Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre trente-six

 

Je savais depuis le début que Broodryk ne me laisserait jamais partir, Elvis non plus, même si je jouais à son petit jeu et si je gagnais. C’était un menteur, un tricheur et un sociopathe de première. C’était affreux, quel que soit l’angle sous lequel on le regardait. Mais je n’étais pas une petite fille terrorisée. Je connaissais les risques quand j’avais signé et j’irai jusqu’au bout.

— J’ai déjà signé tous les papiers, mais s’il est obligatoire que je le fasse alors sachez que j’accepte de participer à cette opération de mon plein gré.

Gray regarda Bischoff. Il serra les lèvres et hocha la tête.

— Compris.

Maintenant que c’était réglé, je me sentais plus calme.

— Avançons. Pensez-vous que Broodryk aura clôturé la maison avec des fils électriques pour la faire sauter quand il veut ?

Hands réfléchit.

— Probablement. Mais il ne la fera pas sauter tout de suite. Pas tant qu’il a le temps de jouer.

— Je suis d’accord, déclara Gray. Broodryk doit d’abord avoir le show idéal. Un gros spectacle pour le monde entier. Ce qui signifie qu’il doit enregistrer ou filmer ce qu’il se passe. Par conséquent, il est extrêmement probable qu’il aura installé une sorte d’équipement électronique pour fournir une connexion de type Skype entre Lexi et lui. Il doit pouvoir la tester et l’asticoter, puis enregistrer la partie pour la diffuser à un public plus large ultérieurement.

— Sur l’imagerie, observa Hands, on dirait une rangée de poteaux téléphoniques tout le long de la route. Je vois un ensemble de fils électriques qui vont jusqu’à la cabane. Qu’en pensez-vous ? Électricité, téléphone et réseau ?

Les possibilités défilaient à toute allure dans ma tête

— Il aura besoin d’une bonne connexion, extrêmement fiable, pour interagir avec nous. Une trop grosse partie de sa satisfaction repose sur le fait qu’il pourra voir et manipuler ce qui se passera une fois que nous arriverons. Il évitera de se servir d’une ligne fixe, car le réseau et l’infrastructure locale seraient bien trop peu fiables. Nous regardons donc une diffusion satellite. Je suis sûre qu’il s’attend à ce que nous essayions de le surveiller, mais il sera crypté en transmission et nous aurons peu de temps pour le cracker.

— Oui, ajouta Gray. Je suis d’accord avec cette approche. C’est presque une certitude.

— Un avantage, c’est que la diffusion satellite limitera son débit et le codage gâchera encore plus sa performance. Cela ne lui permettra pas de tout surveiller simultanément. Nous devrions pouvoir en tirer profit.

— Bien. Quels systèmes pensez-vous qu’il puisse déployer pour surveiller les avions ?

Je réfléchis aux moyens qu’il pourrait employer. À comment je m’y prendrais, moi.

— Eh bien, il n’aura pas beaucoup de moyens disponibles au beau milieu d’un trou à rats comme la Somalie, donc il saura que nous le balancerons sur ce qu’il a l’intention d’utiliser, quoi que ce soit. Je pense à des systèmes autonomes, comme des alarmes de portes qui ont une bande passante basse, avec au moins une connexion audio/vidéo, pour qu’il puisse surveiller nos tentatives futiles attendues et nous provoquer. C’est une évidence. Je pense aussi à une caméra minimum, peut-être plusieurs, pour qu’il puisse surveiller Elvis, l’intérieur de la cabane et probablement les abords extérieurs de la porte.

— Aura-t-il besoin d’un téléphone ou d’une antenne satellite ?

— Absolument. J’avais oublié. Nous pourrions l’empêcher de nous voir en la retirant, mais nous ne pouvons pas l’isoler, surtout s’il a mis des trucs sur des minuteurs, donc nous allons d’abord devoir jouer le jeu. Ce qui veut dire, toutefois, que nous aurons besoin de nos propres moyens de communication de premier choix sur place. Ils ont intérêt à être impénétrables, sinon Broodryk ne les loupera pas.

Jason hocha la tête.

— Le top du top pour toi. Nous installerons à la fois des coms locales pour que tu puisses parler au sol et un lien satellite codé, full service, à « Mère » pour une observation en temps réel des hostiles qui approchent et de toute livraison spéciale. Tout devrait être en place dans quelques heures. Nous le rendrons inattaquable. Il sera béton.

— Super. C’est indispensable.

Hands examina la carte.

