Dérive 2 - le rire du Klone
Chapitre IX · Un rai de lumière se glissait par…
Un rai de lumière se glissait par la fenêtre. Sharon bougea dans son lit, et le soleil couchant lui caressa le ventre. Elle ouvrit les yeux. Elle souriait. L'univers était rose.
Il fallut un moment pour que la pièce, qui semblait tanguer autour d'elle, se stabilise. Sharon décida alors qu'il était temps de se lever.
Ele se sentait incroyablement légère. Elle était nue, mais ne se souvenait pas de s'être déshabillée.
Elle passa dans la salle d'eau, se fit couler un bain.
Elle resta longtemps étendue dans la baignoire, immobile, savourant simplement le contact de l'eau sur son corps. Quand elle eut terminé de se laver, d'une main molle, elle se plaça sous le jet d'air chaud. Elle commençait à avoir une idée assez précise des événements de la veille.
RoyD. Ses baisers. Et puis ses mains sur sa peau nue... Pourquoi l'avait-elle repoussé ainsi ? ll embrassait si bien. Comme Roy, en fait.
Elle eut un sourire béat et dut se retenir au mur pour ne pas tomber. L' effet des euphorisants donnés par OhmanD n'était pas encore dissipé. Saloperies de pilules !
OhmanD ! Comment baisait-il ? Et Ohman ?
Avec un petit rire, elle regagna sa chambre.
Etrange, que cette idée ne lui soit jamais venue, depuis le temps qu'ils se connaissaient. Peut-être était-ce à cause des rapports étroits qu'elle croyait deviner entre Ohman et son clone. Etaient-ils des Narcisse ? La question l'effleura, et fut oubliée aussitôt.
La chambre recommençait à tourner. Sharon resta sur le seuil, et ferma les yeux, forçant son esprit à revenir à la réalité.
Soudain, le carillon de l'entrée résonna doucement dans la maison. Sharon pivota sur ses talons et traversa
l'immense salon en louvoyant. Arrivée à la porte, elle se rappela tout à coup qu'elle était nue. Elle ouvrit une penderie et prit le premier vêtement qui lui tomba sous la main, un déshabillé vaporeux d'un rose pâle qui lui leva le coeur. Mais elle ne se sentait pas la force de choisir autre chose.
Elle eut toutes les peines du monde à s'habiller.
Enfin, elle ouvrit la porte.
Deux inconnus se tenaient devant elle. L'un portait une tunique rouge sombre, l'autre une combinaison bleue.
— Que...
Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase. L'homme à la tunique rouge la repoussa énergiquement à l'intérieur.
Elle recula jusqu'au salon, chancelante.
Malgré la brume qui troublait son esprit, elle comprenait qu'un danger la menaçait. Qui étaient ces deux types ? Que lui voulaient-ils ?
Celui à la tunique rouge se rua sur elle. D'une bourrade, il la jeta sur un divan où elle s'écroula lourdement. Son déshabillé s'était ouvert, dévoilant totalement son corps.
Elle resserra les pans du vêtement et tenta de se redresser.
— Qu'est-ce que...
Une gifle lui arracha à demi la tête. Elle s'abattit contre le dossier. Son crâne résonnait, elle sentait dans sa bouche le goût du sang qui coulait de sa joue écorchée. Elle avait dû se mordre sous la violence du choc.
L'effet des euphorisants était presque dissipé. Le brouillard se déchirait, cédant la place à une peur glacée.
Elle releva la tête et regarda les deux hommes. Le plus grand était juste devant elle, prêt à la frapper de nouveau. Le petit se tenait légèrement en retrait.
— Où est GhurdalD ? demanda ce dernier.
Elle les regarda tour à tour sans comprendre.
— Que voulez-vous ?
— On vient de te le dire, dit le petit d'une voix traînante. On veut GhurdalD.
— On en a marre de ce main-noire, précisa l'autre.
La jeune femme secoua la tête. Ce n'était pas possible. Elle rêvait.
