Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre trois
Mon père referma la chambre d’un coup sec et se leva, le révolver toujours en main.
— Bien sûr que oui.
Il se tourna vers nous, un éclair de surprise traversa son visage quand il vit Slash. Je me dis que quand je lui avais raconté que Slash travaillait sur des ordinateurs, il avait dû imaginer un gamin binoclard livide et maigrichon. Je tâchai de réprimer un fou rire, mais il m’échappa tout de même.
Papa posa son regard laser sur moi. Je serrai les lèvres, me redressai et essayai désespérément de ne pas penser au truc que l’on avait fait sur la table de la cuisine de peur que cela ne se voie sur mon visage.
— Lexi, présente-moi le jeune homme ici présent.
— Ah, papa, voici Slash. Slash, voici mon père, Winston Carmichael.
Slash tendit une main.
— C’est un plaisir de faire votre connaissance, monsieur.
Mon père prit la main de Slash et la serra. Fort. L’espace d’un instant, nous nous fixâmes, mal à l’aise.
Je pris la parole en premier.
— Papa, que fais-tu avec un révolver ? Je ne savais même pas que tu en possédais un.
— Bien sûr que j’en possède un. Je sais aussi m’en servir.
Avant que je n’aie le temps de répondre, ma mère appela Slash et lui demanda s’il pouvait lui attraper quelque chose sur l’étagère du haut du buffet. Slash s’excusa pour aller l’aider.
Une fois qu’il fut parti, je jetai un regard noir à mon père, et baissai ma voix en un murmure.
— À quoi joues-tu ? Un révolver ? C’est tellement cliché, pour ne pas dire sexiste et blessant. Je peux me défendre toute seule.
Mon père me rendit mon regard noir.
— Je le sais. Mais il n’y a pas de mal à informer ce garçon que nous te défendons.
— Ce n’est pas un garçon. C’est un homme. Arrête tout de suite. Tu as intérêt à te comporter du mieux possible ce soir.
— Tes insinuations m’ont agacé.
— Ce ne sont pas des insinuations. Tu tiens une arme chargée ! Promets-moi que tu aborderas des sujets légers, au dîner, dans une ambiance amicale et reposante. Plus de révolvers. Et pas de paroles empoisonnées non plus.
— D’accord, mais je me réserve le droit d’apprendre à faire connaissance avec lui. Si je perçois de la tromperie, alors tous les coups seront permis.
— Il n’y a pas de tromperie.
— Parfait. Alors il n’y aura pas de problème, n’est-ce pas ?
Maman nous appela.
— Lexi, Winston, venez dans la salle à manger, s’il vous plaît. Sasha est prêt à servir l’entrée.
Papa posa le révolver sur la table basse, défroissa sa cravate et me tendit le bras. Stressée, je le pris et nous nous rendîmes dans la salle à manger. L’impudence de mon père décuplait mon stress. Je respirai par à-coups et calculai combien de temps nous devrions rester avant de pouvoir partir sans trop blesser mes parents.
Je me glissai dans la chaise à côté de Slash et venais de mettre ma serviette sur mes genoux quand Sasha sortit de la cuisine, en portant deux bols de potage brûlant.
— Lexi, dit-il, ravi de te voir.
Il déposa délicatement un bol devant ma mère et un autre devant moi.
Il m’embrassa sur le sommet du crâne en se penchant vers moi.
— Salut, Sasha, quel plaisir de te revoir ! Hâte de goûter ce que tu as préparé.
— Une soupe au maïs, l’un de tes plats préférés. Le plat principal, c’est du saumon sauvage aux asperges.
J’avais toujours aimé son accent russe. Il avait été physicien nucléaire en Russie, mais, aujourd’hui, il réalisait le rêve de sa vie en tant que chef à domicile. Quand j’étais au lycée, je m’asseyais au plan de travail en marbre dans la cuisine et il m’aidait à faire mes devoirs en physique tout en fouettant le potage russe au bœuf.
— Cela fait trop longtemps que tu n’es pas venue dîner, me réprimanda-t-il. Au fait, j’ai regardé tous les épisodes de toi dans cette émission télé de geeks. Qui aurait cru que tu deviendrais une star ?
Je rougis.
— Eh bien, je suis juste ravie que mon séjour à la télé soit terminé. Hollywood n’est pas pour moi.
Il se tourna vers Slash.
— Donc c’est le garçon que tu as amené à la maison ?
Slash se leva et lui serra la main.
— Enchanté. Lexi m’a souvent parlé de vous.
Sasha plissa ses yeux.
— Lexi dit que vous connaissez les ordinateurs et les maths. C’est vrai ?
— Plus ou moins. Je crois comprendre que vous étiez physicien nucléaire en Russie.
— C’était l’Union soviétique, à l’époque, lançai-je. Sasha a étudié le plasma de quarks et de gluons de la matière nucléaire.
Ma mère colla sa serviette sur ses lèvres.
— Pardon ? Pouvons-nous parler français, s’il vous plaît ?
Slash se fendit d’un grand sourire.
— Ah, la soupe de quarks – la phase immédiate de chromodynamique quantique ou l’état dans lequel l’univers était censé être peu après le Big Bang. C’est un domaine vraiment passionnant.
Sasha arqua un sourcil.
— Donc vous connaissez la physique.
— Un peu.
— Très bien. Alors vous allez prendre soin de notre fille, d’accord ?
— D’accord.
Sasha se pencha vers moi et murmura :
— Il est intelligent et viril. Jolie prise.
Je levai les yeux au ciel quand il disparut dans la cuisine.
