Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre trente-huit

 

Je levai le menton, déterminée.

— Je suis prête.

Hands arqua un sourcil.

— Tu sais, je suis impressionné. Tu as beaucoup de cran pour une civile. Mais maintenant que la mission a officiellement commencé, tu devras l’exécuter selon nos conditions.

— Je t’ai déjà dit que je ferais de mon mieux pour suivre les ordres, cette fois.

— Pas ces conditions.

— Je ne comprends pas. Quelles conditions ?

— Les conditions qui stipulent que tu n’es plus seulement l’atout.

Il me fit un salut.

— Nous faisons de toi une marine honoraire.

Confuse, je me penchai en avant et posai ma main dans le dos de l’appuie-tête de Wills.

— Attendez. Quoi ? Je suis une marine ?

— Ouaip. C’était l’idée de Hulk, mais tout le monde était d’accord. Tu fais officiellement partie de l’équipe à présent. Un membre à part entière.

Il me jeta une broche en or qui représentait un aigle qui tenait un pistolet, une ancre et un strident.

— Accroche-la, Keys. Félicitations.

J’étais tellement touchée qu’il me fallut plusieurs secondes pour reprendre mes esprits avant de répondre.

— Vraiment ? Vous voulez de moi alors que je n’ai pas voulu sauter d’un avion, que je suis un gros boulet et que je n’aime pas les araignées ? Vous êtes sûrs que ce sont des caractéristiques acceptables pour une marine honoraire ?

Hands hocha la tête

— Bien sûr. Parce que tu es aussi prête à affronter tes plus grandes peurs et à prendre un coup de feu de sniper pour l’équipe.

Une boule se forma dans ma gorge.

— Et bien, dans ce cas, merci beaucoup, les gars. Je suis honorée. Je ne sais pas quoi dire, à part que je vais essayer de mettre mes hurlements en sourdine, maintenant que j’ai la réputation d’un marine à protéger.

Ils rirent tous. Quand j’épinglai l’aigle au col de ma veste, je me rendis compte que ces hommes étaient prêts à mourir pour m’aider à mener cette mission à bien, et cette fois, si ça se trouvait, je ne serais pas en mesure de l’en empêcher.

— Combien de temps jusqu’à la cabane ? demanda Hands à Wills.

— Une heure environ, en supposant qu’il n’y ait pas d’interférence, ni de détours, répondit Wills. Nous allons faire une boucle, éviter les routes et entrer par le sud, en faisant le maximum de tout-terrain. Je suppose que les hostiles ont des instructions pour ne pas être trop actifs tant qu’ils ont la certitude que Lexi est bien dans la maison. Mais nous devons aussi imaginer qu’ils peuvent le limiter car si Lexi entre, eux aussi. Cela signifie qu’ils feront feu sur quiconque essaie de l’accompagner, et donc votre humble serviteur. Ce sera une opération strictement contrôlée, à tous les niveaux, surtout parce que cela pourrait devenir compliqué si trop de locaux apprennent que des Américains sont sur leurs terres, tout près. Broodryk a très probablement versé beaucoup d’argent pour que le groupe reste soudé.

— Ah. Plus on est de fous, plus on rit, comme je dis toujours, grommela Hulk.

Hands ajusta son sac à dos.

— Tu y vas et tu t’en tiens au scénario, Lexi. Tu entres en contact. Tu distrais Broodryk. Tu te connectes et tu transmets les infos de localisation à l’équipe. Le virus est notre priorité numéro un. Si possible, tu prends Elvis et vous vous barrez. Nous devons nous souvenir que la mission ultime sera d’offrir à Broodryk un cadeau spécial de bienvenue.

Je pensais aux marines qui étaient en route pour le camp au Gabon. Je passai en revue une check-list mentale de tout ce qui devait se passer pour que notre plan B à Slash et moi fonctionne. Nous avions tous nos missions. La mienne se déroulait dans la cabane. Je devais arrêter le virus et sauver Elvis. Elvis occupait la priorité dans mon cœur, mais des millions de vies étaient en jeu à cause du virus. Si tout cela se résumait à appuyer sur un bouton, je ne savais pas ce que je ferais.

Cela m’effrayait. Et si Broodryk gagnait après tout ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ?

La logique disait que la vie ne tenait qu’à un fil, quelle que soit notre façon de la vivre, et au final, je supposais que la grandeur d’une personne n’était pas définie par ce qu’elle possédait, mais par ce qu’elle était prête à risquer pour les autres. De plus, quoi qu’il arrive, même si je perdais, Broodryk ne m’épargnerait pas.

