Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre six
Je traversai la pièce en courant et me jetai dans ses bras. Je faillis le faire tomber. Il m’étreignit bien fort.
— Tu vas bien ? Tu saignes.
Il me serra dans ses bras un moment, puis recula d’un pas et scruta mon visage attentivement.
— Je vais bien. Et toi ? Tout le monde va bien ?
Je hochai la tête.
— Nous allons bien. Personne n’est blessé. Que s’est-il passé ?
— Il s’est enfui. Je l’ai touché en ripostant. Grièvement, je ne sais pas. Je l’ai poursuivi, mais il est fort. Très expérimenté, qui qu’il soit. Je ne voulais pas passer plus de temps à le retrouver, au cas où il soit revenu ici ou qu’il fasse diversion par rapport à ce qui se passait dans la maison.
Le policier qui m’avait interrogée avança d’un pas.
— Vous êtes Slash ?
— Oui, c’est moi.
— Que s’est-il passé ?
Avant qu’il n’ait le temps de répondre, un autre flic en uniforme entra dans la pièce en courant.
— Je suis désolé, monsieur, mais nous avons découvert le corps de deux agents fédéraux dans une voiture garée un peu plus bas dans la rue. La police scientifique est en route.
Le policier regarda Slash qui ferma les yeux.
— Ma filature.
Mon estomac fit des embardées.
— On nous a demandé d’amener cet homme au poste sur-le-champ, dit-il en désignant Slash. Apparemment, le boss va venir pour s’occuper de lui en personne.
Le policier laissa aller son regard entre Slash et moi pendant un long moment, puis hocha la tête.
— C’est très inhabituel, mais ce que dit le chef, c’est parole d’évangile. Allez-y.
Apparemment, le boss ne voulait voir que Slash cette fois. De fait, mes parents, Beau et moi fûmes dispensés d’un nouvel interrogatoire et eûmes l’autorisation de séjourner dans un hôtel du coin.
La maison était une scène de crime et nous aurions eu des allées et venues toute la nuit. Je voulais rentrer chez moi, mais Slash m’avait mise en garde d’aller nulle part toute seule tant qu’ils n’avaient pas découvert l’objectif de l’attaque. Comme pour aggraver les choses, des journalistes arrivèrent au moment où nous partions. La police les fit dégager pour que nous puissions sortir de l’allée privée de la maison puis nous accompagna à l’hôtel, mais ce n’était pas terrible.
Nous étions tous épuisés quand nous arrivâmes dans notre chambre. Après avoir emprunté une brosse à dents à la réception, je me douchai, remis mon T-shirt et mes sous-vêtements, et allai aussitôt me coucher. Je pensais que je ne pourrais jamais m’endormir, mais je dus m’écrouler à la seconde où je posai la tête sur l’oreiller.
Je n’avais aucun souvenir jusqu’à ce que je me retourne dans mon lit et trouve Slash endormi à côté de moi, allongé sur la couverture, tout habillé. Son révolver était sur la table de nuit et sa veste de sport et son holster, posés sur une chaise. La lumière filtrait à travers les rideaux. Je regardai l’heure en plissant les yeux. Sept heures quarante-deux du matin. Je ne savais pas du tout à quelle heure il était arrivé, ni comment il m’avait retrouvée, et encore moins comment il était entré dans ma chambre – c’était Slash, tout simplement. Hackeur de génie, génie de la dissimulation et surdoué dans tous les domaines.
Il faisait de petits bruits dans son sommeil et tressautait. Je me demandai s’il poursuivait encore le méchant. Son visage était écrasé sur l’oreiller et sa bouche, légèrement entrouverte. Il avait besoin de se raser. Je tendis la main et dégageai délicatement une mèche brune qui était tombée sur son front. La tendresse et l’affection que je ressentais pour lui m’envahirent. Ses yeux s’ouvrirent ; il me regarda et sourit. Il se retourna sur le dos, une main posée sur son front.
— Salut.
Sa voix était encore endormie.
— Salut à toi aussi.
Il tendit la main, prit mon poignet et m’entraîna sur lui.
Il me fit me retourner, m’embrassa avec une torpeur chaude et nonchalante, comme s’il rêvait encore et voulait se réveiller en douceur.
Au bout d’un moment, il leva la tête
— Voilà ce j’appelle un joli réveil.
Je souris.
— Où étais-tu passé ?
Il se mit à mordiller la peau sensible sur mon menton, en direction de mon oreille.
— Au poste. Il y a eu une petite fiesta avec le DHS, la NSA et le FBI. Y avait aussi peut-être un agent de la CIA. Nuit agitée.
