Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre trente-deux
— Les villageois vous tueront s’ils vous trouvent ici, déclara Abdou. Ils ne sont pas gentils avec les Américains et nous sommes très bien armés. D’autant plus que nous sommes prêts à lancer une attaque pour récupérer nos enfants.
— Sans déconner, fit Hands.
Il fit signe à Abdou de s’asseoir à la table de la cuisine, puis menotta tranquillement ses mains dans son dos.
— Nous n’avons plus le temps, tout le monde. Nous devons bouger, peu importe comment.
— Attends, dis-je en levant une main. L’équipe Bravo ne va-t-elle pas utiliser des grenades flash ?
— Si, mais leur efficacité à distance est limitée. Pire, un seul de ces bébés suffira à réveiller toute la ville à lui seul. Ça partira très vite en vrille quand nous réveillerons tout le monde. Si Pentz n’est pas suffisamment proche d’une grenade pour être temporairement aveuglé, il pourra toujours nous tirer dessus. Si nous ne savons pas où il se trouve, nous n’arriverons pas à le cibler facilement. Mais nous allons faire une déduction logique et déclencher des grenades au hasard, en croisant les doigts.
Croiser les doigts ne me semblait pas une stratégie militaire solide, mais nous manquions de temps.
Mon cerveau était en surchauffe.
— Pentz utiliserait un désignateur laser sur son télescope nocturne pour tirer, hein ?
Hands fronça les sourcils.
— Oui.
— Peut-on s’en servir pour le localiser ?
— Peut-être, mais seulement si nous pouvions observer comment le point de la cible bouge sur un sujet qui tourne. Déjà, ça ne fournirait qu’une localisation générale. Ça ne l’identifierait pas précisément.
— Mais assez près pour qu’une grenade flash soit efficace, non ?
— Possible. Mais où veux-tu en venir, Keys ?
— Je veux juste m’assurer que je comprends bien. Donc pour pouvoir piéger correctement Pentz, nous devons l’amener à s’accrocher sur une cible qui bouge lentement, suffisamment longtemps pour estimer sa position.
— Négatif. Il ne s’attardera jamais sur aucune cible car une fois qu’il en a une, il tire.
— Alors nous devons lui donner une cible qu’il ne tuera pas.
— Quelle cible ?
— Moi.
Ses yeux se plissèrent.
— Oh bon sang, non !
— Pourquoi pas ? C’est parfaitement logique. Je sors d’ici sans casque, comme ça il sera sûr que c’est moi. Si c’est Pentz, il ne tirera pas tout de suite. Tu sais qu’il ne le fera pas. Il doit s’assurer que ce n’est pas moi. Je ne suis pas un sniper, mais je crois que son instinct sera de s’accrocher à la première chose qui passera cette porte. Il ne s’attendra pas à ce que ce soit moi. Dis-moi que j’ai tort. Ensuite tu n’auras plus qu’à évaluer sa position, la transmettre à Bravo et ils pourront positionner le drone pour déclencher les grenades flash pour couvrir ta sortie.
Hands avança lentement d’un pas vers moi, tendit une main. Je voyais qu’il calculait comment m’attraper avant que je ne me précipite dehors. Pour l’heure, il n’y avait rien entre la porte et moi. Dans ma vision périphérique, je vis Wills avancer doucement de côté.
— J’apprécie ton geste, mais on ne peut pas te mettre en danger, Keys.
Sa voix était douce et apaisante.
— Nous ne pouvons pas être sûrs à cent pour cent qu’il ne te tuera pas. Nous, en revanche, nous sommes payés pour prendre des risques tout le temps. Nous avons survécu à bien pire. Écoute, c’est le seul type avec un fusil.
Ce n’était pas n’importe quel type, ni n’importe quel sniper. À côté de Hands, Abri Pentz était l’un des snipers les plus décorés du monde. Il ne louperait pas sa cible et nous le savions tous.
Je serrai la mâchoire.
— Tu as raison, Hands. Je ne suis pas sûre à cent pour cent qu’il ne me tuera pas. Mais je sais très bien qu’il te tirera dessus, ou sur un autre, et qu’il ne vous loupera pas. Nous n’avons pas le temps de soumettre cette question à un comité.
Avant que l’un d’eux ne puisse m’arrêter, je me précipitai vers la porte, l’ouvris à la volée et sortis. Je me tendis quand j’entendis Hands et Wills me crier quelque chose, mais je ne savais pas quoi.
Puis je le vis.
Le point rouge sur ma poitrine.
Je me tournai de côté, de sorte que je regardai à moitié dans la maison où Hands et Wills s’étaient arrêtés sur le pas de la porte, à l’intérieur, les bras tendus comme s’ils pouvaient encore m’attraper. Hands vit le point rouge lui aussi. J’observai la prise de conscience traverser son visage.
