Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre vingt-deux

 

J’étais sous le choc, mais comme la décision de lancer l’opération avait été prise, ce n’était plus qu’une question de logistique. On m’avait demandé de préparer mes affaires, je remplis donc tout un tas de papiers et j’eus une conversation tendue avec Finn au téléphone. Deux agents de la CIA lui avaient rendu visite un peu plus tôt dans la journée et annoncé que l’on m’avait cooptée pour une affaire de sécurité nationale. Je devinais qu’il voulait me poser beaucoup de questions, mais il s’était ravisé. Je ne pouvais rien lui dire, sauf que je mettrais ces jours-là en jours de congé et que j’avais pleinement l’intention de reprendre mon poste s’il voulait encore de moi. Il avait l’air inquiet, mais me dit de prendre tout le temps nécessaire et que mon poste m’attendrait de pied ferme.

Enfin, je passai un long coup de fil à Basia et l’informai du mieux possible sur ce que je savais sur Elvis et Xavier. Je devais avoir l’air totalement déprimée car elle m’interrompit au milieu de ma phrase.

— Lexi, tu vas bien ?

— Oui, ça va.

Ma voix tremblota et je tentai de me reprendre.

— Non, Basia, ça ne va pas. Je suis en vrac. Je suis morte d’inquiétude pour Elvis, et Slash et moi nous sommes méchamment disputés. Et ce n’était pas au sujet de la lunette des toilettes. Il ne m’adresse plus la parole. En fait, si ça se trouve, il ne me parlera plus jamais.

— Oh, ma belle, je suis désolée. Ça fait beaucoup d’émotions, tout ça. Il changera d’avis.

— Je ne sais pas. Il est très en colère.

— Il est mort de trouille. Nous le sommes tous. On fait tout ce que l’on peut, à notre façon. Tu veux que je lui parle ?

— Non, ça ne servira à rien. Tu ne peux rien faire.

— Tu es sûre ?

— Oui.

J’étais sûre et certaine que même Basia ne pourrait pas persuader Slash d’accepter ce que je devais faire.

— Il doit bien y avoir un moyen de t’aider.

— Il y a peut-être quelque chose. Sais-tu comment contacter les parents de Xavier ? Je n’ai jamais entendu ni Elvis ni Xavier parler d’eux. Il faut que quelqu’un leur dise ce qu’il s’est passé.

— Hum… je ne sais pas. Xavier n’a jamais parlé d’eux.

— C’est bon, je vais trouver.

— Écoute, si tu as besoin d’aller chez eux, Xavier m’a dit qu’ils avaient une clé cachée dans le troisième tas de briques près des marches du fond. Ce n’est pas une vraie brique, c’est une fausse. Elle ouvre juste la porte du côté. Attends deux minutes et laisse-moi regarder mes notes sur mon téléphone. Ah, le voilà. Le digicode pour déverrouiller l’alarme, c’est #314159.

Je souris.

— Pi.

— Hein ?

— Pas grave. Merci Basia. Je te dirai ce que je trouve.

— Tiens bon ! Je t’aime. Je t’aime vraiment.

C’était peut-être la toute dernière fois que je lui parlais.

— Basia ? Je… je veux te dire quelque chose. Le jour où nous nous sommes rencontrées, et que tu es entrée dans notre chambre, habillée en rose et en tirant des bagages monogrammés, je me suis dit qu’on allait se détester. Mais tu es devenue ma première vraie amie. Je ne sais pas comment je peux correctement t’expliquer à quel point ton amitié est importante pour moi.

— Oh, ma belle, je sais et je ressens la même chose.

Je raccrochai puis fixai le téléphone un long moment. Je le mis de côté, ouvris mon ordinateur portable et fis une rapide recherche en ligne sur les parents des Zimmerman. Rien de rien. J’imagine qu’une visite chez eux s’imposait, au final.

Je trouvai mes deux gardes du corps – deux agents du FBI – et leur dis que je devais m’en aller. Ils étaient sympas, mais je commençais à comprendre par moi-même ce que Slash pouvait ressentir. Être suivie chaque minute, chaque jour, commençait à être sérieusement flippant.

Les agents me conduisirent chez les jumeaux et furent ravis d’attendre dans la voiture le temps que je récupère la clé, coupe l’alarme puis ils passèrent tous les deux en revue le périmètre de la maison. Quand ils eurent terminé et furent sortis, je me dirigeai vers le Cœur Informatique, alias le séjour, qu’ils avaient transformé en immense station de travail.

