Dérive 2 - le rire du Klone

Milan · Chapitre 1 sur 28

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Dérive 2 - le rire du Klone

Chapitre Premier

 

RoyD regarda ses mains noires tendues devant lui; elles avaient causé tant de problèmes. Elles avaient régi sa vie depuis sa venue à la conscience lorsque, à l'âge de vingt ans, son Original Roy Ghurdal s'était vu attribuer le clone auquel il avait droit. Ainsi était né RoyD, dont la seule différence avec son Original, à l'époque, était ces mains noires qui indiquaient à tous son statut de clone. Et donc d'esclave sans aucun droit dans la civilisation d'Eden, l'Ile Spatiale, le dernier refuge de l'humanité après la mort de la Terre.

Loin au-dessus de sa tête, les deux autres vallées de l'Ile Spatiale se distinguaient parfaitement entre les immenses baies vitrées donnant sur l'espace.

Il les contempla sachant qu'il n'en aurait bientôt plus l'occasion Bientôt il serait entre les mains de la police qui le recherchait pour témoigner sur l'assassinat de son Original, dont le meurtrier n'avait toujours pas eté arrêté. Et accessoirement pour répondre à quelques questions concernant le Mouvement pour l'Emancipation des Clones et plus particulièrement les Affranchis, le groupe Action qu'il avait créé pour agiter un peu la société qui se refusait à entendre les cris d'angoisse des clones.

Mais tout ce qu'il avait fait jusqu à présent, toutes les actions entreprises les risques courus ne pesaient plus d'aucun poids. Il avait voulu être libre, être l'égal des Originaux, mais il venait de comprendre que ce ne serait jamais possible. La femme qu'il aimait, Sharon Caelan qui avait été la compagne de son O avant la mort de celui ci, cette femme l'avait repoussé à cause de ses mains noires.

Il serra les poings, les enfonça à nouveau dans ses poches.

Au loin, dans la rue, la voiture approchait rapidement. Il pria que ce soit un véhicule de la police, que la fin ne tarde plus. En principe, ayant perdu son O, il n'aurait dû être maintenu en vie que quelques jours après la mort de son O. Il avait gagné plusieurs mois de sursis en s'enfuyant pour entrer dans la clandestinité (Voir le Clone Triste). Il n'avait aucune illusion à se faire : à peine aurait on fini de l'intérroger qu'il serart « effacé » Et avec les moyens que la science avait mis à disposition de la police, personne ne pouvait résister aux interrogatoires. Bien sûr, il était interdit d'utiliser ces méthodes sur des humains. Cela ne le protégeait nullement. Il sourit amèrement. Il n'étart pas humain.

*

À une centaine de mètres de là, Ganoz avait pris sa décision. En voyant le clone sortir de la maison où il s'était réfugié avec Sharon Caelan, il avait d'abord cru à une ruse pour l'amener à se découvrir.

Il semblait bien qu'il n'en soit rien. Le clone se comportait comme s'il voulait vraiment quitter son refuge à pied, comme s'il était un citoyen normal et n'avait pas à ses trousses, à la fois la police d'Eden, l'organisation des Pénitents, l'organisation religieuse dirigée par Rissi, le Grand Maître qui prenait ses instructions directement de Dieu, et dont lui, Ganoz, était le second.

Ganoz passa une main dans ses cheveux argentés. Il n'était plus temps d'hésiter. Une telle occasion ne se représenterait peut être pas de sitôt. Rissi voulait le clone, ils le lui apporteraient.

— Allez y dit-il aux deux hommes qui se trouvaient avec lui dans le petit vehicule.

Aussitôt, les deux Pénitents jaillirent de la vorture et se dirigèrent en courant presque vers l'honme qu'ils cherchaient depuis des mois.

Ganoz les regarda s'éloigner. Son visage n'exprimait pas la moindre émotion, pourtant le doute l'habitait.

Qui étaient ces deux hommes ? Pourquoi vouaient-ils une telle haine aux clones ? Le fait qu'ils aient perdu les leurs des années auparavant suffisait-il à expliquer l'apparente ferveur religieuse qui les animait ?

Croyaient-ils vraiment que les clones étaient l'expression du mal absolu et que Dieu leur commandait de les éliminer tous ?

Il secoua doucement la tête. Tout cela le dépassait.

Mieux valait cesser d'y songer. Il était parvenu au rang qu'il occupait à présent dans l'organisation des Pénitents parce qu'il avait su convaincre tout .le monde — et particulièrement Manuel Rissi — qu'il était àla hauteur de sa tâche. Il ne fallait pas tout gâcher aujourd'hui, simplement parce qu'il avait des doutes sur les motivations profondes qui animaient les Pénitents.