— Parlons du plan de combat. À ce que je peux voir, nous avons une cabane d’un seul étage, au milieu de nulle part. Une seule porte et pas de fenêtre apparente. Une seule route pour y accéder et repartir. Les méchants savent d’où nous arrivons, peuvent nous attaquer des deux côtés en venant et en partant et malheureusement savent exactement quand nous sommes censés arriver. Nous ne profitons donc pas de l’élément de surprise. Il y a des positions de tir pour les forces adverses de chaque côté de la cabane, auxquelles nous devrons faire face, et pas de terrain élevé naturel à partir duquel nous pourrions défendre le bâtiment tant que Lexi sera à l’intérieur. Mais nous avons quelque chose en notre faveur.

Je ne voyais rien, mais comme je ne voulais pas jouer les rabat-joie, je me tus.

— Premièrement, nous savons qu’ils savent que nous arrivons, donc nous pouvons le planifier. Par conséquent, nous aurons une force aérienne.

— Vraiment ?

— Oui.

Hands regarda Bischoff.

— Ce sera utile. Mais comment allons-nous sur le site ? Avons-nous un bateau dans la zone ?

Bischoff hocha la tête.

— Oui. Il se rapproche pour supplanter le soutien aérien, si jamais les choses tournaient à la catastrophe.

— C’est une bonne nouvelle.

— Le plan consiste à vous emmener en hélicoptère jusqu’au bateau, se ravitailler et aller au point de rendez-vous avec nos amis kényans à la frontière, qui vous offriront votre moyen de transport. De là-bas, il y a environ une heure de voiture jusqu’au site.

Je me ragaillardis.

— De voiture ?

Non pas que l’idée de rouler en territoire extrêmement hostile au milieu de la Somalie ne me terrorisait pas, mais, bizarrement, ça me semblait une meilleure alternative que de sauter de nouveau de trois mille six cent cinquante mètres.

— Broodryk a prévu que nous devrions arriver le jour, poursuivit Hands. Sauter fait de nous des cibles faciles pour celui qui nous attend. Les hélicoptères risquent de trop attirer l’attention et d’amener trop de monde en avance à la fête. Donc c’est par la route.

— Tanks ? dis-je, pleine d’espoir.

Hands leva les yeux au ciel.

— Land Rover.

Les Land Rover me semblaient pathétiquement petites face à toutes les forces du mal que nous risquions d’affronter, mais j’imagine que le budget transport de l’opération ne pouvait couvrir que le petit modèle.

Je dévissai le haut de ma bouteille d’eau et en bus une gorgée.

— Et ensuite ?

— Ensuite, on se fait tout petit. Deux équipes : Alpha et Bravo. On fait du tout-terrain pour minimiser le risque de rencontrer des ennemis et des EEI.

— EEI ? demandai-je.

— Engins explosifs improvisés, expliqua Wills. Un tout petit, tout mignon créera un cratère de deux mètres et projettera ce qu’il reste de la carrosserie du véhicule à plus de trente mètres. En général, on essaie de les éviter.

— D’accord. Purée !

— De toute façon, quand nous arriverons à la cabane, nous nous servirons des Land Rover comme couverture initiale, ajouta Hands. L’équipe Alpha se positionnera là.

Il tapota sur un endroit à une quarantaine de mètres de la porte d’entrée.

Je baissai la tête pour mieux voir.

— Nous positionnerons la Jeep de sorte à offrir une couverture initiale à la porte contre quiconque peut être en faction sur la colline Bocal. Même si cela n’arrêtera pas un sniper digne de ce nom, c’est le mieux que nous puissions faire. L’équipe Bravo se rendra en voiture de l’autre côté du bâtiment et de l’autre côté de la route et établira un périmètre de sécurité contre la colline en forme de mangue. Nous devrons nous fier au drone Predator au-dessus de nos têtes pour nous prévenir si des invités inopinés viennent s’incruster à notre petite fête. L’extraction d’air de la carrière est disponible si les voies d’évacuation sont bouchées ou s’il n’y a pas de présence ennemie à l’accomplissement de notre mission.

J’aimais bien l’idée de partir, même si nous devions le faire en hélicoptère.

— Donc, pendant que Lexi devrait gérer les complexités électroniques de la situation, notre mission est, en gros, un hold, snatch and run. Nous faisons entrer Lexi, elle trouve comment localiser Broodryk et libère l’otage pendant que nous repoussons les méchants et les faisons sortir en sécurité. Nous devrions tous siroter des cocktails sur la place au Kenya au lever du soleil.

Au début, je me demandai qui Hands essayait de duper avec ses fanfaronnades. Mais en le regardant de plus près, je compris qu’il croyait vraiment ce qu’il disait. Il avait une pleine confiance dans nos capacités. Et surtout dans les miennes.

Jason tapota son stylo sur la table.

— Voici ce que je pense. Broodryk a dû mêler des autochtones à tout cela. Il ne risquerait pas sa peau en Somalie en installant lui-même la salle de jeux.

