Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre vingt-sept

 

Je me frottai la nuque pour en dénouer les tensions.

— Donc, quelle langue parle-t-on en République centrafricaine ? Et si je n’arrive pas à communiquer avec ce sage ?

— Les langues nationales sont le français et le sango, répondit Wills. Je parle français donc je peux donner un coup de main si nécessaire. Mais nous aurons besoin d’un matériel d’enregistrement pour enregistrer tout ce qu’il dit, au cas où.

— Bonne idée.

Après un nouveau quart d’heure intense de préparation, le groupe se sépara. Hands prit les membres des commandos marine qui participeraient à l’opération de ce soir pour une fausse répétition de l’opération en utilisant quelques casernes vides sur la base.

Gray et le capitaine Bischoff allèrent briefer la CIA et la NSA. Deux fusiliers, Jimbo et Boots, et un jeune type des renseignements navals, un dénommé Jason, restèrent auprès de moi. Leur responsabilité consistait à me préparer pour le saut, à me montrer comment utiliser le matériel et à me faire un débriefing des renseignements généraux..

Avant de commencer, nous décidâmes d’identifier l’origine de la mauvaise odeur que nous supportions. Jimbo la trouva juste sous ma chaise.

— On dirait que le renard a fait une crotte sous ta chaise, déclara-t-il.

Je regardai attentivement sous ma chaise.

— Quoi ?

Boots lui donna un sac en plastique et Jimbo ramassa la crotte et noua le haut du sac plastique.

— Bizarre comme animal.

— Pourquoi il l’a fait sous ma chaise ?

— Le grand amour, j’imagine. Ou il te marque, dit Jimbo en riant.

— Très drôle. Beurk.

Une fois que nous nous fûmes débarrassés du sac et que j’eus chassé le renard de mon esprit, nous nous assîmes et passâmes aux choses sérieuses : la guerre.

Malheureusement, nous commençâmes par le saut.

— Tu seras bien attachée à ton partenaire pour sauter, m’expliqua Jumbo. Donc tu n’as pas grand-chose à faire à part tenir bon, d’accord ?

Je déglutis.

— Et si nous étions séparés ? Je n’ai pas de parachute à moi, hein ?

— Vous ne serez pas séparés. Jamais de la vie. Nous vérifierons une fois, deux fois et trois fois les cordes. Tu es notre atout, donc je te garantis que tu seras celle qui sera la plus en sécurité de l’opération. Compris ?

— Intellectuellement, oui.

— Voilà comment ça se passe. L’équipe aura un signal de six minutes. Ce qui signifie que tu as six minutes avant de sauter. Le pilote ouvrira la rampe, tu seras en rang avec ton partenaire. Quand le feu jaune s’allumera, on te donnera l’ordre d’attendre. Cela veut dire que ton partenaire et toi devez vous mettre en position ; la meilleure position, c’est tes orteils accrochés à la rampe, pour que tu ne te fasses pas mal aux tibias quand tu sortiras. Au feu vert, tu sauteras. C’est tout. C’est le kiff total.

Je me levai.

— Il faut que j’aille aux toilettes. Je reviens tout de suite.

Je les trouvai et m’assis sur la lunette fermée, en essayant de calmer mon cœur qui battait la chamade. Je ne pouvais pas le faire. Je me connaissais. Je ne pouvais pas sauter. Le plan allait tomber à l’eau et Elvis allait mourir. Tout cela parce que mon cœur cesserait de battre à la seconde où je mettrais un pied dans le vide. Je serais un poids mort – au sens propre du terme – et notre plan devrait être annulé. Fin de partie, d’un coup, comme ça.

Je pris mon visage dans mes mains. J’étais une geekette, pas Rambo. Pourtant, quelque part, je ne sais comment, je devrais trouver la force de me montrer à la hauteur de la situation. Après tout, l’histoire était truffée de gens ordinaires jusqu’à ce qu’on leur demande de faire quelque chose d’extraordinaire. Ils avaient réussi à transcender leurs peurs et à faire bouger les choses. Je pouvais le faire, moi aussi, si seulement ils ne me demandaient pas de sauter d’un avion en parachute.