La pièce était d’un froid glacial, même en leur absence, dans le but de protéger leur matériel. Je m’emparai de la couverture bleue qu’ils gardaient pour moi et l’enveloppai sur mes épaules. Je me postai au milieu de la pièce et laissai aller mon regard entre les bureaux de Xavier et Elvis. Celui de Xavier, en désordre, était jonché de papiers, de blocs-notes, de câbles et de diverses clés USB. Celui d’Elvis était comme le mien : tout était bien rangé, parfaitement organisé, avec un degré maximal de fonctionnalités.

Dans un soupir, je m’assis sur la chaise d’Elvis et mis mes mains sur son dessus de bureau, l’imaginant assis à cette place. C’était un souvenir tellement familier que je m’attendais presque à le voir entrer dans la pièce, et me sourire comme il le faisait toujours. Me souvenant que j’étais venue ici dans un seul objectif, je surmontai ma réticence à fouiller dans ses affaires et me mis au travail. Je savais que je n’étais pas assez douée pour pénétrer dans leur réseau électronique, je devrais donc procéder à l’ancienne.

J’ouvris le premier tiroir et le fouillai. Il y avait surtout des stylos, des crayons, des outils de dessin mécaniques, et des clés USB. À droite dans le tiroir, il y avait une photo. Je la pris. C’était un cliché d’Elvis et moi, à Ocean City, dans le Maryland, là où j’avais rencontré les jumeaux pour la première fois. Basia ou Xavier avait dû prendre la photo, que je n’avais jamais vue. Elvis et moi nous tenions sur la promenade en bois, dos à la mer. Nous sourions et Elvis avait passé son bras sur mes épaules. Même si la photo n’avait même pas un an, nous semblions si jeunes et si heureux. Je touchai sa joue du bout de mon doigt et rangeai la photo là où je l’avais trouvée. Le deuxième tiroir contenait des papiers et quelques petits blocs-notes. Le troisième était rempli de dossiers. Je les feuilletai, gênée de fouiller dans ses documents personnels, mais me rappelant que c’était nécessaire.

Je me dis qu’il conservait toutes ses adresses électroniquement, mais j’espérais trouver, au minimum, la trace du nom de l’un de ses parents sur un document qui me permette de me lancer dans une recherche en ligne plus efficace. J’ouvris un dossier étiqueté Garden Springs Resort et en sortis une brochure colorée avec un bâtiment colonial et plein de jolis aménagements paysagers.

Je passai la brochure en revue et compris que c’était une résidence médicalisée. Je mis la brochure de côté et pris le document suivant. Un dossier d’inscription signé pour l’admission d’Ottilie Zimmerman dans cette résidence. Il datait d’il y a cinq ans. D’après mes calculs, elle devait avoir soixante-neuf ans, et nous partagions la même date d’anniversaire. Je lus le reste du contrat, mais il n’y avait aucune information médicale. On ne parlait pas non plus d’un mari, et malgré mes recherches plus approfondies dans le dossier, je ne trouvai pas d’autre piste, ni d’informations sur lui.

Je rangeai le dossier et me rassis dans la chaise. Au bout d’un moment, je sortis mon téléphone portable et composai le numéro sur la brochure.

— Garden Springs Resort, bonjour. Nous offrons le meilleur des résidences médicalisées. Que puis-je faire pour vous ?

Je m’éclaircis la gorge.

— Ah oui, j’appelle au sujet d’Ottilie Zimmerman. Je suis une amie de ses fils, Elvis et Xavier.

— Ah, très bien. Ce sont les deux garçons les plus adorables et les plus polis que j’aie jamais rencontrés. Leur maman les a vraiment bien élevés. Vouliez-vous prendre de ses nouvelles ?

— Ah… oui. Comment va-t-elle ?

— Elle va bien.

Je voulais l’interroger sur sa pathologie, mais je savais que le personnel soignant n’avait pas le droit d’en parler.

— Ils sont à l’étranger en ce moment.

— Oui, en Grèce, je sais. Les petits veinards. Je parie qu’ils s’amusent comme des fous. C’est gentil de votre part de prendre des nouvelles de leur part.

— Avec plaisir. Dites, croyez-vous qu’elle serait contente d’avoir une visite ?

— Mais oui, elle serait ravie. Elle n’en a pas beaucoup. Il faudrait qu’elle soit encadrée, bien sûr, car il n’y a que les personnes qui sont sur la liste de visiteurs agréés qui peuvent visiter librement, mais je pense que nous pourrions nous arranger. Et vous êtes ?

— Lexi Carmichael.

— Marylin Para, administratrice de jour, à Garden Springs. Quand souhaiteriez-vous venir ?

— Maintenant, ce serait possible ?

— Bien sûr. Combien de temps vous faut-il pour venir ?

— Quinze minutes.

— Super. Je vous attends.

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