***

Comme prévu, nous fîmes du tout-terrain jusqu’à la cabane. Au bout de cinq minutes de route, je notai dans ma tête de retrouver l’analyste des services secrets qui avait déclaré que cette région était doucement vallonnée et de le battre à mort avec un clavier lourd. Si les Land Rover étaient faits pour ce type de tout-terrain avec des amortisseurs à toute épreuve, le mélange du chargement lourd, de la vitesse continuelle à laquelle roulait Wills et du terrain accidenté était éprouvant.

Je gardai la mâchoire très serrée pour ne pas me mordre la langue. Si Hands et Hulk étaient décontenancés par le terrain, ils n’en laissaient rien paraître. Ils étaient en vigilance maximale, tournaient leur tête non-stop, cherchaient les hostiles, les vitres étaient baissées pour laisser une liberté de tir et éviter que le verre ne vole si nous devenions des cibles. J’avais beau aspirer à un trajet plus tranquille, nous n’avions pas le choix. Les routes étaient très probablement parsemées de IED ou fortement surveillées par des militants d’Al-Shabaab, le groupe responsable de l’attaque violente d’un centre commercial à Nairobi.

Je n’étais pas impatiente de les rencontrer et je me doutais bien que c’était pareil pour les garçons. Mais il était fortement probable qu’au moins quelques types de ce groupe étaient prêts à nous attaquer à un moment donné à la cabane. Je ne voyais pas comment Broodryk aurait pu faire autrement.

La Somalie dégageait une sorte de beauté accidentée, mais il était difficile d’apprécier le paysage alors que j’étais coincée dans mon siège, mon sac à dos sur les genoux et la tête dodelinant à chaque secousse. Les gilets pare-balles que je ne pouvais pas attraper pour les régler contribuaient à ma mauvaise humeur. Il m’était impossible de faire autre chose que de fixer l’arrière de la tête de Hands, alors je révisai mentalement les leçons de notre dernière mission.

A) Éviter les gamelles gênantes.

B) Pas de hurlements hystériques.

C) Dans aucune circonstance, je ne devais enlever mon casque.

Cette dernière avait bien failli me laisser sur le carreau et je n’avais nullement l’intention de passer le reste de ma vie en Somalie.

Enfin, Wills annonça dans le réseau de com de notre casque que nous nous trouvions à dix minutes environ de la cabane. Je ne voyais pas du tout comment il pouvait savoir où il allait, ni comment l’équipe Bravo avait même réussi à suivre le rythme. Toutefois, à la suite de son annonce, Hands et Hulk procédèrent je ne sais comment à un nouveau contrôle de notre matériel sans quitter leur environnement des yeux.

Nous traversâmes brusquement un moment de calme étonnant quand le terrain s’aplanit. Apparemment, c’était le calme avant la tempête, peut-être la toute dernière de ma vie ? Je regardai attentivement les trois hommes, cherchant un signe de stress ou d’inquiétude. Nous étions dans les dernières minutes avant une bataille à laquelle nous ne pouvions pas nous soustraire et pourtant, ils semblaient parfaitement calmes.

J’avais du mal à le comprendre. Leur calme ne pouvait pas être simplement lié à leur expérience. C’était autre chose. Hulk me jeta un coup d’œil et me fit son sourire contagieux.

— On gère, gamine. Ça va bien se passer.

D’un seul coup, je compris. C’était la foi. Pas nécessairement religieuse, même s’ils y croyaient peut-être aussi. Je ne le leur avais jamais demandé. Mais c’était la foi en eux, en chaque membre de l’équipe, en la mission, en tout. Ils savaient que chacun ferait le mieux possible, qu’ensemble cela suffirait, peu importe qui, ou ce qu’ils affrontaient. Ce n’était pas rationnel, mais ils la partageaient et à présent j’en faisais partie, et je me sentis plus calme moi aussi.

Notre préparation paierait, les méchants échoueraient et nous nous en sortirions vivants. Je refusais de calculer les probabilités. Pour la première fois de ma vie, je ne voulais pas savoir.

— Tu es affreusement calme. Tout va bien, Keys ?

— Maintenant, oui.

Je pensais à Slash, et quelque part, cela me calma encore un peu plus. Sois intelligente, sois prudente, mais surtout, ne laisse personne te manipuler.

Plus facile à dire qu’à faire.

Damer le pion à Broodryk, au beau milieu de la Somalie, selon ses termes, ne semblait pas une option très séduisante. Mais nous sommes qui nous sommes et nous ne pouvons faire que de notre mieux avec ce que nous avons.