J’eus du mal à m’asseoir.
— Que s’est-il passé ?
Il soupira et se releva sur ses coudes.
— Les deux fédéraux qui me suivaient sont morts. Exécutés. Comme j’étais directement mêlé à l’incident, les différentes agences m’ont toutes interrogé à plusieurs reprises. Ils veulent nous voir tous les deux dans une antenne de la CIA au centre-ville à neuf heures ce matin pour nous réinterroger.
— Mais je ne sais rien !
— Je sais. Il y a un truc qui ne tourne pas rond. D’habitude, ils laissent ce genre d’interrogatoire à la police locale.
Je lui pris la main et la collai contre ma joue.
— Je suis désolée. J’imagine que ce dîner chez mes parents n’était pas une bonne idée. Sauf que si tu n’avais pas été là, qui sait ce qui aurait pu se passer ?
Il passa la main derrière ma tête et m’attira pour un nouveau baiser.
— Tu aurais pu te prendre une balle, murmura-t-il. Mon pire cauchemar.
— J’imagine que c’était mon jour de chance.
Il prit ma joue dans sa main en coupe, de sorte que je le regardais droit dans les yeux.
— Le mien aussi. Jamais, jamais je ne serai rassasié de toi.
Avant que je ne puisse lui répondre, son portable sonna.
Il jura, mais ne répondit pas.
— Réponds. C’est peut-être important.
Dans un soupir, il descendit du lit en roulant et attrapa son portable sur la table de nuit.
— Allô ?
Il écouta une minute, puis son regard se posa sur le mien.
— Oui, elle est avec moi.
Il fronça les sourcils, écouta encore un peu.
— Vingt minutes.
Sans même dire au revoir, il raccrocha et reposa le téléphone.
— Alors, c’était quoi ?
Il s’assit sur le lit et se frotta la joue.
— Je ne sais pas. Ils veulent me voir tout de suite. Seul. Ils m’ont demandé où tu étais.
— Ils sont au courant pour nous deux ?
— Bien sûr. Ils savent tout sur moi, tu te souviens ?
Sa voix était teintée d’amertume.
— C’est vrai. Je suis désolée.
Il se pencha pour un autre baiser, mais je sentis la tension en lui.
— Non, c’est moi qui suis désolé. Je dois y aller.
— Ils veulent toujours m’interroger à neuf heures ?
— Je ne sais pas. Mais je vais me renseigner, d’accord ?
— D’accord.
— Tu es en sécurité ici pour l’instant. Il y a un policier en faction dans le couloir pour ta protection et celle de ta famille. Ne bouge pas tant que je n’ai pas trouvé ce qui se passe. Mais tu ferais mieux d’appeler ton boss pour lui dire que tu ne viendras pas travailler aujourd’hui.
Il me montra un sac en toile noir dans le coin.
— Je suis passé chez toi hier soir et je t’ai pris des vêtements, une trousse de toilette et ton ordinateur portable. Appelle le room service et détends-toi. Je reviens vite.
Il prit sa mallette et m’embrassa sur le nez.
— Ne t’inquiète pas. Nous allons démêler tout cela.
Après son départ, je suivis son conseil et appelai le room service. Je n’avais pas mangé hier soir, du coup j’étais affamée. En attendant mon repas, j’allumai mon ordinateur et appelai Finn. Il n’était pas encore arrivé, alors je lui laissai un message lui expliquant ma situation. Une vingtaine de minutes plus tard, on me livra des pancakes, des œufs brouillés, des saucisses, des viennoiseries, du jus d’orange et du café.
Je piochai dans mon petit déjeuner tout en surfant sur le Net et en essayant de me changer les idées, mais j’avais beaucoup de mal à me concentrer.
On frappa à ma porte. Je traversai la chambre, jetai un œil par le judas puis ouvris. Beau et Rock entrèrent d’un pas bas.
— Salut, frangine. C’est le café que je sens ?
— Et de la nourriture ! ajouta Rock en soulevant le couvercle sur une assiette et en inspectant le plateau.
— Tu ne nous as pas invités.
— Je ne savais même pas que vous étiez là, dis-je à Rock. Et je croyais que Beau dormait encore.
Beau prit une saucisse et la mangea.
— Pas du tout. La plupart des flics sont des lève-tôt, sauf s’ils bossent de nuit.
Rock se fendit d’un grand sourire.
— Ouais et tu ne savais pas que le bon reportage appartient au journaliste qui se lève tôt.
Il prit un mug sur le réfrigérateur de la chambre et se servit du café.
— À propos de reportage, que se passe-t-il ?