Quelques minutes plus tard, je me levai, aspergeai mon visage d’eau et retournai dans la salle de conférence. Jimbo et Boots avaient étalé l’équipement dont j’allais me servir.

— C’est le pantalon que tu vas mettre, me dit Boots en me tendant un cargo bleu foncé avec de petites poches le long de chaque jambe. Contrairement aux marines, tu ne porteras que quelques trucs. Dans la poche du bas de ta cuisse droite, tu auras deux cents dollars en espèces. Utilise-les en pot-de-vin ou ce que tu veux si jamais tu étais séparée du groupe. Souviens-toi, les dollars américains font des miracles en Afrique.

Je hochai la tête en me disant que si j’étais séparée du groupe, je serais foutue, mais j’appréciais le vote de confiance.

— Ces autres poches contiendront des barres et des gels énergétiques, un garrot, un mini-enregistreur, et un petit kit médical. Tu auras une ceinture pour faire bien tenir le pantalon. Il y aura quelques autres trucs sanglés à ta ceinture, mais je t’en parlerai plus tard.

Il posa le pantalon et prit autre chose.

— Voici ta veste. Elle est chaude et résistante à l’eau. Par-dessus, tu porteras ceci.

Il me tendit un gilet.

— Il y a des plaques pare-balles sur le gilet. Il est peut-être un peu grand pour toi, mais c’est le plus petit que nous ayons trouvé. Il est étonnamment léger et souple et ne devrait donc pas trop gêner tes mouvements.

— Arrêtera-t-il un fusil de sniper ?

— Un sniper du calibre de Pentz ?

— Oui.

— Malheureusement non. Mais essaie-le pour que nous puissions le resserrer et que tu t’y habitues. OK ?

Je tendis les bras et Jimbo et Boots l’enfilèrent, réglant l’une des sangles jusqu’à ce qu’il m’aille. Il était trop grand pour moi, mais pas aussi lourd que je l’aurais cru. Après avoir marché un peu, j’étais sûre que je pourrais faire avec. D’autant plus que l’alternative était de faire sans. Nous passâmes beaucoup de temps à discuter et à jouer avec les lunettes de vision nocturne high-tech et super chères. Mon niveau de stress retomba quand je les réglai et compris toutes les touches. Ensuite, nous passâmes au matos de communication sanglé à mon casque jusqu’à ce que je sois sûre d’avoir compris comment m’en servir et quand j’étais censée dire quelque chose.

— Au fait, ton nom de code, ce sera Alpha Star, dit Jumbo.

— Alpha Star ? Vraiment ?

Il se fendit d’un grand sourire.

— Tu es notre atout, tu te souviens ?

— Exact.

C’étaient beaucoup d’informations que l’on me balançait en même temps, mais je n’avais pas le temps pour un cours de commando marine en long, en large, en travers – je n’y aurais pas survécu de toute façon – donc ceci devrait faire l’affaire.

Boots attrapa un pistolet sur la table et me le donna.

— Tu t’es déjà servi de ce genre d’armes ?

— Pas tout à fait. Mon petit ami m’a offert un 9 mm pour Noël, mais je n’ai eu le temps de prendre que quelques cours.

— Ton petit ami est très intelligent.

— Tu ne peux même pas t’imaginer ! De toute façon, il me dit que les problèmes me suivent partout comme mon ombre. Vu la situation dans laquelle je me trouve, il a vu juste.

Jimbo rit.

— Je dirais que c’est l’euphémisme du siècle. Enfin, je suis content que tu aies une petite idée de ce qu’est une arme à feu. C’est un début. C’est un pistolet SIG Sauer. Revoyons la procédure pour le charger et tirer. Tu n’es pas censée devoir le sortir, ni t’en servir au cours de cette mission, mais nous ne t’y enverrons pas non armée.