Hands parlait à voix basse à quelqu’un sur une autre radio, probablement à Bravo ou peut-être à Mère. Il ne parlait pas via son canal à lui.

— Un kilomètre, cria Wills. Dernier contrôle des armes.

Tout le monde vérifia une dernière fois ses armes, même si je savais très bien qu’elles étaient en parfait état de fonctionnement. Je déglutis, mon cœur se mit à battre plus vite. Je collai mes mains sur la poignée et le dos du siège de Hands, attendant la prochaine bosse. Les poteaux téléphoniques au loin nous indiquaient le chemin jusqu’à notre destination.

Étonnamment, Hands se retourna et me donna un pistolet automatique.

— Il paraît que tu sais t’en servir et je me suis dit qu’il pourrait t’être utile. Nous ne savons pas ce que tu pourrais trouver dans la maison et si Wills est immobilisé, je veux que tu sois en mesure de te défendre.

Sans protester, je pris le pistolet. Voilà comment je fonctionnais ces jours-ci. Je n’avais pas de holster, de fait je m’assurai que la sécurité était enclenchée et le fourrai dans mon sac à dos.

— Cible en vue. Alpha Star, à terre, fit la voix de Hands dans mon casque.

Je me baissai immédiatement sur le siège, ma tête presque sur les genoux de Hulk.

— Nous avons un visuel sur la maison, dit Hands à la radio à Mère. Les atouts aériens sont-ils en place ?

— Affirmatif. À vous et nous n’avons détecté aucune activité supplémentaire sur la cible. Les vents soufflent du sud-ouest, alors lâchez vite vos grenades et attendez-vous à ce qu’elles se dissipent plus rapidement que d’habitude.

— Bien reçu.

Dans le casque, Hands demanda :

— Wills, as-tu reçu ce compte rendu fumée ?

— Oui. Alpha Star et moi ferons vite.

— Vous avez intérêt. Sinon, attendez-vous à vous retrouver avec plus de trous que dans l’alibi d’un député.

Je levai les yeux au ciel et Wills partit d’un rire moqueur quand Hands ordonna :

— Bravo, au rapport.

— Prêt et à vos six heures.

— Bien. Nous lâchons deux fumigènes de chaque véhicule quand nous contournons l’extrémité sud de la colline Bocal. Jetez les grenades à gauche et le plus loin possible. Retardez le lancement des grenades à droite en comptant jusqu’à trois et lancez-les au-dessus de la voiture. Le vent devrait tout porter en haut de la colline et donner quelques minutes supplémentaires. Bravo, ensuite vous continuez jusqu’à vos positions. Lâchez une autre série de fumigènes dès que vous prenez vos positions. Alpha Star, vous ne bougez pas du véhicule jusqu’à ce que je vous le dise.

— OK, répondis-je.

Wills tira brusquement sur le volant, fit tourner le véhicule jusqu’à ce que nous contournions l’extrémité de la colline. Je me dis, pendant un moment incroyable, qu’il avait mal calculé la vitesse et que nous allions nous renverser. Mais il la redressa au dernier moment, pile à l’instant où Hulk et Hands jetaient les fumigènes par la vitre. Puis il freina brusquement et nous nous arrêtâmes en dérapant. Il y avait tellement de bruit et de mouvement. Je ne savais pas si nous étions attaqués ou pas.

— Dehors, dehors, dehors !

Je ne savais pas si la voix venait de sous mon casque ou pas.

— Alpha Star, préparez-vous à avancer une fois que nous aurons sécurisé la zone. Alpha Deux, vérifiez l’entrée de la cabane. On passe à l’action, l’équipe.

Je serrai les poings très fort, paniquée. Quelles étaient les trois choses dont j’étais censée me souvenir ? Je ne hurle pas, je garde mon casque quoi qu’il arrive, et… et… mais quelle était donc la dernière ?

— Alpha Star, sortez immédiatement du véhicule, fit la voix de Hands, autoritaire et calme. Le site est sécurisé, mais la fumée ne dure pas aussi longtemps que nous l’avions espéré. Vous devez entrer rapidement dans la cabane.

J’ouvris la portière de la voiture à la volée. Il y eut un moment gênant, quand je me débattis avec le sac à dos, coincé entre le siège avant et moi. Je le libérai d’un coup sec et sortis d’un bond de la Land Rover.

Malheureusement, j’oubliai qu’une Land Rover est bien plus haute qu’un véhicule normal et je me pris le pied dans le rebord. Alors que mon élan m’entraînait au sol, je me pris une super gamelle, et j’atterris, la tête la première, dans la terre.

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