Cybermenace et lune de miel (Les enquêtes de Lexi Carmichael) (French Edition)

Chapitre cinq

 

— Beau ?

Je n’en croyais pas mes yeux.

Beau est le deuxième de la fratrie, pris en sandwich entre Rock, notre frère, et moi. Je le regardai fixement.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— J’étais en route pour aller voir maman et papa quand j’ai entendu un appel sur ma radio qui me disait qu’il y avait des coups de feu à cette adresse. J’ai tracé comme un malade sur les deux dernières rues, en stress total. Je suis entré par la petite porte avec mes clés. J’ai entendu des voix dans le bureau et, donc, j’ai commencé par là.

Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, deux silhouettes indistinctes apparurent sur le pas de la porte.

— Police. Tout le monde à terre, les mains dans le dos. Immédiatement.

Nous nous exécutâmes aussitôt. Le policier avait sorti une lampe torche qu’il braquait sur nous. Mon père prit la parole.

— Winston Carmichael, je suis avocat. Vous êtes ici chez moi. Les individus dans cette pièce sont mon épouse, mes enfants et l’employé de maison. Quelqu’un nous a tiré dessus.

D’autres policiers entrèrent dans le bureau, agitant des lampes torches dans tous les sens, me donnant le tournis.

— R.A.S dans la maison.

Mon frère leva la tête du sol.

— Je suis l’inspecteur Beau Carmichael, de l’unité cambriolage de la ville, au BPD. Mon arme de service est par terre, à côté du fauteuil. Ma plaque est dans ma poche.

Un policier trouva l’arme de Beau devant une bibliothèque. Il enfila des gants en caoutchouc et rangea l’arme dans un sac.

— Je comprends, inspecteur. Mais vous savez que je vais devoir vous menotter le temps que nous tirions tout cela au clair. Tout le monde va bien ?

— Je crois, oui, répondit Beau. Lexi, tu vas bien ?

— Bien, tout est relatif, mais heureusement je ne suis pas blessée.

Ma mère, mon père et Sasha confirmèrent qu’ils allaient bien.

— OK, tout le monde, gardez votre calme et coopérez, nous ordonna Beau. Cela devrait être vite terminé.

Je sentis le plastique froid se refermer sur mes poignets, puis un policier m’aida à me relever. Un autre aida Beau à se mettre debout et sortit sa plaque d’inspecteur de sa poche. Il la donna au premier policier qui était entré dans la pièce.

— C’est réglo.

J’avais peur de le demander, mais je devais le faire.

— Avez-vous trouvé quelqu’un d’autre dans la maison ?

Ma voix tremblait.

— Pas encore. Pourquoi ? Il manque quelqu’un ?

— Oui, mon petit ami. Il était là avec nous, mais il est parti poursuivre l’intrus. Quand je l’ai vu pour la dernière fois, il allait dans la cuisine.

— Waouh. Attends ! Tu as un petit copain ? m’interrompit Beau.

Mon père s’offusqua.

— Il s’appelle Slash.

— Quoi ? Slash est ton petit copain ?

Beau et Slash se connaissaient plus ou moins, à cause d’une autre mission que je venais de boucler.

Avant que je puisse répondre, une autre silhouette entra dans la pièce.

— Il n’y a personne d’autre ici. Mais la porte du fond pour sortir de la cuisine est ouverte et il y a du sang dans la cuisine.

Mon cœur loupa un battement. Du sang ? Où était Slash ? Allait-il bien ?

Le policier sur le pas de la porte braqua sa lampe torche sur Beau.

— Alors, inspecteur Carmichael, pouvez-vous nous expliquer ce qui se passe ici ?

— Je n’en ai aucune idée. Je suis arrivé après la guerre. J’étais en route pour venir voir mes parents quand j’ai entendu à la radio qu’il y avait des coups de feu à cette adresse. Suis passé par une porte latérale et j’ai trouvé ma famille cachée ici. Ma sœur Lexi n’était pas dans le placard avec les autres et m’a sauté dessus, en m’envoyant quelque chose et en me faisant sursauter. J’ai tiré, mais je l’ai loupée. Pour ce qui s’est passé avant, vous allez devoir le lui demander.