Quand nous eûmes terminé d’apprendre à manier les armes, ce fut au tour de Jason, l’analyste en renseignement naval, de s’occuper de moi.

Il me donna un petit ordinateur portable dans une mallette très spéciale.

— Nous ne savons pas comment Broodryk va la jouer, mais au cas où tu aies besoin d’un clavier, tout est là. Il n’y a rien de sensible dessus. Si tu es obligée, tu peux t’en séparer. Nous avons un programme pour l’effacer à distance, mais si tu veux le cribler de balles, tu peux aussi le faire.

Je me voyais mal tirer sur un ordinateur, mais nous faisons ce que nous devons faire au nom de la sécurité nationale. Il me fit un dernier briefing sur ce que Broodryk risquait de faire et comment ils retrouveraient la trace de tout signal sans fil provenant d’un rayon de quarante kilomètres.

— S’il nous surveille en temps réel, nous le retrouverons, dit Jason d’un ton assuré. Nous nous accrocherons aux coordonnées.

— J’ai du mal à imaginer qu’il soit stupide à ce point, mais tout est possible.

Je levai les yeux sur Gray qui entrait dans la salle de conférence.

— On nous a ordonné de dormir quelques heures avant de nous rassembler, dit-elle. Et vous, vous avez fini ?

Je jetai un coup d’œil à Jason qui hocha la tête.

— Vous pouvez y aller, sauf si vous avez des questions.

— Aucune, dis-je en secouant la tête et en m’étirant.

J’étais tellement sur les nerfs que je ne pensais pas pouvoir fermer l’œil, mais j’avais clairement besoin de prendre l’air et de la distance avec toute cette testostérone.

— Ils t’ont carrément matraquée d’informations, lança Gray quand nous retournâmes dans nos quartiers. Tu es sûre que ça va aller, Lexi ?

Je soupirai.

— Probablement pas. Il y a tellement de variables dans cette opération que calculer un pourcentage de réussite est impossible.

Elle soupira.

— Cyberterrorisme. La nouvelle frontière.

— Si seulement Broodryk s’en était tenu à cela. Mais il veut me faire sortir de mon élément donc j’y vais. C’est tellement en dehors de ma zone de confort que c’en est comique, sauf que ça ne l’est pas.

— Il veut un spectacle. Le cyberterrorisme n’est pas assez clinquant. Personne ne comprendrait rien à ce que vous feriez tous les deux. C’est trop compliqué. Mais des pistolets, de la mort, de la torture et un enlèvement, ça, ce sont des choses que tout psychopathe peut soutenir.

— J’en ai de la chance !

— N’oublie jamais que les commandos marine sont une équipe, une unité. Il faut que tu trouves comment faire partie de cette équipe et pas seulement être l’atout si tu veux réussir. Vous avez tous besoin les uns des autres. Tout le monde joue un rôle clé. Tu ne peux pas te la jouer solo, Lexi. Tu dois leur faire confiance et ils doivent te faire confiance.

— Ce sera dur, dans la mesure où Hands pense qu’il me baby-sitte.

— Il faudra que tu le fasses changer d’avis.

— Comment ? Je suis une grosse gourde qui a peur du vide et des araignées. Pire encore, je pourrais être un danger pour eux tous et pour moi-même avec une arme chargée en main.

Elle sourit et tapota mon bras.

— Aie l’esprit d’équipe, c’est tout. N’aie pas peur de demander de l’aide quand tu en as besoin et de proposer la tienne quand tu peux. C’est cela, être une équipe, d’accord ?

— OK, je vais essayer.

