Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre vingt-neuf
Le capitaine braqua une lampe de poche sur nous et faillit m’aveugler.
— Mademoiselle Carmichael ? Hands ? Mais que faites-vous ici ?
J’eus un gros trou de mémoire.
Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, je sentis un truc en fourrure se glisser dans mon dos, sous mon T-shirt. Je réprimai un hurlement quand Hands rentra d’une main mon T-shirt dans mon pantalon pour faire tenir le renard.
— Monsieur.
Hands se mit au garde-à-vous et s’éloigna de moi.
Le commandant sursauta de surprise.
— Êtes-vous en sous-vêtements, marin ?
— Oui, monsieur. Il semble que oui. Sorti prendre l’air. Il faisait… chaud.
Le capitaine laissa aller son regard entre nous deux pendant un long moment, sourcils froncés.
— Mieux vaut que ce ne soit pas ce que je pense.
J’étais quasi sûre que je savais à quoi il pensait. Mais mieux valait cela que ce qui se passait en réalité.
— Non, monsieur, ce n’est pas ça.
Les deux hommes se turent et je compris qu’ils attendaient que je dise quelque chose. Le problème était que je ne trouvais rien à dire ; je ne pensais qu’au renard mort fourré dans le dos de mon pauvre T-shirt. J’étais littéralement à deux doigts de l’arracher et de courir dans toute la base en hurlant à pleins poumons.
— Nous rentrions justement à la caserne, dit Hands, remplissant le silence gêné. Pas vrai, Lexi ?
— Ah…
Toutes pensées cohérentes m’avaient abandonnée. J’étais immobilisée sur place, j’avais peur de bouger et peur de ne pas bouger.
Le capitaine Bischoff nous regarda de nouveau et soupira.
— Je suis à la recherche de Fennie. Il n’est pas rentré à la maison. L’un de vous l’a-t-il vu ?
Le renard remua et je faillis sauter au plafond.
Plusieurs possibilités flippantes se présentèrent immédiatement :
A/ Fennie se transformait en renard zombie. B/ Fennie subissait une rigidité cadavérique. Ou C/Fennie était encore vivant. Pire encore, l’une de ces trois possibilités signifiait que cela se produisait alors que Fennie était coincé sous mon T-shirt.
Le renard devait sortir tout de suite.
— Aaaaagh… commençai-je.
Sentant peut-être mon pétage de plombs imminent, Hands passa un bras autour de ma taille.
— Capitaine, permission demandée pour raccompagner mademoiselle Carmichael à la caserne. Nous devons effectuer les derniers préparatifs pour le rassemblement.
Le capitaine semblait réfléchir pour dire quelque chose, mais il agita la main.
— Bien. Je ne veux pas savoir. Accordé.
— Merci, monsieur.
Hands me poussa, sa main fermement collée dans le bas de mon dos pour s’assurer que le renard ne tombe pas.
— Marin ?
Hands et moi nous arrêtâmes dans un crissement de pas.
— Oui, monsieur ?
— Bonne chance pour ce soir.
— Merci.
Dès que Hands et moi fûmes hors de la vue du capitaine, j’arrachai mon T-shirt, sans même me soucier de ne pas avoir de soutien-gorge et d’être totalement nue. Hands rattrapa le renard avant qu’il ne tombe par terre.
— Tu es cinglé ou quoi ? lui sifflai-je. Tu as mis un renard mort sous mon T-shirt.
— C’était mieux que le commandant nous trouve avec lui.
— Non, en fait non. Je crois qu’il est encore vivant.
— Quoi ?
— Revérifie. Je l’ai senti bouger. Peut-être que c’est la rigidité cadavérique, mais il vaut mieux s’en assurer.
Hands reposa le renard par terre et s’agenouilla à côté de lui, toucha sa gorge pour sentir son pouls. Le renard mordit brusquement son doigt. Hands fut tellement surpris qu’il tomba sur les fesses.
— Merde alors, dit-il. Il est encore vivant.
Le renard était faible, sûrement proche de la mort, mais il bougeait. Nous avions failli l’enterrer vivant. Mon cœur se serra.
— Oh, purée ! Il faut qu’on l’emmène tout de suite chez le véto, là !