Le policier braqua sa lampe torche sur moi.

— Vous êtes Lexi ?

— Oui.

— Vous allez bien ?

— Je vais bien.

— Qu’avez-vous dans les cheveux ?

Je secouai la tête et quelque chose tomba par terre.

— Soupe de maïs, je crois.

— Alors que s’est-il passé ?

— On nous a tiré dessus par la fenêtre de la salle à manger pendant que nous dînions. Le premier coup de feu… il m’a loupée de peu. À peu près en même temps, nous n’avions plus eu de courant. Slash a appelé la police de son portable, je crois. Une ou deux minutes plus tard, quelqu’un est entré dans la maison par la cuisine – je ne sais pas si c’était la même personne que celle qui nous a tiré dessus ou quelqu’un d’autre – et s’est remis à tirer. Mon petit ami a tiré à son tour et a poursuivi l’intrus. Pendant ce temps, nous avons couru nous cacher dans ce bureau. Puis Beau, mon frère, est arrivé. Je croyais que c’était l’intrus alors je l’ai attaqué. À son tour, il m’a tiré dessus, en pensant que j’étais l’intruse, mais il m’a loupée. Nous lui avons tous sauté dessus et avons ensuite compris qui il était.

Mon frère me regarda en plissant les yeux.

— J’ai trop de bol que tu ne saches pas viser ! Tu as failli m’assommer avec ce presse-papiers.

— Et toi, tu as failli me tuer.

Ma mère gémit et s’effondra dans le fauteuil derrière lequel je m’étais cachée.

Le policier laissa échapper un profond soupir.

— Donc, Lexi, votre petit ami est-il dans la police ?

— Pas vraiment.

— Pas vraiment ?

Le policier marqua une pause, et réfléchit.

— Mais il portait une arme ?

— Oui. Il en a une en général.

— Attends. Je croyais que c’était un geek de l’informatique, lança mon père.

— Oui, il l’est aussi.

Beau fronça les sourcils.

— Hum… je croyais que c’était un agent fédéral.

— Ah oui, c’est assurément un agent fédéral.

— Donc lequel des trois est-il ? demanda le policier. Un geek, un policier ou un fédéral ?

— Un mélange des trois, j’imagine.

— Je le trouvais viril, lança Sasha.

Le policier leva une main.

— Arrêtez, tout le monde. Si j’ai bien compris : un assaillant inconnu tire par la fenêtre de l’extérieur des lieux, suivi par un intrus armé qui est entré dans la maison et a continué à tirer. Mais personne ne sait si l’intrus dans la maison est le même individu que celui qui vous a tiré dessus par la fenêtre. Donc, techniquement, nous pourrions avoir deux auteurs. Ensuite, votre petit ami, qui était aussi armé, a tiré à son tour sur l’intrus dans la maison et lui a couru après. Vous vous êtes tous précipités ici pour vous cacher quand l’inspecteur Carmichael est arrivé et a tiré sur vous, sa sœur, après que vous l’avez eu attaqué, en pensant que c’était lui, l’intrus.

— C’est ça, en gros, dis-je.

— Bien. À ce stade, personne ne sait où est Slash, votre petit ami, qui est aussi membre de la police, agent fédéral ou simplement frimeur.

— Ce n’est pas un frimeur, dis-je. En fait, le FBI aurait dû le filer. Vous devriez vérifier ça aussi.

Le policier soupira, tapa des numéros dans son téléphone, se dirigea vers la porte à grandes enjambées et se mit à parler rapidement. Je laissai échapper un gros soupir et m’adossai contre le bureau de mon père.

Beau me rejoignit et se rapprocha de moi jusqu’à ce que nos épaules se touchent.

— Alors, frangine, quand a eu lieu cette connexion amoureuse avec Slash ?

— Il ferait mieux de ne pas y avoir de connexion amoureuse, grommela mon père. Nous allons avoir une conversation sérieuse au sujet de cet homme.

Mon épaule m’élançait, quand j’étais tombée en faisant mon roulé-boulé.

— C’est compliqué, Beau.

