Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre huit
Il y a longtemps, quand j’étais encore néophyte en informatique, je rêvais de contrôler le monde avec mon clavier. Je pourrais toucher tout le monde, n’importe où. J’avais beau être consciente de mes cyber capacités, de mes talents et de mes limites, à cet instant précis, je ne désirais qu’une seule chose : pouvoir traverser l’écran de l’ordinateur et ramener Elvis ici, en sécurité.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée assise à regarder fixement la vidéo. Quelqu’un à l’écran parlait – Broodryk, peut-être – mais j’étais totalement incapable d’entendre un seul mot. Je voyais simplement Elvis ligoté à cette chaise.
Slash disait quelque chose, lui aussi, mais je ne l’entendais pas non plus. Je n’entendais rien. Je ne ressentais rien, je me contentais de fixer cette vidéo qui surgissait devant moi, des larmes inondant mes yeux et ruisselant le long de mes joues.
Enfin, Dieu merci, Slash referma le portable. Il tourna ma chaise vers lui, me prit dans ses bras, et me serra fort. J’étais raide comme un piquet. Il continuait à parler, mais je ne l’entendais toujours pas.
À un moment, il prit mes joues dans ses mains en coupe, me força à le regarder. J’essayai de me concentrer sur ses yeux noisette pour me faire revenir dans la pièce, dans l’affreuse réalité que je devais affronter.
Je ne pourrais pas aider Elvis si je n’étais pas en possession de mes moyens. Je devais reprendre le contrôle, réfléchir. Pour Elvis je devais être sensée, et pleurer ne ferait de bien à aucun de nous deux.
— Slash ?
Ma voix était bizarre, comme si elle venait de très loin. Je cillai une fois et réessayai.
— Slash.
Là, ça tenait plus d’un coassement que d’un mot.
Il hocha la tête, essuya une larme sur ma joue.
— Je suis là, cara. Respire, d’accord ?
Je pris un souffle, cillai et passai la pièce en revue.
Elle était vide.
— Où sont passés les autres ? demandai-je.
— Je leur ai demandé de nous laisser seuls un moment.
— Broodryk ? C’est lui ? Il a Elvis ? Où est Xavier ?
Slash déglutit.
— Xavier est à l’hôpital, en Grèce. Ils se sont fait attaquer et ils ont enlevé Elvis. Xavier est en vie, mais il est grièvement blessé.
— Oh non !
Visiblement, ma voix avait du mal à dépasser le murmure.
— Pourquoi ?
Slash se massa la nuque, se leva et se remit à faire les cent pas.
— Broodryk voulait Elvis. Comme il te veut, toi. Je suppose que c’est sa vengeance parce que tu l’as arrêté au lycée dans ta dernière mission. Sa cyber opération dans son intégralité est gravement compromise à présent. C’est un homme mondialement recherché et il veut se venger.
— Elvis…
J’avais du mal à prononcer son nom sans qu’une flèche de douleur me transperce l’estomac.
— Il est… encore vivant ?
— Pour ce que nous en savons, oui. Veux-tu que je repasse le message de Broodryk ?
Je chassai d’autres larmes d’un battement de paupières.
— Non. S’il te plaît. Je ne peux pas, Slash. Pas encore. Peux-tu juste me dire ce qu’il dit ? Je ne l’ai pas entendu. Tu me le résumes, d’accord ?
Il se rassit, tourna les chaises pour que nous soyons face à face. Il prit mes deux mains dans la sienne et les serra fort.
Il était tellement tendu que je voyais de nouvelles lignes aux coins de ses yeux.
— Pour faire court, Broodryk pense qu’il peut te forcer à aller chercher Elvis.
Je flanquai ma main sur mon cœur, comme si j’essayais d’en recoller les morceaux.
Au bout d’un moment, je demandai :
— Va-t-il maintenir Elvis en vie jusqu’à ce que je prenne ma décision ?
— Il n’y a pas de décision à prendre. Tu ne peux raisonnablement pas aller chercher Elvis. Ce serait une mission suicide. Il vous tuerait tous les deux – et très probablement de façon atroce – dès que vous seriez sortis des États-Unis. Puis il se servirait de toi comme d’un exemple grotesque pour illustrer ce qu’il fait subir à ceux qui croisent son chemin.
Il marmonna quelque chose en italien, se leva et se remit à faire les cent pas. Je ne l’avais jamais vu aussi contrarié.
Je l’observai, essayant de me faire à cette situation.
— Quels sont mes choix ?
Slash s’arrêta devant moi.
