Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre quarante-cinq
Le capitaine Bischoff, Gray, Jason et les autres étaient présents pour nous accueillir quand nous atterrîmes à Camp Lemonnier. Une ambulance nous attendait et emmena aussitôt Hulk, Wills, Elvis et quelques autres marines qui avaient été légèrement blessés à l’hôpital militaire.
Gray me sauta pratiquement dans les bras, tant elle était heureuse de me voir.
— Tu as réussi ! dit-elle en me faisant tourner. Ça a marché ! Je n’arrive pas à croire que tu aies eu Broodryk !
— Nous avons eu Broodryk. Ton aide a été inestimable. Nous avons eu Muller aussi. C’était une bonne journée de travail, mais nous avons aussi pris de gros coups. J’espère que Wills et Hulk iront bien.
— Je l’espère aussi. Ils ont de bons médecins, Lexi. Ils feront tout ce qu’ils peuvent pour les sauver.
— J’espère.
Nous nous mîmes à marcher vers la caserne. Je mourais d’envie de prendre une douche, de manger et de dormir pendant six ans.
— Je n’arrive pas à croire comme tu as été calme et concentrée. Si détendue sous la pression. Tu n’as jamais craqué.
— Si seulement tu savais comme c’est faux. Mais merci quand même.
Elle passa un bras sur mes épaules.
— Avec plaisir. Nous avons rendu service à beaucoup de monde aujourd’hui.
Le vol retour pour Washington se passa sans histoire, surtout parce que je dormis quasiment tout du long. On déposa Wills et Hulk à Camp Lemonnier jusqu’à ce que leurs blessures permettent une évacuation médicale en Allemagne, et ensuite aux États-Unis. La bonne nouvelle, c’était que si les deux hommes étaient gravement blessés, ils allaient complètement récupérer. J’étais plus que soulagée.
On m’avait dit qu’Elvis souffrait lui aussi de graves blessures : une grosse déshydratation, trois côtes cassées, un nez et une pommette cassés, un coude fracturé et une contusion interne.
Broodryk n’avait pas voulu trop maltraiter son prix, de fait Elvis avait évité le pire. Bien sûr, je n’imaginais pas les dégâts psychologiques qu’il avait dû endurer et les répercussions que cela aurait ensuite.
Pour l’heure, j’étais simplement heureuse qu’il soit en vie. Nous pourrions nous occuper de tout le reste plus tard.
L’équipe médicale à la base voulait le garder en observation, mais Elvis tenait absolument à rentrer aux États-Unis avec moi. Comme il était médicalement assez stable pour le faire, les gros pontes de Washington acceptèrent.
Je m’assis à côté d’Elvis dans l’avion militaire qui nous ramenait chez nous et le présentai à Gray et à tous les marines.
Elvis semblait quelque peu submergé par toute cette attention, mais il écouta attentivement l’enjolivement éhonté de Hands des actions qui avaient mené à sa libération. Même moi, je ne pus m’empêcher de rire à certains moments et d’être charmée par son histoire, même s’il me faisait passer pour celle qui avait battu seule un groupe de militants assoiffés de sang à mains nues.
Je revenais des toilettes à un moment du voyage quand Hands me fit m’asseoir dans un siège vide à côté de lui.
— J’aimerais te demander quelque chose, Keys, avant que nos chemins se séparent.
— Bien sûr. Dis-moi ?
Il inclina la tête en direction de Gray qui dormait la tête contre l’appuie-tête, la bouche ouverte. J’étais sûre qu’elle ronflait, voire qu’elle bavait.
— Que penses-tu d’une fille comme elle et d’un type comme moi ?
— Attends. Quoi ? Tu me demandes des conseils en amour ? À moi ?
— Tu as appris à la connaître sur cette mission. Je sais qu’elle est d’une autre classe que moi, mais j’espérais que nous aurions créé une sorte de connexion.
L’espace d’un instant, je m’émerveillai tout simplement. Hands me demandait des conseils en amour. À moi. J’essayai de trouver une réponse adéquate. À la place, je lui posai une question.
— Parce qu’il y a des classes ?
Il partit d’un rire moqueur.