Elle ne pouvait pas dire grand-chose de plus alors nous prîmes nos affaires et nous dirigeâmes vers les douches. Quand nous revînmes, nous étions en T-shirts et culottes. Il faisait une chaleur à mourir malgré la prétendue climatisation. Le ventilateur géant qu’ils avaient installé dans notre chambre ne servait pas non plus à grand-chose.

J’avais beau être certaine que je ne pourrais pas m’endormir, je m’écroulai à la minute où ma tête toucha l’oreiller. Vu mon état de stress et la surcharge d’informations que mon cerveau avait enregistrée, je rêvai, sans grande surprise – et je rêvai en grand.

J’étais seule au milieu du désert. Mon cœur battait fort, comme si je venais de courir un kilomètre à toute vitesse. Je tournais lentement en rond, comme si je cherchais quelque chose, tout en sachant que même si je ne voyais rien à part le sable étincelant, elle était là, me suivait partout.

Je m’immobilisai sur place, terrorisée. Où était-elle donc ? Le soleil m’aveuglait. Je ne voyais rien du tout. Puis je la sentis. Elle balaya ma joue de sa patte poilue, filiforme, arachnéenne.

Une araignée du désert !

Je ne rêvais plus. Les alarmes se déclenchèrent dans ma tête, et me réveillèrent avec une insistance féroce. Quand je retrouvai tous mes esprits, c’était en mode panique, l’adrénaline battant comme une folle dans mes veines.

Je chassai l’araignée de mon visage et tombai aussitôt de ma couchette du bas, mes jambes s’enchevêtrant dans les draps. Je ne pouvais pas tomber bien bas, mais mon élan me coupa le souffle, et m’empêcha de hurler à l’aide.

J’entendis quelque chose déguerpir, je cherchai donc une arme à tâtons et trouvai ma botte. Je la jetai en direction du bruit, mais elle atterrit quelque part sur mon lit dans un bruit sourd. J’hésitai à prendre mon pistolet, qui se trouvait à côté de mon sac à dos sur la table de nuit, mais c’était dans la direction opposée de la porte, et je ne voulais pas tirer sur Gray par accident.

En geignant, je rampai jusqu’à la porte de la chambre, qui était légèrement entrouverte. Je la poussai et entrai dans le séjour, essayant de calmer mon cœur qui battait la chamade pour que je ne tombe pas dans les pommes.

Quand j’entendis un cliquettement par terre derrière moi, je me ruai vers la sécurité des toilettes avec lavabo et ouvris la porte à la volée.

Choquée, je vis Gray, moins son T-shirt, assise sur le lavabo, les jambes enveloppées autour de la taille de Hands et l’embrassant. Le fusilier était nu comme un ver et s’arc-boutait contre elle.

Gray me vit en premier ; ses yeux s’ouvrirent si grand que je crus qu’ils allaient sortir de sa tête. Elle poussa les épaules de Hands. Il recula, nos yeux se croisèrent dans un moment de clarté gênant. Si la morte certaine par une araignée du désert ne m’attendait pas dans ma chambre, j’y serais retournée en courant. Techniquement, cela aurait peut-être été la meilleure option. En l’occurrence, j’affrontais tout autant une mort certaine en restant plantée dans cette salle de bains. L’expression de tueur sur le visage de Hands s’assombrit en pourpre quand Gray cacha son visage dans ses mains, morte de honte.

À cet instant précis, quelque chose de poilu effleura le dos de ma jambe. Je laissai échapper un hurlement étouffé et basculai en avant, trébuchant aussitôt sur le pas-de-porte. Je tendis les mains pour attraper quelque chose pour ne pas heurter la porte.

Trop tard, je compris ce que j’avais attrapé. Même si je m’empressai de le relâcher, Hands hurla comme une fille et tomba lourdement avec moi.

Quand nous heurtâmes le sol de la salle de bains, un truc en fourrure s’écrasa sous ma hanche droite.

L’araignée m’avait suivie dans la salle de bains !

— AAAAARGHHHH ! hurlai-je à pleins poumons.

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