— Oui, acquiesça Gray en tendant les mains sur la table. Il va demander un service à quelqu’un dans le coin qui le lui doit, très probablement un représentant de Al-Shabaab.

— Super, dit Wills. Ce scénario se passe de mieux en mieux.

Je levai une main.

— OK. Disons que Broodryk a un type d’Al-Shabaab qui s’occupe de l’installation de la cabane pour lui. Cela joue bel et bien en notre faveur.

Je n’arrivai pas à croire que j’avais trouvé quelque chose de positif dans tout cela.

— Parce que… ? demanda Gray.

— Parce que cela signifie qu’il ne l’a pas fait tout seul. D’un point de vue technique, travailler à distance avec des amateurs me donne beaucoup plus d’espoir pour trouver un point faible dans son organisation. Broodryk sera limité à ce qu’il peut gérer et ce qu’ils pourront lui donner. C’est un plus.

Hands porta son attention sur moi.

— Donc que vois-tu dans cette salle de jeux, Keys ? Quelle est la configuration ?

Je fermai les yeux et m’imaginai dans la peau de Broodryk. De quoi aurais-je besoin ? Que voudrais-je ?

Après quelques secondes de réflexion, je lançai d’un ton songeur :

— Il s’agit plutôt d’une supposition, car nous ne savons pas quelle fin de partie il attend, à part que nous soyons tous morts et que le virus soit lâché. Ce serait facilement réalisable en faisant exploser la cabane à l’entrée et si les hordes d’Al-Shabaab débarquaient sur les collines pour s’occuper du reste. Mais je ne pense pas que cela arrivera, du moins pas immédiatement, parce qu’il n’en tirera aucune satisfaction.

— Je suis d’accord, acquiesça Gray.

— Donc je pense qu’il doit nous laisser entrer, moi tout au moins. Je dois communiquer avec lui et voir Elvis vivant. Espérons qu’il soit là-bas. Si c’est le cas, il sera très certainement contraint.

— Cela intensifierait l’effet théâtral, ajouta Gray.

Je continuai à visualiser l’installation.

— Une cabane de cette taille ne peut pas avoir plus d’une ou deux pièces, voire une seule grande pièce, séparée par des draps, comme dans la maison du sage. Pour parler avec moi, il aura besoin d’une caméra, ou de caméras, et d’un ordinateur portable et d’une télévision. Il se servirait de haut-parleurs sur l’une des deux pour me parler et entendre ma réaction. Je penche, en fait, pour l’option de l’écran de télévision ou du moniteur, probablement accroché au mur et connecté à un ordinateur portable. C’est énorme, grandiose. Il devrait brancher le portable à deux caméras au moins, une pour la pièce et l’autre pour l’extérieur, pour qu’il puisse observer la petite fiesta. Sans le moindre doute, tout ce que nous disons dans cette pièce sera entendu, vu et enregistré par Broodryk.

Hands se pencha, posant ses paumes sur la table.

— Pourra-t-il capter nos coms ?

— Il pourrait entendre du bruit si tout est calme, mais il ne devrait pas pouvoir discerner ce qui se passe dans les coms de nos casques. Donc nous aurons un petit avantage. Cela veut dire qu’il pourrait y avoir beaucoup de conversations à sens unique, sur ce qui se passe dans cette pièce. Je devrais choisir très prudemment chacun de mes mots.

— Que voudra-t-il te faire ? demanda Wills.

Je haussai les épaules.

— Tout ce qui lui passera par l’esprit, d’abord, pour m’humilier et affirmer sa domination intellectuelle. Après avoir prouvé que je ne vaux rien, il se débarrassera de moi. Très simple. En vérité, je n’en ai aucune idée. Je crois qu’Elvis devra être là car cela fait partie de son plan depuis le début, et il voudra que j’aie un pense-bête visible de mon échec pour sauver mon ami. Il veut que je sois ébranlée, bouleversée et à sa merci. Je suis certaine que où, ou comment Broodryk positionne Elvis, il sera dans une situation précaire. Comme l’a dit Gray, cela constituera un bon psychodrame télévisé.

J’entendis râler et je baissai les yeux sur la table pour voir Hulk froncer les sourcils.

— Psychopathe, marmonna-t-il.

Je hochai la tête.

— Voilà à qui nous avons affaire.

— Donc, de quoi as-tu besoin pour te préparer, Keys ? demanda Hands.

— Je ne sais pas exactement quoi encore. Quelque chose me tarabuste au sujet du camp au Gabon, mais je n’arrive pas à savoir quoi. Je dois parler à Slash. J’ai une idée, mais j’ai besoin de sa contribution.

Bischoff hocha la tête.

— Pas de problème. Je vais veiller à ce que cela se passe illico presto.

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