Ensuite, tout sembla se passer au ralenti. Je fermai les yeux bien fort, me préparant à un coup de feu qui n’arrivait pas. Lentement, je tendis les bras et me tournai dans la direction où je pensais qu’était Pentz. Faisant appel à une bravade que je ne ressentais pas, je m’inclinai profondément. J’espérais sincèrement que Hands, Hulk et toute l’équipe Bravo étaient attentifs et savaient précisément où se trouvait Pentz.
Après ce que j’espérais un laps de temps suffisant, mais c’était probablement moins de dix secondes, je me retournai et fis le tour de la maison à toute allure, en direction de la sécurité, à l’autre bout du garage. Ma nuque me démangeait. J’avais peur que Pentz change d’avis et me fasse exploser la tête rien que pour me contrarier. Mais le coup de feu n’arriva jamais.
Des discussions bruyantes sortaient du casque sous mon bras, je m’arrêtai donc juste avant d’arriver à la lisière du garage et le collai à mon oreille pour entendre ce qu’il se passait. Je n’avais pas le temps de le mettre correctement et de m’occuper des lunettes de vision nocturne.
— Trois, deux, un, go !
Les explosions rapides de deux grenades flash au loin me firent sursauter, suivies, une seconde plus tard, du bruit sourd. Peu après, Hulk, Wills et Hands firent le tour du bâtiment à toute allure, sans même prendre la peine de ramper. Je restai paralysée sur place à les regarder. Hands trébucha, mais retrouva miraculeusement l’équilibre et continua à courir. Je regardai la scène, hypnotisée par l’action, jusqu’à ce que je revienne brusquement dans la réalité. Hulk se dirigeait droit sur moi d’un pas lourd, me prit sous son bras sans ralentir le pas, et me porta de l’autre côté du garage.
Nous nous arrêtâmes momentanément pour nous regrouper et planifier nos prochaines actions, et je me collai contre le mur à côté de Hands.
Je ne voyais pas bien son visage, mais je distinguai la colère dans sa voix.
— Je n’hésiterais pas à te tuer si ma mission n’était pas de te protéger. Mais qu’est-ce que tu fais, bon sang ?
— Nous sauver la vie, je l’espère.
— Merde, tu n’as pas obéi !
— Pas cette fois. Non, j’ai obéi à la logique.
Il grommela, puis leva une main pour me faire taire.
— Équipe Bravo, faites-moi un rapport de situation sur le MAM, Cobra Un et les locaux.
— Ici Bravo Un. MAM se barre du village en direction du sud. Je pense qu’il ne veut pas être confondu avec l’un de nous. Et il semble aussi souffrir d’une perte de sa vision nocturne car il vient de rentrer dans des barbelés qui entourent un corral. Aïe, ça doit faire mal, OK… tiens, tiens. Nous avons des locaux armés qui sortent des tentes au sud des corrals ainsi que des signes d’activité dans le village même. Les détonations ont attiré leur
attention. HPA4 sur Cobra : soixante secondes. Ils ne voudront pas traîner longtemps dans le coin.
J’avais commencé à remettre mon casque quand Hands me prit le bras et me dit d’une voix rauque :
— On n’a pas le temps pour ça. Suis-moi, c’est tout.
Il décolla, me traînant pratiquement derrière lui. Je le suivis en titubant, déséquilibrée, tenant mon casque sous l’autre bras. J’avais beau m’être plainte des lunettes de vision nocturne, je me rendis compte de l’avantage qu’elles me procuraient dans la nuit. Heureusement, grâce à l’aide de Hands, je réussis à rester debout.
Quand nous approchâmes des positions que l’équipe Bravo avait établies, j’entendis le cri tonitruant des doubles rotors du Osprey qui atterrissait. J’entendis aussi le crépitement de ce qui devait être de petites armes à feu, mais je ne pouvais pas savoir si c’étaient des tirs de notre propre camp ou du village. Ils n’avaient pas l’air proches, de fait je craignais qu’ils proviennent du village. Mon casque était une cacophonie de bruits et je ne comprenais rien de ce qu’il s’y disait.
Nous passâmes en courant devant un marine de l’équipe Bravo, accroupi en position de tir juste au moment où l’Osprey atterrissait. À ma grande surprise, Hands ne m’amena pas directement jusqu’à l’avion, mais me laissa à côté d’un arbre. Il se pencha près de moi et hurla :
— Attends ici quinze secondes, puis file jusqu’à l’avion. Je vais balayer la zone pour m’assurer qu’il n’y a personne qui veuille nous éliminer quand nous monterons dans l’avion. L’équipe Charlie va te faire monter.
— OK, criai-je en retour.
— Donc tu comptes jusqu’à quinze et tu cours à toute allure jusqu’à l’avion, Keys. Ah, et ferme les yeux tout du long.