Et puis quoi, RoyD Ghurdal n'était qu'un clone, après tout.

 

*

Inconscient de l'approche des deux Pénitents, RoyD regardait venir le véhicule. Il grimaça en reconnaissant ses deux occupants. Ohman pilotait, son clone OhmanD se tenait à son côté. Les deux hommes n'appartenaient pas à la police, et n'étaient pas des ennemis, puisqu'ils avaient, avec Sharon Caelan et lui-même, contribué à la création du Mouvement pour l'émancipation des Clones.

Le véhicule stoppa net et Ohman en bondit. RoyD voulut s'écarter, mais l'autre lui crocheta le bras et l'immobilisa.

— Tu es fou ? demanda le biologiste à voix basse. Où vas-tu?

— Ailleurs ! .

Il commençait à en avoir assez qu'on lui dise ce qu'il devait faire et ne pas faire. Il n'était peut-être qu'un clone et, en tant que tel, n'avait ni d'existence légale ni le moindre droit, mais ces gens — Ohman, Sharon, et les autres — qui se prétendaient ses amis, lui avaient toujours répété qu'ils le considéraient comme un humain à part entière. Or un humain à part entière a le droit de faire ce qu'il veut, d'aller où bon lui semble.

— Ne crie pas ! On va nous repérer.

— Je pars, répondit RoyD, un ton plus bas.

Les deux hommes lancés sur ses traces par Ganoz avaient disparu en voyant surgir Ohman et son double.

Enlever un clone en pleine rue était une chose, le faire en présence d'un O qu'il faudrait peut-être bousculer, voire blésser, en était une autre.

— Que se passe-t-il ? demanda Ohman en retenant RoyD.

— Je me bats pour rien. C'est fini, je laisse tomber.

Les préjugés sont trop profondément enracinés pour que je puisse espérer changer quoi que ce soit. Vous aviez raison : c'est une lutte qui durera des années.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? Où est Sharon ?

— À l'intérieur. Mais ce n'est pas sa faute. Pas vraiment. Ohman se tourna vers son clone et, d'un signe de tête, lui ordonna d'aller voir dans la maison. Pendant ce temps, il fit asseoir RoyD à côté de lui, dans la voiture.

— Tu es amoureux de Sharon, n'est-ce pas ?

Comme RoyD ne répondait pas, il poursuivit :

— Mais tu es un clone, et elle ne t'aime pas. Elle aime toujours ton O, qui est mort.

RoyD tressaillit à l'évocation de son O. Comme tout était simple, autrefois. Chacun avait sa place; il n'était personne, mais du moins était-il quelque chose.

À présent il n'était plus rien.

— T'abandonne, murmura-t-il.

— Ou'est-ce que cela signifie ?

— Cela signifie que je plaque tout !

— Et que vas-tu devenir ?

— Je ne sais pas. Je m'en fiche. Qu'est-ce que je deviendrai, de toute façon ? Je me démène pour quoi ? Pour obtenir l'Egalité ? Même mes amis, ceux qui luttent à mes côtés, ne croient pas à cette égalité ! Toi, pourqui te bats-tu ?

Ohman tressaillit. Plus tôt dans la matinée (Voir Le Clone Triste.), son propre clone lui avait adressé des reproches similaires.

Deux fois dans la joumée, c'était plus qu'il n'en pouvait supporter.

— Tu veux savoir pourquoi je me bats ? Demanda-t-il d'une voix tendue.

Il releva la tête. De la fenêtre du salon, OhmanD lui faisait signe que tout allait bien en ce qui concernait Sharon. Le biologiste marqua un temps d'hésitation. Puis il se décida.

— Je vais te montrer pourquoi je me bats ! Dit-il sèchement.

Il démarra et s'engagea rapidement dans la circulation qui commençait à devenir assez dense.

— Je vais te montrer ce qui m'empêche de dormir certaines nuits et pourquoi notre combat est plus important que tes problèmes amoureux ! Tu comprendras pourquoi nous luttons ! Je vais te montrer quelque chose que même OhmanD ignore !

Le biologiste paraissait singulièrement excité. Il prit la direction des faubourgs, puis celle de la montagne.

RoyD regardait la route, intrigué. Ohman avait toujours été un homme calme et posé. Soudain, il semblait sur le point d'exploser. RoyD, avec un frisson d'appréhension, se demanda ce qu'il allait découvrir.

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