Hands se releva et enleva le sable de ses fesses.
— Non. Nous devons retourner à la caserne chercher nos affaires pour le rassemblement.
Je lui pris la lampe de poche.
— Nous avons largement le temps.
— Dans quel univers, cinquante minutes c’est largement le temps alors que nous devons nous préparer pour ce qui pourrait être la mission la plus importante depuis Ben Laden ? Je n’ai pas le temps d’expliquer cela au capitaine.
Je cherchai mon T-shirt par terre avec la lampe torche de Hands. Je le trouvai, le secouai plusieurs fois et l’enfilai par la tête. Je fus légèrement surprise qu’à cet instant je n’en aie rien à faire du tout de Ben Laden ou de mes seins nus.
— On ne peut pas laisser Fennie comme ça. Tu sais que l’on ne peut pas. Il va mourir si l’on ne fait rien.
Hands s’agitait sur ses jambes, il réfléchissait de toute évidence. Enfin il soupira.
— D’accord. Ramenons-le chez nous et demandons à Wills de l’ausculter de nouveau. C’est un très bon toubib.
— Un très bon toubib ? Wills ? Il croyait que le renard était mort !
— Il l’était peut-être. Peut-être que le fait de l’avoir bougé, et tenu à l’envers l’a ressuscité.
— Pas faux, mais si tu le remets sous mon T-shirt, c’est sans moi.
Hands le prit dans ses mains, en veillant bien à éloigner ses mains de la gueule du renard. Sans rien dire, nous retournâmes à la caserne. J’ouvris la porte à la volée, et nous nous ruâmes à l’intérieur.
Gray, Wills et Hulk, à présent complètement habillés, étaient assis dans la pièce commune.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? fit Gray en se levant. Pourquoi vous l’avez encore ?
Hands déposa délicatement le renard sur la table basse.
— C’est une longue histoire. Wills, le renard est encore vivant.
— Quoi ?
Wills se mit aussitôt au travail. Quand il colla ses mains dans le cou du renard, Fennie leva faiblement la tête.
— Merde. Quelqu’un, apportez-moi ma trousse de secours.
Hands disparut puis revint avec la trousse et un pantalon. Pendant que Wills s’occupait du renard, Hands enfila son pantalon. Il était encore torse nu.
— Désolé de mettre un terme à cette petite fiesta, tout le monde, dit Hulk. C’est l’heure du rassemblement.
Wills injecta quelque chose au renard, puis se leva et le prit dans ses bras.
— Je pense qu’il est stable pour l’instant. Je vais l’amener à Jones.
— Qui est Jones ? demandai-je.
— Un autre fusilier toubib. Il va le soigner jusqu’à ce que nous puissions le ramener au capitaine. Vous avez intérêt à me couvrir si j’arrive en retard pour le rassemblement.
Hands hocha la tête.
— Vas-y. Et fais gaffe. Le capitaine est dehors en train de le chercher.
— Bon à savoir.
Wills sortit avec le renard.
Hands me montra du doigt.
— Toi. Habille-toi et rassemble tes affaires. N’attrape plus aucune autre poignée et ne te bats plus contre aucune araignée. Fais attention à ce que tu fais. Prends ton temps et assure-toi de n’avoir rien oublié. Je passerai en revue le contenu de ton sac à dos avant le rassemblement, au cas où.
Je déglutis. J’avais oublié le saut en parachute.
— D’accord.
Je retournai dans la chambre. Je n’étais toujours pas convaincue qu’il n’y avait pas d’araignée dans la chambre, alors j’examinai attentivement chaque vêtement, mes bottes et mon sac. Heureusement, je ne trouvai rien. Je venais d’enfiler mon pantalon cargo bleu spécial quand Gray entra.
Elle s’assit sur ma couchette.
— Je suis vraiment désolée, Lexi. C’est ma faute. J’ai laissé la porte entrouverte.
— Non, c’est moi qui suis désolée. Je ne pouvais pas savoir que Hands et toi étiez en pleine activité sexuelle dans la salle de bains.
Elle rougit.
— Oh non. C’est ça. Je suis quasi sûre que je vais devoir démissionner de la CIA. Je ne peux pas croire que j’ai laissé cela arriver.