— Quoi ? lui criai-je après qu’il a eu disparu sans l’obscurité. Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Il ne répondit pas, donc j’en déduisis qu’il ne m’avait pas entendue à cause des rotors. Je me penchai, m’appuyai d’une main contre l’arbre, essayant de reprendre mon souffle. J’avais un point de côté qui était douloureux. Je collai ma main sur ma côte et me mis à compter. D’un seul coup, des coups de feu retentirent autour de moi et je m’accroupis. Quinze secondes étaient passées, mais je ne savais pas s’il était prudent de courir. Je réfléchis aux choix qui s’offraient à moi quand le monde autour de moi ne fut plus que lumières et secousses violentes et me projeta loin, de côté. J’atterris sur les genoux.
Sacrées grenades flash ! L’équipe Bravo avait dû établir un périmètre de grenades flash autour du site d’atterrissage pour tenir les autochtones à distance. J’avais probablement dû me tenir à quelques pas d’eux. Pourquoi n’avais-je pas tout simplement couru vers l’avion ? Hands allait vraiment me tuer, là ! On n’allait sûrement pas voter pour que j’entre au panthéon des marines de sitôt.
Je ne savais pas du tout où je me trouvais, ni dans quelle direction j’allais. Je ne voyais rien du tout et mes oreilles bourdonnaient. J’allais vraiment regretter de ne pas avoir remis mon casque. Oh non ! En parlant de mon casque, où était-il passé ? Il avait dû tomber de ma main quand j’avais chuté après l’explosion.
Je tâtonnai le sol pour le retrouver. Pas de chance. Je m’arrêtai et essayai de ne pas paniquer. Inutile de m’inquiéter pour mon casque. Je devais monter dans cet avion. Même si je ne voyais toujours rien, je me levai, espérant que quelqu’un me voie et me conduise dans l’avion. Quand je me redressai, une rafale de coups de feu explosa tout près et quelqu’un cria : « À terre ! »
Je me jetai à terre, fis un câlin au sol et décidai que plus jamais, jamais de la vie, je ne me plaindrais du froid qui régnait toujours dans les salles de serveur.
Les coups de feu se rapprochaient. Heureusement, je commençai à retrouver une vision limitée. Un marine hurla :
— Il y a des ennemis dans tous les sens ! Reculez, tout de suite !
Des pieds faisaient des bruits sourds à ma droite.
— Attendez ! hurlai-je.
Mais je ne savais pas si l’on m’avait entendue avec le bruit du rotor. Les rotors de l’Osprey augmentèrent leur vitesse et tournèrent.
Oh non, ils partaient !
Sans moi !
Je décidai de risquer les petits coups de feu et me levai. Même si je ne voyais quasiment rien, je me dirigeai vers le bruit de l’avion en titubant, en espérant que ceux qui me tiraient dessus ne voyaient pas plus que moi.
Les moteurs vrombirent encore plus fort et je vis vaguement la grosse masse décoller. Je titubai vers l’avion et agitai les bras, et je crus entendre les moteurs changer encore. Juste au moment où j’essayais de savoir si c’était mon imagination ou non, je trébuchai sur quelque chose et tombai la tête la première sur le sol, prenant du sable et de la poussière dans la bouche et les yeux. Je crachai du sable et pleurai sans pouvoir m’arrêter.
Y avait mieux comme façon d’affronter le sort, quel qu’il fut, que les villageois m’avaient réservé.
Quand je rampai sur les genoux, une main forte se glissa sous mon coude et m’aida à me relever.
— Alpha Star ?
C’était une voix calme, assurée et très américaine.
— Qui êtes-vous ?
Je distinguai à peine une silhouette enténébrée.
— Un membre de l’équipe Charlie. Je vous protège. Nous devons partir immédiatement. L’avion vous attend.
— Oh mon Dieu, merci ! Merci beaucoup. Je pensais que vous alliez partir sans moi.
— On a failli. J’effectuais un dernier contrôle au décollage quand Hands s’est mis à crier que vous n’étiez pas là. Puis je vous ai vue vous lever et courir vers l’avion. Avec les tirs des armes de poing, quand je vous ai vue tomber, j’ai cru qu’ils vous avaient tiré dessus. J’ai vécu le pire moment de ma mission, là. Si je vous avais perdue, Hands m’aurait cassé le cul jusqu’à la nuit des temps. Pas bien, de perdre l’atout.
J’étais tellement reconnaissante que la seule chose que je pus sortir, c’était :
— Vous êtes revenus ! Oh mon Dieu, je croyais que vous alliez me laisser.
— Non, m’dame. Pas sur cette mission. Ni aucune mission d’ailleurs. C’est la devise des marines : tant qu’il en restera un – ou une.
4 Heure Probable d’Arrivée
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