Je retournai au bureau, m’assis et pris mon café froid.
— Je ne sais pas, Rock. Quelqu’un nous a tirés dessus hier soir chez papa et maman. Je ne sais pas du tout pourquoi. Ils veulent encore m’interroger ce matin.
Les yeux de Beau se plissèrent.
— Comment ça se fait que personne ne veuille nous interroger, papa, maman ou moi ? Nous étions là nous aussi. C’est bizarre.
Oui, c’était bizarre, mais je ne savais pas ce qui se passait.
Je haussai les épaules.
— Vous risquez bien d’être les prochains sur la liste, les gars. Slash est avec eux en ce moment.
Rock se jucha sur le bord de mon lit.
— Alors comme ça, il paraît que tu as un petit copain ? Le monde a-t-il arrêté de tourner sur son axe ?
— Ah ah, on vient juste de commencer à sortir ensemble, d’accord ?
— Et il pourchasse déjà des intrus masqués dans notre maison ?
— Nous avons vraiment eu de la chance qu’il ait été là !
Rock se calma.
— C’est vrai. Écoute, il se passe quelque chose de bizarre. Beau et moi avons tous les deux consulté nos sources ce matin. L’incident chez papa et maman n’est pas classé comme cambriolage ou effraction. C’est grave, en revanche. Deux agents fédéraux ont été exécutés. D’après ce que me dit Beau, ils suivaient ton petit ami dans le cadre d’une espèce de plan de protection.
— Slash occupe un poste clé dans le gouvernement américain et apparemment on ne peut pas se passer de lui. Même moi, je ne sais pas ce qu’il fait, au juste.
Beau rejoignit Rock sur le bord du lit.
— Je me suis dit que tu aimerais savoir qu’il y a une heure, les rapports de police ont été clos. L’incident a été classé.
— Classé ? Pourquoi ?
— Je ne sais pas, mais c’est problématique. À propos de problème, comment papa et maman ont-ils accueilli Slash ?
— Je n’en ai pas la moindre idée. Papa nettoyait son révolver quand…
— Waouh ! s’exclama Beau en levant une main. Arrête tout de suite. Papa a un révolver ?
— Exactement. Après l’avoir brandi et nous avoir informés qu’il savait s’en servir, il a interrogé Slash avec son plus grand talent d’avocat avant d’exiger de savoir quelles étaient ses intentions envers moi.
Rock grimaça.
— Aïe.
— Sérieux. Puis tout est parti en vrille. Les présentations avec les parents ne se sont pas du tout passées comme prévu.
Avant que mes frères ne puissent faire de commentaires, on frappa à la porte. Rock regarda par le judas, puis ouvrit. Slash était là.
— Salut, Slash.
Il était revenu plus vite que prévu.
— Entre. Plus on est de fous… dit Rock en tendant la main. Enchanté de faire enfin ta connaissance. Moi, c’est Rock, le frère aîné de Lexi.
Slash lui serra la main puis entra. Beau se pencha et lui fit un check, ce qui apparemment équivalait à une poignée de main.
— Content de te revoir, Slash. Peux-tu nous mettre au courant de la situation ?
Quelque chose n’allait pas chez Slash. Il ne me regardait même pas et pourtant, d’habitude il me regardait toujours comme si j’étais la seule personne dans la pièce.
— Pas vraiment, dit-il à mon frère. Mais je crains que Lexi et moi devions vous laisser pour un nouvel interrogatoire.
Même sa voix était bizarre, tendue et inquiète.
— On peut y aller avec vous ? demanda Beau.
— Je suis désolé. Pas cette fois. Ils ne veulent voir que Lexi pour l’instant. Mais vous êtes libres de rentrer chez vous ou d’aller travailler. Je devais vous prévenir, toutefois que vous devez rester à disposition de la police dans les jours qui viennent jusqu’à ce que nous ayons réglé cette affaire.
— De quoi s’agit-il, au juste ? demanda Rock.
Il secoua la tête.
— Je ne sais pas encore.
Après une minute de bavardage, mes frères sortirent. Je refermai mon portable et pris mon manteau.
— Que s’est-il passé ? demandai-je à Slash.
— Tu vas le découvrir. Nous ne pouvons pas en parler tant que nous ne sommes pas arrivés à notre destination, d’accord ?
— Slash ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu me fais peur.
Il s’arrêta, prit mes épaules et m’embrassa fort.
— Laisse-moi juste te dire que je t’aime et que tout ira bien. Fais-moi confiance, d’accord ?
Je le fixai un moment, puis hochai la tête.
— D’accord.
OceanofPDF.com