— Ouais, des filles classe et des mecs comme moi.
— Comme toi ?
— Tu sais, des travailleurs ordinaires.
— Moi, je te trouve classe.
Il arqua un sourcil.
— En vrai ?
— Bien sûr. Tu es un sniper médaillé et hyper doué. J’irais probablement jusqu’à dire que tu as dépassé les attentes dans ton job. De plus, tu es honnête et bosseur. Pour moi, toutes ces choses sont classe.
Un sourire effleura son visage.
— Donc tu crois que j’ai une chance avec elle ?
— Cela veut-il dire que tu as l’intention de lui courir après ?
— J’y pense, oui.
Je jetai de nouveau un coup d’œil vers Gray. Sa tête pendait sur le côté, et elle bavait.
— Ça risque d’être difficile. Elle n’a pas eu beaucoup de chance en amour dans le passé.
— Eh bien, ce n’est pas comme si je battais des records dans ce domaine moi non plus.
Je laissai aller mon regard de l’un à l’autre.
— Tu sais, ça me fait très bizarre de le dire et encore plus bizarre d’y avoir même pensé, mais je pense que vous iriez bien ensemble tous les deux.
— Vraiment ?
— Vraiment.
— Alors, pourrais-tu plaider en ma faveur ? À condition que tu aies des trucs gentils à lui dire sur moi.
Je réfléchis.
— Je n’ai jamais plaidé en faveur de personne. Jusqu’à présent, c’était totalement en dehors de mon domaine d’expertise. Mais je suis prête à essayer. Et oui, j’ai au moins deux trois trucs gentils à dire sur toi.
— Merci, j’apprécierais.
Nous sombrâmes dans un silence agréable.
Je voulais lui demander quelque chose depuis longtemps, mais le timing n’avait jamais été bon. Là, il l’était, mais je galérais pour trouver les bons mots.
Je finis par me décider à lui poser la question.
— Hands, je peux te demander quelque chose ? Tu n’es pas obligé de répondre si tu ne veux pas.
— Demande toujours.
— Comment fais-tu ? Jour après jour ?
Il ne me demanda pas de lui expliquer. Il savait ce que je voulais dire.
— Il faut bien que quelqu’un le fasse. Autant que ce soient les gentils. On essaie de bien faire les choses.
— Mais comment arrives-tu à garder intacte ta perception de toi ? Ton humanité ? Ta foi ?
— Voilà beaucoup de questions pesantes, Keys. Tu te faisais du souci pour moi ?
— Oui. Et si je suis honnête, je m’en fais aussi pour moi.
Il bougea son siège en face de moi.
— Alors laisse-moi te dire les choses ainsi : je suis en accord avec moi-même quand je vais me coucher le soir. Ce que je fais n’est pas joli, et ce n’est pas de gaieté de cœur. Mais quelqu’un doit être en première ligne pour faire ce qu’il faut. Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là. Donc voilà comment je vois les choses. Dieu, ou celui en qui tu crois, est une autorité morale supérieure, il garde un œil sur le tableau d’ensemble – le Bien supérieur. Pour moi, tout est dans les détails. Ai-je bien fait pour cette personne, cette situation ? Difficile à dire mais jusque-là, j’ai ma conscience pour moi.
Je le regardai attentivement.
— Tu me surprends, Hands. Il y a un homme prévenant sous tes airs de gros dur.
Il se fendit d’un grand sourire.
— Écoute, Keys, je veux que tu saches que chaque fois que tu auras besoin de mon aide, je serai là pour toi.
— Merci, c’est bon à savoir. Moi aussi, je te souhaite le meilleur pour toutes tes futures missions. J’étais loin d’imaginer à quel point tes potes marines et toi vous vous mettiez en danger chaque jour. Je peux juste te dire que je vous admire, les autres et toi, pour servir l’armée avec une telle abnégation. Tu as mon respect et ma reconnaissance sincères.
Il tendit le poing.
— On reste en contact. Et pour l’amour de Dieu, tiens-toi à l’écart des problèmes.
Je frappai mon poing dans le sien et citai la devise des marines.
— « La seule journée facile, c’était hier. »
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