— J’imagine. Mais que tu l’appelles « ton petit ami », ce n’est pas rien. Ça doit être sérieux pour que tu l’aies amené chez papa et maman.

— Rien n’est sérieux, dit mon père d’un ton dur. Elle sort tout juste avec lui. Comment ça se fait que tu aies été au courant pour ce Slash et que tu ne m’en aies pas parlé ?

— Hé, ne t’énerve pas contre moi. Je ne savais pas que c’était le petit ami de Lexi.

Je fermai les yeux. Y avait-il un bouton pour recommencer la soirée à zéro ?

Le policier qui était dans le couloir revint dans le bureau.

— Enlevez-leur les menottes. Tout est OK pour eux. Vous, Lexi, il faut que vous m’en disiez plus sur votre petit ami.

— Elle ne peut pas, répliqua mon père. Apparemment, elle ne connaît ni son nom ni son métier.

L’un des policiers enleva mes menottes et mes bras furent libérés. Je les frottai.

— Que voulez-vous dire par : « elle ne connaît pas son nom ? »

Le policier se dirigea vers moi.

— Vous sortez avec un homme et vous ne connaissez pas son nom ?

— Pas tout à fait. Il se fait appeler Slash.

— Comme le célèbre guitariste des Guns N’Roses ?

— Non, l’abréviation de Backslash. C’est un jargon de hackeur.

— D’accord.

Il écrivit quelque chose

— Vous avez une adresse pour ce Slash ?

Je réfléchis.

— En fait, non. Il vient chez moi en général.

— Un numéro de téléphone ?

Je passai mes mains sur mon front.

— Il en a plusieurs. Il m’appelle de numéros différents. Sécurité et tout et tout, vous savez.

— Attendez. Vous sortez avec un type, et vous ne connaissez pas son nom, ni son métier ni son adresse ?

— Ça craint oui, formulé ainsi.

— Et il est censé être filé par le FBI ?

— C’est pour sa protection personnelle.

Le policier secoua la tête, mais ne me posa plus de questions.

Purée. Bienvenue dans la Soirée chez mes Parents de la mort maudite !

Beau aida ma mère à se lever du fauteuil pour que le policier puisse lui enlever les menottes.

— Écoutez, ce Slash est réglo, pour ce que j’en sais, dit-il au policier, ce qui me réconforta. Il a collaboré étroitement avec les flics et a permis de régler cette attaque terroriste au lycée dans lequel Lexi était enfermée, il y a peu de temps. Je l’ai vu en action. Il a forcément une formation de policier ou militaire. Il a l’air d’un type bien. Mon instinct me dit qu’il ne ment pas. Lexi, pourquoi quelqu’un lui tirerait-il dessus ?

— Slash était la cible ? dit mon père.

— Je ne sais pas. C’était peut-être le hasard. Un cambriolage avec effraction, quelque chose comme ça.

Si c’était le cas, nous avons tous eu un sacré bol que Slash ait été avec nous. Mais penser à Slash me rappela le sang dans la cuisine de mes parents. J’avais mal au ventre. Je savais qu’il était assez grand pour se débrouiller tout seul, mais et si on lui avait tiré dessus ? Et pourquoi n’était-il pas revenu ? Et s’il gisait quelque part en se vidant de son sang ?

Je me mis à hyperventiler. Beau avait dû s’en rendre compte parce qu’il me prit dans ses bras.

— C’est bon, Lexi. Les policiers passent le quartier au peigne fin, ils cherchent Slash et les criminels. C’est la procédure. De plus, si quelqu’un saigne, on pourra le retrouver facilement. Ne t’inquiète pas. Slash saura se débrouiller.

Je déglutis, prise de vertiges. La poussée d’adrénaline s’était tassée et j’essayai de calmer ma respiration et de me concentrer. Mais j’étais terrorisée, plus que je n’aurais jamais cru que je le serais un jour.

— Je sais… Je sais… il est… doué.

Brusquement, les lumières s’allumèrent et nous cillâmes tous. Je me protégeai les yeux jusqu’à ce qu’ils s’habituent à la lumière. Et d’un coup, je le vis, sur le pas de la porte, flanqué de deux policiers.

Slash.

OceanofPDF.com