— Il n’y en a pas encore. La police scientifique repasse chaque minute de la vidéo au peigne fin. Broodryk fait une brève apparition, mais il est masqué. Il y a de fortes chances que nous puissions faire correspondre les caractéristiques de sa voix avec celles que nous avions enregistrées au lycée. Cela m’inquiète que Broodryk n’ait pas fait l’effort de modifier sa voix. Il veut que tu sois sûre, ainsi que le monde entier, que c’est lui.
— Mais qu’est-ce que cela veut dire ?
— Cela veut dire qu’il veut que le monde entier assiste à son jeu.
— Tu es sûr que c’est Elvis sur la vidéo ? C’est peut-être quelqu’un qui lui ressemble.
Je savais que je me raccrochais à n’importe quoi, mais je devais poser la question.
Il soupira.
— C’est lui, cara. Elvis a parlé sur la vidéo. J’ai donc pu identifier personnellement que les voix correspondaient. Je te l’assure, j’ai revu la vidéo à de nombreuses reprises.
— D’accord.
J’avais mal à la tête et je me mis à trembler sans pouvoir m’arrêter. Slash s’assit à côté de moi et passa un bras sur mes épaules.
— Nous allons trouver le moyen de libérer Elvis.
— Est.... est-ce que Basia est au courant ?
— Pas encore. Nous avons déjà averti la police à Hollywood et elle a une protection rapprochée, mais elle ne sait pas encore. J’essaie de trouver la meilleure façon de le lui annoncer et de la protéger.
— Merci.
— De plus, j’ai un ami médecin à Rome. Il est en route pour la Grèce pour surveiller personnellement Xavier. Il vérifiera que tout va bien, m’en rendra directement compte. J’ai fait en sorte qu’il ait une chambre individuelle à l’hôpital et quelques spécialistes sont prêts à consulter. Tout ce que je sais, à ce stade, c’est que Xavier est stable, mais pas encore tiré d’affaire. Tu comprends bien que l’on ne peut pas laisser Basia le voir ? C’est trop dangereux pour elle de voyager. Elle serait en danger, elle aussi. Nous le ramènerons chez lui dès qu’il sera suffisamment stable pour voyager. En attendant, il est sous surveillance policière.
Je hochai la tête et claquai des dents.
— Je comprends. Mes parents, mes frères, mes grands-parents sont-ils en danger ?
— Je ne vais pas te mentir. C’est possible. Tes parents ont été autorisés à quitter l’hôtel et à rentrer chez eux, mais ils restent sous protection policière. Tes deux frères sont avec eux. Tes grands-parents, des deux côtés, tes oncles, tes tantes et autres membres de ta famille ont été informés des événements.
— Oh mon Dieu ! Et Wally, Piper et Brandon ?
C’étaient les lycéens qui nous avaient aidés, Elvis et moi, à vaincre Broodryk.
— Pour l’instant, tous, y compris Bonnie, auront une protection policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Bonnie était la directrice du lycée que Broodryk et les terroristes avaient attaqué. Elvis sortait avec elle depuis quelques semaines.
— Nous avons une mini-bonne nouvelle, cara. Nous sommes quasi sûrs qu’Abri Pentz n’est plus aux États-Unis.
— Quoi ? Comment pouvez-vous en être sûrs ?
— Nous avons des dizaines d’agences internationales qui sont dessus et essaient de reconstituer ses activités. Pentz est presque aussi traqué que Broodryk. Nous avons eu de la chance et avons trouvé une correspondance avec l’un des faux noms connus de Pentz, qui quittait l’aéroport international de Jean Lesage au Québec il y a une douzaine d’heures.
Je réfléchis un moment. J’avais encore mal à la tête, mais je devais me concentrer. Alors je chassai la douleur.
— Tu as dit qu’Elvis parlait sur la vidéo. Que disait-il ?
Il enleva une mèche sur mon épaule.
— Pourquoi ne prendrais-tu pas le temps de réfléchir à ce dont nous avons déjà parlé et nous reverrons la vidéo ensemble plus en détail, OK ? Tu as besoin de souffler un peu. Tu es sous le choc.
— Non, dis-je d’une voix plus ferme. Non, Slash, je ne veux pas attendre. Elvis a besoin de nous. Je veux savoir. Que disait-il ?
— Je ne crois pas que…
— Je peux gérer. S’il te plaît, dis-moi.
Slash prit ma main dans la sienne et la serra.
— Elvis t’a demandé de ne pas venir le chercher. Il t’a demandé de ne pas faire ce que Broodryk veut. Et ensuite…
Il ferma les yeux.
— Et ensuite quoi ?
— Ensuite Broodryk l’a frappé.
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