— Pourquoi devrais-tu démissionner ? Vous êtes tous les deux des adultes consentants, non ?
— C’était idiot. Ce n’était pas professionnel. Nous aurions dû penser à la mission, pas à nous envoyer en l’air.
— Les envies sexuelles peuvent être intensifiées dans des situations traumatiques. Cette mission te rend nerveuse, à juste titre, même si tu n’y participes pas physiquement. Hands, quant à lui, va courir un danger mortel. Il sera traqué par l’un des meilleurs snipers au monde, tout en essayant de protéger une incompétente comme moi. Ça doit être stressant. Donc vous avez tous les deux profité de l’instant pour essayer de faire retomber la pression et vous rappeler que vous êtes encore vivants et pouvez apprécier les sensations. C’est complètement et biologiquement compréhensible.
Elle me regarda, surprise.
— Vraiment ? Tu n’as pas une mauvaise opinion de moi ?
— Mais pourquoi ? De toute évidence, tu plais à Hands et je vois qu’il t’attire lui aussi, vu son excellente condition physique et ses aptitudes viriles.
— Il m’appelle Suit3. J’aime bien.
— Ça doit être un truc de marines. Ils donnent des surnoms à tout le monde.
— Oui, je pense. Mais quand même, c’était une erreur.
Je frottai ma nuque pour y faire disparaître la tension.
— Écoute, Gray, j’ai lu des articles sur les effets du stress sur les préférences humaines en matière de reproduction. Il s’avère que le stress psychosocial intensifie non seulement nos envies sexuelles et notre envie de créer des liens, mais il nous pousse également à élargir et à renforcer notre groupe social et familial afin d’optimiser notre aptitude à survivre à une menace. Ce que vous avez fait est parfaitement et biologiquement normal.
Elle me lança un regard bizarre.
— Attends. Pourquoi lis-tu des articles sur le stress et les relations hommes/femmes ? As-tu des problèmes avec Slash ?
— Waouh ! Comment as-tu pu extrapoler à partir de ce que je viens de te dire ?
Elle haussa les épaules.
— Peu importe. L’expression sur ton visage est suffisamment éloquente. Tu n’es pas obligée d’en parler si tu n’en as pas envie.
Je soupirai.
— Nous n’avons pas de problèmes. Pas exactement. Enfin, pas sexuellement. Il n’est pas content que je participe à cette mission. Nous nous sommes disputés à ce sujet. Et puis, je ne sais pas comment l’intégrer correctement à mon groupe social et familial. C’est un peu chaotique des deux côtés. Je travaille encore dessus.
— Il est fou de toi.
— Comment tu le sais ?
— Parce que je l’ai observé. Sa façon de te regarder. C’est un mélange de fierté, d’instinct protecteur, et d’amour. Mais il y a autre chose. Il a peur et voilà pourquoi il se retient.
Je la regardai fixement.
— Pas possible. Tu ne peux pas voir tout cela rien qu’en regardant quelqu’un.
— Si, je peux. Je suis une excellente observatrice. Analyste à la CIA et tout et tout, tu sais.
— Eh bien tu as tort. Slash n’a peur de rien.
— Si, il a peur.
Je plissai les yeux.
— Alors de quoi a-t-il peur ?
— Ça, je ne sais pas. Il faudra que tu le lui demandes.
Je réfléchis à ce qu’elle venait de dire.
— Gray, j’ai mis sur le tapis toute cette histoire de stress et de sexe parce que je voulais que tu saches que c’est naturel que tu aies voulu coucher avec Hands, vu notre situation précaire actuelle. D’ailleurs, j’espère que je ne l’ai pas blessé à vie en termes d’érection.
Elle gloussa.
— Cette situation a beau être hyper gênante dans son ensemble, je n’oublierai jamais sa tête quand tu l’as envoyé au tapis.
— Ne me le rappelle pas, dis-je en lui faisant un clin d’œil. Il ne me le pardonnera jamais.
Elle se calma.
— Donc tu crois que Hulk et Wills parleront à quelqu’un de ce que l’on a fait dans la salle de bains ?
