Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre quarante-deux

 

— Ne tirez pas ! hurlai-je.

Ce n’était pas pour mon bien, mais pour celui d’Elvis. Je ne savais pas s’il était assez alerte pour comprendre qu’il y avait un problème, mais cela valait le coup d’essayer. En fait, c’était ma seule chance. J’étais à court d’idées de changements de scénarios.

L’homme me fit signe avec son arme d’entrer dans la pièce principale, je gardai donc les mains en l’air et me dirigeai vers le portable. La panique m’envahit. L’horloge tournait. Je devais démarrer cet ordinateur et prendre contact sinon Broodryk allait envoyer le virus et/ou faire sauter la cabane. Heureusement pour moi, l’homme ne me tira pas dessus aussitôt. Il savait probablement qui j’étais et ne savait pas si c’était prudent de me tuer.

Le fait que j’étais une femme, non armée et apparemment seule, jouait aussi apparemment en ma faveur.

Je désignai la télévision.

— Broodryk, dis-je en espérant qu’il comprendrait cela. Je dois le ramener.

Je fis mine de taper sur le clavier avec mes doigts et désignai mon sac à dos avec mon portable. Au début, l’homme dit quelque chose, mais il n’essaya pas de m’arrêter ni de me tirer dessus.

Tout en gardant son arme braquée sur moi, il prit mon sac à dos et vérifia l’intérieur puis me donna mon ordinateur. Je m’agenouillai, échangeai les câbles avec celui de Broodryk et me mis à taper. Il se posta derrière moi et colla son révolver dans mon cou. Je déglutis. Au moins, il tournait le dos à la pièce où se trouvait Elvis.

Je levai les yeux sur lui.

— Broodryk, répétai-je et je lui montrai de nouveau l’écran télé.

Il grommela, ce que je pris pour une approbation.

Dieu merci, mon ordinateur fonctionnait. Mes doigts voletaient sur le clavier, cherchant à communiquer avec Broodryk.

Le révolver dans mon cou se relâcha.

Vingt secondes passèrent. Trente.

Broodryk pouvait faire sauter la cabane à tout moment.

Ou peut-être était-il trop occupé à diffuser le virus. Je m’interrogeai momentanément sur l’équipe de recherche au Gabon.

Tout échappait à mon contrôle. C’était probablement une illusion que j’aie pu en avoir à un moment donné, mais cela avait tout de même été réconfortant.

Si cela allait marcher, nous avions besoin d’une pause.

Crac !

Mon ravisseur vacilla et tomba par terre, sur le côté, son révolver lui échappant des mains. Je haletai, déguerpis et regardai la pièce enténébrée. Elvis se tenait sur le pas de la porte, avec mon arme. Je le regardai, surprise, et il traversa la pièce en titubant et tira deux fois de plus sur l’homme.

Je cillai et levai les yeux sur Elvis.

— Tu… tu vas bien ?

— Je vais parfaitement bien.

Je baissai les yeux sur le type et hochai la tête. Je ne savais pas ce qu’il m’arrivait. Je ne ressentais rien. Pas de tristesse, pas de regrets, rien de rien. C’était la guerre et elle me changeait.

Je ne savais pas si c’était en mieux. Elle avait assurément changé Elvis. Il s’était fait kidnapper et torturer. L’homme à mes pieds était la deuxième personne qu’il avait tuée en deux mois. Qu’est-ce que cela faisait à une personne, surtout une qui n’avait pas été formée mentalement ou physiquement à ce genre de choses ?

Je chassai mes émotions.

— Merci, Elvis.

Ça me semblait inapproprié, mais sincère.

— Où sommes-nous ?

— Somalie.

— Sérieux ?

— Sérieux.

— Désolé d’avoir posé cette question. Je me rends compte que nous sommes dans une situation désespérée. Fais ce que tu dois faire. Je suis avec toi.

— Je sais. Merci. N’ouvre pas cette porte. Il y a un sniper en faction devant. D’accord ?

— D’accord.

Je repartis dans la pièce en courant, attrapai mon casque et le flanquai sur ma tête. Je mis rapidement l’équipe au courant.

— Ici Alpha Star. Ici tout va bien. Pour nous deux. Je répète, l’otage est libre et vivant. Équipe Bravo, nous avons eu un visiteur local qui est probablement passé par la position d’Alpha. Il est à terre, mais nous pourrions avoir besoin d’aide de cette direction si vous pouviez nous l’offrir. N’entrez pas dans la cabane, elle pourrait exploser à tout moment.

Je passai sur la liaison radio avec Mère.