— On en a marre de toutes ces conneries à propos de l'émancipation des clones, continua le grand. Alors, nous aussi, on a créé notre mouvement. Dans le premier temps, on va s'occuper de ton clone chéri !
Il la prit par les épaules et la força à se redresser. Le déshabillé s'ouvrit largement. Le petit lui coinça les bras derrière le dos pour l'empêcher de se rajuster.
L'autre la détailla complaisamment. Sharon, le menton levé, fixa son attention sur une sculpture molle qui dérivait lentement sur une étagère.
Tendant la main, l'homme à la tunique rouge lui pinça cruellement la pointe d'un sein. Elle poussa un cri.
— Tu aurais intérêt à nous dire ce que tu sais. Sinon, on va finir par être vraiment méchants.
— Je ne sais rien !
Il la gifla à toute volée.
— Je te répète que nous ne plaisantons pas.
Sharon eut l'impression que sa joue avait doublé de volume. De la pointe de la langue, elle tâta ses dents.
Toutes semblaient encore en place.
— Salauds ! murmura-t-elle. S'il était là, vous n'oseriez jamais...
Le grand fit un signe de tête à son acolyte. Sharon sentit qu'on lui remontait brutalement les bras dans le dos. Elle cria de nouveau.
Le petit la maintint un instant, puis la força à se tourner. Quand elle fut face au divan, il la poussa brusquement.
Elle s'effondra sur les coussins. Il ne l'avait pas lâchée.
Des doigts rudes lui rabattaient son déshabillé sur les reins.
— Non! cria-t-elle.
On lui empoigna les cheveux, lui écrasa le visage contre les coussins.
Le petit la maintenait plaquée sur le divan. Elle sentit un corps s'allonger sur elle. Une jambe lui écarta brutalement les cuisses et l'homme s'enfonça en elle.
Elle s'arc-bouta pour échapper à l'odieux contact, mais son agresseur était beaucoup trop fort.
Sharon suffoquait, déchirée.
Elle fondit en larmes.
L'homme qui la possédait s'immobilisa soudain. Il lui serra les poignets à les broyer, puis se dégagea.
— À toi, dit-il sans la lâcher.
Ce fut à cet instant que le télévid se mit à sonner.
Les deux hommes se regardèrent.
La sonnerie retentit durant ce qui parut une éternité à Sharon. .
La tête toujours enfouie dans les coussins, elle réfléchissait à toute allure. Comment se sortir de cette situation ? Les euphorisants n'agissaient plus du tout à présent, elle avait recouvre sa lucidité.
Le petit allait la violer à son tour. Et ensuite, que feraient-ils d'elle ? ,
Le télévid cessa de sonner.
— Je n'aime pas ça, dit le grand. '
— Non... il a sonné trop longtemps. Comme si, à l'autre bout du fil, on savait qu'elle était là.
— Dans ce cas, on risque de venir voir pourquoi elle n'a pas répondu.
— On file.
Ils la relâchaient.
— On reviendra, promitl'homme à la tunique rouge en se rajustant. Les amies des clones, on n'aime pas tellement ça. Si tu veux un bon conseil, laisse tomber tout ça. Sinon, la prochaine fois, nous serons beaucoup moins gentils. Nous pourrions même nous en prendre à ton joli visage. Il y a des dégâts que la chirurgie esthétique est incapable de réparer, ne l'oublie pas.
Ils traversèrent rapidement le salon et la porte d'entrée se referma sur eux.
Sharon se redressa péniblement, fit quelques pas dans la pièce avec de s'effondrer sur la moquette. Elle se releva, atteignit enfin la porte et enclencha les fermetures automatiques. À présent la maison était un véritable bunker. Plus personne ne pourrait entrer. Elle se laissa glisser sur le sol et resta assise un long moment, le dos contre la porte. Les larmes ruisselaient sur son visage.
Dehors, les deux hommes marchaient à pas pressés dans la rue qui s'assombrissait déjà. Ils montèrent dans un véhicule où les attendait un troisième larron.
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