— Quel intérêt ? En plus, je pense que les marines ont un code. Ils se soutiennent les uns les autres. Hands est leur chef d’équipe donc je les vois mal en faire des gorges chaudes dans son dos. Par contre, ils pourraient bien le charrier en privé sur le fait qu’il se tape une analyste de la CIA dans la salle de bains, mais je ne pense pas qu’ils donnent de noms ou en parlent devant toi. Ils semblent trop bien élevés pour cela. Donc, à mon avis, ton secret est bien gardé. Je te recommanderais fortement de ne pas démissionner. Tu es de toute évidence un talent inestimable pour l’agence à un moment où ils en ont grandement besoin.
Elle rougit, rit et se leva.
— Alors, toi, on peut dire que tu sais relativiser ! Merci, Lexi. Je me sens bien mieux. Tu as raison. Allez j’oublie et je me concentre sur ce qui est important ici.
— Avec plaisir. Quand tu veux. À propos de ce qui est important, peux-tu me dire comment je vais bien pouvoir sauter d’un avion à trois mille six cent soixante mètres ?
***
Je dus reconnaître que les deux V-22 Osprey étaient des avions vraiment stylés. Ils avaient chacun deux hélices verticales, qui reposaient sur des cylindres semblables à des tonneaux et on aurait dit un hybride entre un avion et un hélicoptère. Selon les informations que Jason, l’officier des renseignements navals, nous avait données, le V-22 Osprey avait la fonctionnalité d’un hélicoptère et la vitesse d’un avion turbopropulseur.
Si je n’avais pas été aussi terrorisée par le saut imminent et l’opération à venir, j’aurais bien demandé à aller voir le cockpit. Mais Hands me poussa vers l’un des Osprey et nous grimpâmes dedans. Il avait l’air plutôt en bon état, ce qui me rassura. Les rotors ronronnaient comme un hélicoptère, battant l’air. Je jetai un coup d’œil sur les strapontins qui étaient positionnés contre les parois de l’avion de la même façon que dans l’avion militaire que nous avions pris pour Djibouti. Les autres fusiliers me suivirent. J’en comptai six en tout, sept avec moi. Deux équipes de trois, avait dit le capitaine Bischoff. Les équipes Alpha et Bravo. Mon nom de code était Alpha Star, alors que j’avais l’impression d’être une Alpha Dégonflée.
L’humeur était sombre. Hands, Wills, Hulk et les autres étaient hyper concentrés. Plus de blagues, plus de taquineries. L’heure était grave. Des gens pourraient mourir. Des gens mourraient de toute évidence, peut-être même moi, malgré ce que Gray avait dit.
Je pensais à Slash et l’imaginais dans la salle de conférence en train de regarder et d’écouter la mission via la diffusion radio. Savoir qu’il était quelque part en train de penser à moi et de vouloir que la mission réussisse me donna des forces. Je levai la main et touchai l’une des boucles d’oreilles qu’il m’avait offertes.
Waouh. Il me manquait. Beaucoup.
Avant que nous ne partions, Hands avait vérifié deux fois tout mon matériel et avait passé en revue chacune de mes poches pour s’assurer que j’avais tout ce que j’étais censée avoir. J’avais testé et retesté le portable. En tant que groupe, nous avions fait un contrôle et une révision des communications. Mon pistolet était dans un holster à ma taille. On m’avait répété plusieurs fois de rester près de l’équipe et de suivre toutes les instructions à la lettre. Nous étions fin prêts, quoi que cela veuille dire.
Mon casque était lourd sur ma tête, même sans mes lunettes de vision nocturne. Hands les avait rangées dans mon sac à dos qui était à présent sanglé à mon ventre. J’essayais de ne pas trop m’inquiéter du fait que Hands avait été désigné comme mon partenaire de saut. Je serais harnachée à lui pour le saut et ne pouvais qu’espérer qu’il ne me détacherait pas et ne me laisserait pas faire une chute mortelle. Des parasites et des voix qui parlaient passaient sur la radio du casque tandis que l’équipe au sol continuait à tester le matériel de communications.
Je fus la première à m’asseoir sur le strapontin. Mon estomac n’arrêtait pas de gargouiller et j’espérais sincèrement que je n’allais pas vomir. Si ces hommes s’entraînaient tant physiquement que mentalement pour ce type d’opération, je n’avais ni l’assurance ni la conviction que je réussirais, surtout le saut.
