Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)
Chapitre quatorze
Mark devait somnoler. Il sursauta si violemment qu’il faillit faire tomber le portable de la table.
— Quoi ?
Il appuya sur pause.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Là.
Je lui désignai l’écran.
— Va un peu en arrière.
Mark la rembobina un peu.
— Encore un peu, et appuie sur play.
Mark remit la vidéo et je regardai fixement le vide.
— Là. Tu l’as vu ?
— Vu quoi ?
Je lui montrai un endroit vide sur le mur à deux centimètres environ au-dessus de l’épaule gauche d’Elvis.
— Agrandis cet espace de 225 %. Rembobine et remets-la. Ralentis-la si possible.
Mark la vit en même temps que moi.
— Une lumière. Un éclair de lumière à peine perceptible. Mince, je ne l’avais pas vue.
Je tapotai l’écran.
— Je ne l’avais pas remarquée moi non plus avant. Repasse-la et regarde exclusivement cet endroit.
Il la passa jusqu’au bout et nous comptâmes vingt-neuf éclairs, le dernier se produisant quelques secondes avant que Broodryk entre dans la vidéo.
— Remets-la, dis-je tout excitée. Il l’a peut-être fait depuis le début, mais je ne l’avais pas remarqué.
En effet, le schéma des lumières commençait à exactement dix-huit secondes dans la vidéo.
Nous la repassâmes en entier en prenant des notes pour nous assurer de ne rien avoir loupé, puis j’allumai la lumière, sautai dans ma chaise et réveillai mon ordinateur portable.
— Ça y est, on tient quelque chose, Mark, donne-moi ces séquences de lumière. Note l’heure sur la vidéo, si ce sont des éclairs longs ou courts et le temps écoulé entre les éclairs. Tu connais la marche à suivre.
— Je t’ai déjà devancée. Waouh, c’est super ! Nous avions bien besoin d’une pause.
Mes doigts volaient au-dessus du clavier quand il récita les données. Ma bonne humeur était de retour. Des chiffres, encore des chiffres. J’étais enfin dans mon élément.
— À quoi penses-tu ? demanda Mark quand il eut fini de me donner les séquences. Les éclairs de lumière évoquent des images de marins de la Deuxième Guerre mondiale qui envoient des S.O.S. Tu crois qu’il essaie de communiquer en morse ?
— C’est ma première piste, oui. C’est la plus logique. Je suis en train de lancer l’analyse. Laisse-moi un peu de temps. Je suis dans la zone.
J’avais mal aux doigts à force de taper. Au bout de quelques minutes, je me rassis dans ma chaise. Ma bonne humeur, qui, il y a quelques minutes, avait été stratosphérique, retomba comme un soufflet.
— Ce n’est pas du morse.
Mark s’affala.
— Ça ne devrait pas m’étonner, j’imagine. C’eut été trop facile pour un cinglé comme lui.
Je jetai mes notes par terre de frustration.
— Eh merde ! Il se fiche de moi. Il sait que je ne pourrai pas le trouver à temps. Je pensais que nous l’avions !
— Hé, ne sois pas trop dure envers toi. Il l’a probablement modifié ou remplacé. Il veut sûrement te forcer à rester sur le qui-vive.
Je passai mes mains dans les cheveux et massai mon cuir chevelu.
— Je sais, tu as raison. Je suis désolée. Je suis fatiguée et morte de peur, et évidemment bien trop impliquée affectivement dans cette situation. Je pensais juste que je l’avais.
Je m’agenouillai pour ramasser les feuilles que j’avais jetées.
Mark vint me donner un coup de main.
— Écoute, je ne sais pas si cela peut te réconforter, mais si j’étais à ta place, je serais une vraie boule de nerfs. Je suis étonné que tu arrives encore à avoir des pensées cohérentes.
Je soupirai quand il me tendit les papiers.
— Je suis une épave.
— Ça ne se voit pas. Tiens bon ! Nous allons tout décrypter et sauver ton ami. Nous devons le faire. Au moins, nous avons un début de piste.
— Je sais. C’est juste que tout prend tellement de temps. Et nous manquons de temps, justement. Viens, on retente le coup.
Nous nous réinstallâmes devant nos portables respectifs et nous remîmes au travail. Mark tapait quelque chose pendant que je cherchais la prochaine meilleure approche pour attaquer la séquence de codage. J’envisageais
d’appliquer le chiffre de César1 quand Mark prit la parole.
— Tu savais que plus personne n’utilisait le morse ? Il a été officiellement retiré en 1999 quand le système mondial de détresse et de sécurité en mer, le SMDSM, l’a mondialement remplacé sur un coup de tête. J’ai tenté le SMDSM avec ce que nous avions, mais rien n’en est sorti non plus. Je me suis dit que ça valait le coup d’essayer.
— C’était bien vu, dis-je, puis je m’immobilisai. Attends, ça me donne une idée.
Je me mis à taper.
Mark regarda par-dessus son écran.
— Quelle idée ?
— Mondiale. Tu as dit mondialement. Ce qui m’a fait penser que j’utilisais l’UIT, le code clé morse mondial ou international. Mais j’ai oublié. Il y a une autre clé. Une clé historique propre à l’Amérique.
— Hé, maintenant que tu en parles, je crois que je le savais, en fait.
Il se mit à taper, mais j’avais pris beaucoup d’avance sur lui. Au bout d’un moment, je repoussai ma chaise.
— Merde alors, je crois qu’on l’a !
1 Outil pour décoder/encoder avec le code César (ou chiffre de César), un chiffrement par décalage parmi les plus faciles et les plus connus qui utilise la substitution d’une lettre par une autre plus loin dans l’alphabet.
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