour moi aussi, mais je suis prêt à accepter l’attitude de ton père et ta mère qui passe mon postérieur en revue si pour cela nous pouvons rester ensemble.

Je scrutai son visage.

— Ça me rassure de savoir que tu prends tout cela avec calme.

— Après cette explication scientifique, pour ne pas dire intimidante, je ferais mieux de ne pas attirer ton attention sur mes paumes à présent moites.

Je baissai les yeux sur nos mains jointes.

— Tu es nerveux ?

— Un peu. Je suis plus que prêt à avouer que je veux faire bonne impression à tes parents. Tu es importante pour moi donc, par extension, ils le sont eux aussi.

— Waouh ! Je ne sais pas pourquoi, mais savoir que tu es nerveux me rassure en fait. Ce n’est pas logique !

Il me serra affectueusement la main.

— Veux-tu le faire ou non ?

Je dressai une liste mentale des avantages et des inconvénients de lui faire rencontrer mes parents, puis je mis la liste de côté. Pour une fois dans ma vie, j’avais le sentiment que je prendrais une meilleure décision si je me fiais à l’émotion et non aux prédictions.

— Oui, je le veux, Slash. Je veux vraiment que tu rencontres mes parents. Si tu es partant, alors je suis partante. Allons-y !

Slash se leva et m’aida à enfiler mon manteau. Main dans la main, nous nous dirigeâmes vers son SUV. L’air glacial de janvier me gela les oreilles. Je frissonnai en regrettant de ne pas avoir mis de bonnet.

Slash m’ouvrit la portière de la voiture. Avant d’y monter, je passai la rue en revue.

— Où est le FBI ?

Slash était considéré comme un trésor national, en raison de ses connaissances approfondies des systèmes informatiques les plus sensibles de la nation, y compris celui du président. Le FBI ne le lâchait pas d’une semelle dans le cadre d’un protocole de sécurité exceptionnel, pas si différent de celui des services secrets. Nous en plaisantions parfois, mais je savais que ce n’était pas facile pour lui d’être suivi à la trace tout le temps.

Il me désigna une berline noire garée sous un réverbère. Ses phares étaient éteints, mais pas le moteur. Une volute de fumée s’échappait du pot d’échappement.

— Je leur ai demandé de faire profil bas, pour que l’on ne voie pas la voiture de la maison de tes parents.

Tant mieux. Je ne voulais surtout pas faire flipper mes parents. Je leur avais dit que Slash travaillait dans l’informatique à la NSA. Comme j’y avais travaillé avant de prendre mon nouveau job chez X-Corp, mes parents le comprendraient. Peut-être ne nous demanderaient-ils pas comment nous nous étions rencontrés. Jamais je ne leur raconterais que je m’étais réveillée en pleine nuit pour trouver Slash dans ma chambre après qu’il eut pénétré chez moi par effraction pour savoir ce que je savais à propos d’une affaire sur laquelle il travaillait.

Slash démarra et je pris la parole pour ne plus penser à la rencontre qui approchait.

— Basia m’a appelée aujourd’hui. Elle a enfin eu le temps de me raconter ses vacances en Grèce. Elle m’a dit qu’elle s’était éclatée à la villa avec Xavier.

Basia sortait depuis peu avec Xavier Zimmerman, une moitié des jumeaux de génie Zimmerman, et frère d’Elvis, mon autre meilleur ami et légendaire cyber magicien. Les jumeaux avaient loué une villa pour trois semaines. Basia était partie en Grèce pour une semaine de vacances à Noël avec Xavier. Elvis avait attendu qu’elle s’en aille pour aller rejoindre son frère.

Slash gardait les yeux rivés sur la route.

— Je suis content.

— Moi aussi, j’imagine. On dirait que ça marche fort entre eux.

Secrètement, j’avais peur que Basia plaque Xavier. Même si j’adorais ma meilleure amie, c’était un électron libre alors que la sociabilité de Xavier équivalait à peu près à la mienne. Le pauvre, si cela se passait, il ne le verrait pas arriver. Il était fou d’elle.

— Elvis est-il déjà parti pour la Grèce ? me demanda Slash.

Je me raidis rien qu’en entendant son nom. Elvis et moi traversions une sorte… d’évolution amicale. Maintenant que nous étions tous les deux en couple, les choses avaient changé entre nous, bien que j’eusse bêtement cru que nous pourrions conserver ce statu quo. Alors que je comprends mieux les relations humaines et sociales et que j’en fais moi-même l’expérience, je commence à voir que les personnes et les relations changent en permanence. Mais notre amitié qui évoluait était encore un terrain sensible pour moi. J’étais terrorisée à l’idée de perdre Elvis en tant qu’ami, mais je ne savais pas comment conserver son amitié.

— Ouais, il est parti il y a quelques jours, répondis-je. Il adore la plage, donc il doit sûrement s’éclater.

Elvis et moi nous étions rencontrés sur une plage quand une vague géante m’avait propulsée contre lui. Il avait essayé de m’aider à me relever, mais j’avais trébuché et j’avais malencontreusement tiré son maillot de bain jusqu’à ses chevilles. Ça n’avait pas été drôle à ce moment-là, mais je souris en y repensant.

Mon silence incita Slash à reprendre le cours de la conversation. Il me parla d’un nouveau protocole de sécurité sur lequel il travaillait. Il essayait de m’aider à me détendre, et j’appréciais.