Le capitaine Bischoff monta dans l’avion et nous serra la main à chacun, après nous avoir servi un discours d’encouragement pour nous rappeler nos responsabilités envers la mission et les uns envers les autres. La mienne consistait à faire exactement ce que Hands et les autres me disaient de faire et rien d’autre. Cela avait l’air facile, mais quelque part, je savais que ce ne serait pas du gâteau.
Plus vite que cela sembla possible, le capitaine s’en alla, la porte se referma et les moteurs vrombirent encore plus bruyamment. Je sentis l’avion quitter le sol et je fermai les yeux.
Elvis, j’arrive ! Tiens bon !
Quand j’ouvris les yeux, Hands était agenouillé sur un genou devant moi.
— Tu tiens le coup, Keys ?
Il était presque méconnaissable avec son casque et ses lunettes de vision de nuit. Gray m’avait dit que les fusiliers porteraient environ soixante livres de matériel en plus du parachute de freinage en tandem qui devait faire cent dix mètres carrés afin de supporter le poids de deux personnes et ralentir notre vitesse de chute quand nous tombons.
Je déglutis. Je ne voulais pas encore y penser. Je ne savais toujours pas si je pourrais y arriver.
Hands claqua des doigts devant mon visage.
— Keys, concentre-toi. Je dois te dire exactement ce qui va se passer. Nous avons environ trois heures avant le parachutage, mais je veux que tu saches que je suis avec toi. Je ne te laisserai pas tomber.
— Ça, je n’en suis pas convaincue.
— Eh bien, convaincs-toi. Nous sommes dans la même équipe. Je ne te laisserai pas tomber. Tu dois me faire confiance sur ce point. Alors reste avec moi. Environ six minutes avant le saut, je te harnacherai à moi. J’ai demandé à l’équipage de faire trois vérifications pour s’assurer que les connexions sont sécurisées. Quand tu verras le feu jaune, et entendras les mots « Prêts ! », tu sauras que nous avons moins de trente secondes avant de sauter. À ce stade, nous devrons aller jusqu’à la passerelle ouverte. Quand tu entendras « Accroche » ; ça veut dire « accroche tes orteils au-dessus du bord de la passerelle, » sinon tu risquerais de taper tes tibias sur la passerelle et ça fait mal. Ensuite, tu entendras un ordre « Feu vert ! » C’est notre signal pour sauter. Je te ferai un signe du pouce et nous sauterons ensemble, d’accord ?
Je ne pouvais pas parler. Je restai assise, les mains fermées en poings.
— Écoute, Keys, tu ne peux pas te battre contre moi. Cela mettrait nos deux vies en danger. Tu dois rester calme. Garde à l’esprit que même deux secondes de retard peuvent faire que l’équipe loupera notre point d’atterrissage d’une marge importante. Comme nous sautons la nuit, je n’ai même pas besoin de sortir le câble d’ouverture du parachute. Notre parachute a un système de déclenchement automatique qui se déploie à une altitude spécifique. Nous n’avons qu’à sauter et le parachute fera le reste.
J’humectai mes lèvres.
— Combien de temps… dure la chute libre ?
— Nous montons sur trois mille six cents mètres, donc nous tomberons en chute libre pendant soixante secondes environ, à la vitesse de cent quatre-vingt-treize kilomètres-heure. Quand le parachute se déploiera, tu ressentiras une première secousse, mais l’attaque du vent va ralentir les choses. Sauf si quelqu’un nous tire dessus, nous devrions passer un vol tranquille jusqu’au sol, qui devrait durer entre sept et neuf minutes. OK ?
— OK.
— Bien. Alors ça va le faire.
Il retourna s’asseoir sur le strapontin en face de moi, inclina son casque sur ses yeux et s’endormit. Je ne comprenais pas comment il pouvait y arriver dans de telles circonstances, mais je découvrais que tout le monde avait des méthodes différentes de gestion du stress.
Je touchai ma boucle d’oreille et pensai à Slash. Et, je ne sais pas comment, mais je m’assoupis moi aussi.
3 Suit : tailleur en anglais.
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