— Des infos, svp. Statut de l’équipe Drop ?

— HPA six minutes environ.

— Et le virus ? A-t-il été relâché ?

— Pas que nous sachions, non. Procédez comme prévu, Alpha Star.

— Combien de temps s’est écoulé depuis l’impact de Hellfire ?

— Six minutes.

Ce qui signifiait que la panne d’électricité s’était produite il y a cinq minutes environ. On aurait dit des heures. J’étais étonnée que Broodryk n’ait pas encore libéré le virus. Ça pouvait uniquement signifier qu’il ne savait pas ce qu’il était arrivé à l’électricité et qu’il essayait de rétablir le contact avec moi. S’il n’arrivait pas à recommuniquer vite avec moi, il diffuserait le virus et ferait sauter la cabane.

Il fallait que je demande.

— Quel est le statut d’Alpha Deux ?

Il y eut une pause et cette fois ce fut Hands qui parla.

— Toujours inconnu. J’ai repéré le Serpent et je me rapproche. Il bouge, ce qui nous met sur un pied d’égalité. Ça ne lui fait probablement pas plaisir. Cobra Un est approximativement à dix minutes. Les trente minutes de Broodryk expirent dans sept minutes, donc je serai hors de la cabane, au cas où.

Je fermai les yeux. Wills était à terre. Hulk était à terre. Elvis et moi étions coincés dans la cabane. Est-ce que tout cela valait le coup ?

Presque comme s’il lisait dans mes pensées, Hands dit :

— Liquide-le, Alpha Star. Garde la foi.

Je jetai un coup d’œil vers Elvis. Il semblait plus assuré, plus alerte. Il tenait deux révolvers, le mien et celui du mort. Il y avait une expression déterminée sur son visage. Oui, cela avait valu le coup si nous avions sauvé Elvis et si nous pouvions abattre Broodryk une bonne fois pour toutes. Sinon, il recommencerait à jouer à ses jeux ignobles avec moi ou quelqu’un d’autre.

Elvis me vit le fixer et un sourire effleura ses lèvres.

— Je vais bien.

Il désigna le clavier d’un signe de la tête.

— Va le chercher, reprit-il.

— OK, je suis dessus. Reste ici et ne fais pas de bruit pour le moment.

— Oui, m’dame.

Je souris quand mes doigts voletèrent sur le clavier. Je devais ramener Broodryk, et vite.

Je relançai le programme de backtracking que j’avais exécuté un peu plus tôt. J’espérais que les résultats de diffusion de ses scans aideraient les enquêteurs à boucler la boucle à temps.

Après quelques atermoiements, j’eus brusquement une vue de lui. C’était une vue de côté, probablement d’une caméra portable. Il avait enlevé le masque et travaillait sur un autre ordinateur, tapant frénétiquement.

Je me ressaisis.

— Salut Broodryk !

Il se tourna vers moi et cilla à plusieurs reprises, fixant le moniteur.

— Bon, j’avoue que je suis étonné. Comment as-tu fait ?

— Tu trouverais probablement si je te laissais du temps. Disons, trente minutes.

Il sourit.

— Intelligent. Tu as branché un de tes ordinateurs portables et lancé une recherche de localisation inversée sur moi. Donc nous y voilà. Et maintenant ?

— C’est ton jeu, Broodryk. À toi de me dire.

— L’électricité est-elle revenue ?

— Non, je travaille sur batterie.

— Je me rends compte que tu es en train de retrouver ma trace. Ne t’inquiète pas. Je serai parti longtemps avant que qui que ce soit arrive ici. À ce que je vois, tu n’as pas cracké le code. Plus que quatre minutes. Quel dommage. J’avais espéré que tu aurais réussi au moins quelque chose.

Elvis s’approcha, regarda attentivement l’écran par-dessus mon épaule. Il mit une main sur mon épaule et, de l’autre, il fit un doigt d’honneur à Broodryk.

Ce dernier rit.

— Tu penses que tu as gagné parce que tu l’as libéré ? Tu ne peux pas raisonnablement croire que tu peux m’abattre. Une novice comme toi ? Tu te rends bien compte que tu es dans une cabane perdue au beau milieu de la Somalie, avec quelques soldats pathétiques entre la mort la plus horrible qu’une femme puisse endurer et toi ? Je n’ai même pas eu besoin de truffer la cabane d’explosifs. C’eut été une grosse perte de poudre de grande valeur. Une fois que tu es arrivée ici, c’était fini pour toi.

— Tu ne me fais pas peur, dis-je en le regardant droit dans les yeux, parce que je le pensais.