Trouver une place près de la maison de ville de mes parents à Georgetown était toujours compliqué, mais, par miracle, Slash en trouva une le long du trottoir, assez grande pour son SUV. Pas de place pour la berline du FBI. Ils continuèrent donc à tourner pour en chercher une.

Après s’être garé, Slash prit des fleurs et une bouteille de vin sur la banquette arrière. Bras dessus, bras dessous, nous approchâmes de la porte d’entrée. La nervosité m’envahit. Il n’était pas trop tard pour feindre une intoxication alimentaire, non ?

J’ouvris la bouche pour le suggérer, mais trop tard. Slash avait déjà appuyé sur la sonnette.

Ma mère ouvrit la porte à la volée, avant même que le premier carillon ne soit terminé. Elle était toujours aussi belle, en robe portefeuille vert clair, avec un collier de diamants qui faillit m’éblouir. Elle m’étreignit aussitôt et je sentis son parfum hors de prix.

— Oh, Lexi, chérie, quel plaisir de te voir. Tu m’as manqué !

Elle me libéra, se tourna vers Slash et lui tendit la main.

— Bonsoir. Clarissa Carmichael. Vous devez être Slash. C’est un plaisir de faire enfin votre connaissance.

— Tout le plaisir est pour moi, dit-il en lui prenant la main et en lui faisant un baisemain.

Ma mère s’illumina d’un grand sourire quand il lui donna les fleurs et le vin.

— Oh, elles sont magnifiques ! Merci beaucoup. Je vous en prie, entrez !

Quand Slash franchit le pas de la porte, ma mère me sourit puis s’éventa dans son dos avant de me faire un signe du pouce enthousiaste.

Des alarmes retentirent dans ma tête. Slash faisait déjà trop bonne impression. Il fallait que je trouve le moyen de lui dire de mettre la pédale douce côté charme, avant que ma mère ne se mette à proposer des noms de bébé.

Je suivis Slash à l’intérieur. C’était agréable de ne plus être dans le froid. Il m’aida à enlever ma veste et je lui montrai où suspendre nos manteaux.

Ma mère disparut dans la salle à manger en criant :

— Que puis-je vous servir à boire ?

Le lustre et plusieurs bougies disposées dans des candélabres en cristal sur la table faisaient étinceler la salle à manger. Ma maman avait sorti sa plus belle vaisselle en porcelaine et en cristal, dont elle se servait uniquement quand nous recevions des sénateurs américains ou des couples tout-puissants de Washington. Devant le buffet, elle disposa les fleurs de Slash dans un vase.

— De l’eau, pour moi, dis-je en la suivant.

Je voulais avoir les idées parfaitement claires ce soir pour rester sur mes gardes.

— Tu ne prendras pas d’eau. Ton père a acheté un vin parfaitement succulent. Je t’ai déjà servi un verre.

Sans déconner ? Elle allait profiter de tous les avantages possibles.

Me faire boire, puis en profiter pour obtenir des détails sur ma vie amoureuse quand j’aurai l’esprit embrouillé. Elle me désigna d’un signe de la tête ma place habituelle à table.

Dans un soupir, je pris mon verre de vin sur la table et regardai Slash.

— Tu veux du vin, toi aussi ?

— Oui, merci.

Avant que je ne puisse le servir, il prit la bouteille de vin ouverte et en versa un peu dans un verre vide. Il leva son verre à mon intention. Nous trinquâmes et en bûmes une gorgée en même temps. Il me regarda dans les yeux et sourit, ce qui me calma immédiatement. Jusque-là, il supportait bien mieux que moi toute cette histoire de « rencontre avec mes parents ».

Ma mère déposa les jolies orchidées pourpres au milieu de la table, puis recula d’un pas pour les admirer.

— Parfait. Vous avez bon goût en matière de fleurs, Slash.

— Je suis ravi qu’elles vous plaisent.

Elle se retourna pour me regarder plus attentivement.

— Quelle jolie robe, chérie. On dirait du Miraka Chan. L’as-tu choisie toute seule ?

— Bien sûr que non. Basia m’a envoyé un lien et je l’ai commandée en ligne.

— Oh.

Sa déception était visible. La culpabilité m’étreignit alors. Maman avait toujours espéré que j’apprendrais à adorer la mode, de sorte que nous puissions partir en virées shopping mère/fille dans ses boutiques préférées hors de prix.

Malheureusement, j’étais incapable de distinguer une robe Miraka Chan d’une fripe.

En fait, rien que l’idée d’apprendre à le faire m’emplissait tellement de terreur que j’en tremblais.

— En tout cas, elle te va très bien.

— Merci, maman.

Je jetai un œil autour de moi, histoire de changer de sujet, et vite.

— Où est papa ?

Elle me désigna le salon.

— Dans le salon. Dis-lui que le dîner est presque prêt. Je dois voir avec Sasha où en est l’entrée.

Je me dirigeai vers le salon. Slash me suivit.

Mon père était assis dans son immense fauteuil préféré, face au feu qui flamboyait dans la cheminée. Penché sur la table basse, il s’affairait sur quelque chose.

— Papa ?

Mes yeux s’ouvrirent en grand quand je vis ce qu’il faisait.

Il leva les yeux sur moi.

— Oh, bonjour, Lexi. Ravi de te voir, ma chérie.

Les choses se passaient encore plus mal que je l’avais imaginé.

— Papa… c’est un… révolver ?

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