— Tu as réussi l’examen, dis-je à Slash. Prépare-toi à écouter ses dernières avancées dans la théorie quantique tout en le regardant préparer sa spécialité, le Poulet à la Kiev.
— J’ai hâte.
Sasha revint avec des bols pour Slash et mon père. Nous mangeâmes tous en silence, puis ma maman posa sa première question.
— Donc, Slash, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Lexi nous a parlé d’ordinateurs à la NSA, mais elle n’est pas entrée dans les détails.
Slash reposa sa cuillère.
— C’est très monotone. Réseaux, pare-feu, logiciels. La routine.
Ce que faisait Slash était tellement tout sauf routinier que je faillis éclater de rire. Mais je regardai l’expression de ma mère. Comme elle n’était pas douée en informatique, elle ne savait pas trop comment obtenir d’autres informations après cela. Mais je voyais bien qu’elle était tout de même curieuse.
Heureusement pour elle, mon père prit la relève.
— Vivez-vous bien de ce truc informatique ?
Slash hocha la tête
— Oui, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas à l’affût de nouveaux investissements.
— Investissements ?
Mon père souleva sa serviette et essuya un coin de sa bouche.
— Jouez-vous ?
Slash mit une main sur mon bras.
— Non, monsieur. Pas de jeux. Ce n’est pas mon style.
Mon père se pencha au-dessus de sa soupe.
— Alors quel est votre style ?
— Le travail honnête et acharné. Des investissements intelligents.
— Quel genre d’investissements ?
— Principalement technologiques. C’est avec ceux-ci que je me sens le plus à l’aise.
— Parce que vous travaillez dans l’informatique.
— En partie, oui.
Que ce fût à cause de l’échange bizarre de testostérone ou de ma nervosité extrême, voilà que je transpirais. Je tendis la corbeille de pain.
— Du pain, quelqu’un ?
Slash refusa, mais mon père en prit un morceau, le coupa avec les mains, et le mâcha lentement.
— Donc je suppose que Slash est un surnom ?
— En effet. Pour des raisons liées à mon poste actuel, je ne suis pas en mesure de donner mon vrai prénom pour l’instant. Je pourrais vous en donner un faux, mais je ne préférerais pas. La plupart des gens qui me connaissent bien m’appellent Slash.
Mon père me dévisagea attentivement.
— Vous vous rendez bien compte que ne pas connaître votre vrai nom ne me convient pas, jeune homme.
— Je reconnais que cela sort de l’ordinaire, monsieur. Malheureusement, je suis lié par les règles que m’impose mon employeur.
Je m’agitai nerveusement dans ma chaise.
— Laisse tomber, papa. Il travaille à la NSA. Tu sais comment c’est.
— Tu as travaillé à la NSA et tu pouvais dire ton vrai nom aux gens.
— Je n’occupais pas le même poste que Slash. C’est uniquement parce que j’ai travaillé là-bas qu’il s’est senti à l’aise pour te dire où il travaille. La confidentialité, c’est la base dans le domaine de la sécurité nationale. On peut arrêter l’interrogatoire ?
— Ce n’est pas un interrogatoire. Je cherche juste à mieux le connaître.
— C’est bon, dit Slash. Ça ne me dérange pas.
Il aurait mieux fait de se taire. Mon père, qui se sentait désormais dans son bon droit, continua après une autre cuillère de soupe.
— Quelle école avez-vous fréquentée, Slash ?
— Lycée ou université ?
Je l’interrompis.
— Slash est Italien.
— Vous êtes étranger ? demanda ma mère, levant les yeux, surprise, de sa soupe.
— Je suis né en Italie et j’ai fréquenté l’université Sapienza de Rome où j’ai suivi un double cursus. Depuis j’ai pris la nationalité américaine.
Waouh. Je ne savais pas que Slash avait deux diplômes. Je ne savais même pas ceux qu’il avait. Purée ! Sérieux bug pour une petite copine !
— J’en déduis donc que vous parlez italien.
Cette perspective semblait enchanter ma mère.
— Si.
Il sirota une gorgée de vin.
— Il sait faire la cuisine, aussi, lançai-je. Je crois que tous les Italiens doivent être nés avec le gène de la cuisine.
Les sourcils de mon père se haussèrent brusquement. Oh-oh. J’avais clairement dit ce qu’il ne fallait pas.
— Il te fait la cuisine ? Cela veut-il dire que vous vivez déjà ensemble ?
— Papa !
— Winston !
Mon père mit son bol de côté.
— C’est une question légitime, donc autant l’éclaircir tout de suite. Je reconnais que je suis peut-être un peu trop protecteur, mais c’est la première fois que Lexi amène quelqu’un à la maison. C’est l’une des personnes les plus intelligentes que je connaisse, mais elle manque d’expérience. Je ne veux pas que vous en profitiez. De fait, j’aimerais savoir franchement, d’homme à homme, quelles sont vos intentions envers ma fille ?
— Attends… quoi ? fis-je.
Je me levai d’un bond et faillis renverser mon verre.
— Mais non ! Tu viens vraiment de poser cette question ?
Il n’eut pas le temps de répondre parce que deux événements se produisirent presque simultanément : quelque chose frôla mon oreille avant de s’écraser dans le mur derrière mon père dans un bruit sourd, au moment où toutes les lumières dans la maison s’éteignaient en même temps.
Avant que je ne me rende compte de ce qui se passait, Slash hurla :
— Couchez-vous !
Et il m’attrapa avec la force d’un joueur de ligne offensif.
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