— Mais tu devrais.

Il se pencha en avant.

— Maintenant, écoute-moi bien. Dans quelques minutes, ton pays verra son infrastructure la plus précieuse être orchestrée en magnifique chaos grâce à moi.

Il planta un doigt dans son torse.

— Plusieurs milliards de dollars sont en jeu et il suffit d’une seule putain de frappe sur le clavier.

Je devais continuer à l’occuper.

— Tu es génial, Broodryk, je te le concède. Mais tu es aussi pathétique, tordu, psychotique et aveuglé par la vanité. Tu m’as sous-estimée, ce que tu n’aurais jamais dû faire.

Il fronça les sourcils, son regard glacial et dur.

— Non, tu m’as sous-estimé. Tes pauvres plans pitoyables et toi. Tu crois que je ne suis pas au courant que ton équipe de frappe est tout près du site au Gabon que je t’ai si gentiment donné ? Pauvre idiote, abrutie ! Tout cela était un coup monté. Tu crois que je ne savais pas ? Je savais parfaitement ce que vous feriez, raison pour laquelle je vous ai communiqué les coordonnées. Vos cyber équipes totalement incompétentes et pathétiques ne m’arrivent pas à la cheville. Le cyberespace est mon domaine.

Ses lèvres se courbèrent en sourire.

— Que tous ceux qui regardent soient informés que c’est ce qui arrive à ceux qui essaient de m’énerver. Vous ne gagnerez pas. Vous serez éviscérés. Je me suis attaqué à la nation la plus puissante au monde et j’ai gagné. Regardez et apprenez.

Ça y était, son faux discours pour ses clients ou potentiels clients, presque mot pour mot, comme Gray l’avait prédit.

Il était indéniable que la fin de partie approchait. Mais Broodryk n’en avait pas encore fini avec moi.

— Pour info, Lexi Carmichael, ta précieuse équipe de marines est à deux doigts de capturer et d’abattre Gregor Muller, mon ancien associé et plus grosse menace commerciale. Pour cela, je te remercie sincèrement.

Dans un grand sourire, il prit un portable, et le tourna vers moi.

— Et si nous le regardions ensemble ? Si nous regardions toutes les maladresses des États-Unis ? Mon Dieu, ça a bien mieux tourné que je ne l’avais jamais imaginé !

Même si les images étaient déformées, je regardai les minutes suivantes, des images de caméras de surveillance granuleuses d’une équipe de marines qui démolissaient la porte d’une structure et disparaissaient à l’intérieur pendant que Broodryk jubilait et commentait leur manque de rapidité.

La main d’Elvis se resserra sur mon épaule.

La radio dans mon casque crépita.

— Équipe Drop entrée. Une minute.

Je retins mon souffle.

— Donc j’imagine que la partie est finie, ma chérie. C’était une performance magnifique, qui a largement dépassé mes attentes. Je penserai à toi très affectueusement.

— Ne t’inquiète pas, Broodryk, je ne penserai pas du tout à toi.

— Non, ça ne risquera pas. Tu seras morte.

Il reposa le portable.

— Mais je ne suis pas sans compassion, tu sais. Dans la mesure où tu m’as aidé à aller aussi loin, je te laisserai regarder quand je libérerai le virus. En fait, tu devrais me remercier, tu sais. Tu ne seras pas là pour gérer les retombées catastrophiques et cela occupera bien les cracks qui te remplaceront et qui essaieront de gérer les conséquences.

Les coups de feu dehors s’intensifièrent et je regardai en direction de la porte. Jusque-là, les équipes ne bougeaient pas et les ennemis ne mettaient pas trop de pression, probablement sur les ordres de Broodryk. Il ne voulait pas voir son apothéose interrompue.

— Voilà, ça y est, ma chérie.

Il leva le doigt dans un geste spectaculaire, et le laissa planer au-dessus de la touche entrée, me narguant.

Je tendis une main en direction du moniteur, comme si je pouvais physiquement l’empêcher d’appuyer sur la touche.

— Attends, non, ne le fais pas, Broodryk. S’il te plaît… je t’en supplie.

Il rit.

— Oh, mon Dieu, comme c’est merveilleux. Mon dernier aperçu de ton visage sera celui du désespoir et de la peur. Les choses n’auraient pu mieux tourner.

D’un seul coup, la surprise traversa son visage. Il s’écroula sur le clavier et ne bougea plus. Elvis haleta quand un visage familier apparut sur le moniteur.

— Très bon timing, si je puis me permettre, dit Slash. Maintenant, barrez-vous de cette cabane.

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