Dérive 2 - le rire du Klone
Chapitre XX · RoyD sortit de la chambre et descendit l'escalier.
Dans la cuisine, il se servit un grand verre de lait frais et passa au salon.
Sharon dormait encore. Après leur équipée de la nuit, ils étaient restés à Manau. D'après Goliath, c'était le dernier endroit où les Pénitents le chercheraient. L'Original de Goliath avait un frère, qui possédait justement une villa à Manau, inoccupée pour le moment. C'était là que RoyD s'était provisoirement réfugié.
Il s'était alors retrouvé seul avec Sharon. Ou presque.
Il sourit.
TiborD les avait suivis comme un chien perdu. Il avait vaillamment participé à l'expédítion et, quand il avait demandé la permission de ne pas repartir avec les Affranchis, RoyD avait accepté. Le jeune clone avait manifesté un soulagement touchant. Il devait se sentir vraiment seul.
RoyD et Sharon avaient longuement fait l'amour, dans le noir. Puis ils s'étaient allongés côte à côte.
silencieux, main dans la main. Il l'avait entendue
sangloter, sans oser lui demander la raison de ce
chagrin.
Il vida son verre de lait et s'approcha de la fenêtre.
Le ciel nuageux masquait les deux autres vallées. Où étaient Ganoz et Rissi en ce moment ? À Sauda, certainement En train de ruminer leur dépit. Un sourire féroce joua sur les lèvres de RoyD. Allons, il n'était pas encore mort ! Il avait le temps de leur faire payer la mort d'Ohman.
Il faudrait aussi s'occuper du cas d'0hmanD. Si le Mouvement ne pouvait pas lui obtenir le Sursis les Affranchis devraient s'en charger
Mais OhmanD disposait de plusieurs jours encore.
Plus urgent était le problème posé par la conduite étrange des Pénitents. Il ne comprenait toujours pas pourquoi on l'avait épargné. Plus inquiétant encore était le fait que Ganoz ait tué l'un de ses propres hommes pour protéger un clone !
Les Pénitents avaient certainement des projets le concernant, des projets si importants qu'ils ne reculaient pas devant un double meurtre.
Il alluma la tri D pour écouter les informations du matin. On parlait peut être des événements de la veille
L'hologramme emplit peu à peu les deux mètres cubes qui lui étaient réservés dans un coin du salon. Les contours d'une silhouette se précisèrent. Ghurdal leva un sourcil étonné en reconnaissant Manuel Rissi.
— Le Coordrnateur Kermarian disait le Grand Maître, avait desiré nous rencontrer pour étudier avec nous ce projet de loi. Comment GhurdalD et ses hommes de main ont ils eu vent de ce qui se préparait je l'ignore.
Toujours est il que lorsque le Coordinateur arriva au 45 de la rue Armstrong il ne savait pas encore qu'il allait au-devant de la mort.
Rissi avait la mine tragique de circonstance quand on déplore la disparition de quelqu'un que l'on estimait profondement malgré quelques divergences d'opinion.
— À peine Kermarian fut il entré dans la maison, poursurvait-il que les clones l'attaquèrent ! Ceux des nôtres qui avaient accepté de rencontrer le Coordinateur tombèrent avec lui, l'arme à la main. Pourquoi GhurdalD, cet assassin en fuite a-t-il jugé nécessaire d'abattre Kermarian qui bénéficiat pourtant du respect de tous ? La réponse est simple Kermarian était d'accord sur l'ensemble du projet que nous lui avions soumis. La ratification de ce document n'étant plus qu'une question de jours.
Rissi montra d'un geste éloquent le volumnneux dossier posé devant lui
— Ce projet, quel est il ? Bien que le dossier soit très épais, ainsi que vous pouvez le constater, il est facile à résumer. Il a pour objectif de rendre Eden à ses véritables propriétaires les humains. Depuis trop longtemps les clones nous dictent notre conduite ! Vous croyez que les humains vous gouvernent mais c'est une illusion. De nombreux postes clés sont détenus par des Doubles, des êtres sans personnalité propre, des copies de vous mêmes ou de vos voisins. Qui d'entre vous ne connaît pas un clone commissaire de police, journaliste, écrivain même — on a vu le cas récemment avec GhurdalD qui a été publié après la mort de son O ?
RISSI ménagea une pause pour accroitre la tension dramatique de son discours.
—Certes, reprit-il, aucun clone n'est officiellement commissaire de police, ou maire d'une ville quelconque.
En fait, si vous consultez les registres vous ne trouverez que des humains à ces postes. Mais qui assure réellement le travail ? Qui décide ? Qui peut vous accorder ou non telle ou telle autorisatton ? Un humain ? Non !
RISSI leva un index accusateur.
— Neuf fois sur dix ce sera un clone ! Et c'est pour mettre un terme à cette situation intolérable que Kermarian souhaitait nous rencontrer. La première loi qu'il comptait faire voter était celle de l'élimination systématique de tout clone orphelin. Afin d'épurer notre société qui étouffe sous le poids de ces survivants inutiles et dangereux. Car un clone qui a perdu son O est très souvent sujet à des troubles psychiques graves .L'étude que nous avons effectuée pour constituer ce dossier est formelle sur ce point.
Il avait posé la main sur les documents, qui semblèrent soudain prendre une importauce considérable.
— Cette étude a éte volée par Ghurdal et ses acolytes. Mais nous la recommencerons si cela s'avère nécéssaire Nous sommes encore des hommes et nous ne courberons pasl echine devant des créatures conçues dans des éprouvettes !
Rissi se tut, le visage dur. Il demeura ainsi quelques instants, vivante image de la détermination, puis disparut, remplacé par un commentateur de la tri D qui se pétrissait les mains d'un air géné. Elles étaient noires.
RoyD éteignit livide. Il venait de comprendre ce que les Pénitents attendaient de lui. Si Goliath et les Affranchis ne l'avaient pas délivré à temps on aurait retrouvé son cadavre à côté de Kermarian.
Officiellement, on aurait alors dit qu'ils s'étaient entre-tués. Ou que l'un des vaillants Pénitents avait abattu RoyD après qu'il eut assassiné le Coordinateur.
Il fallait agir, ne pas laisser l'initiative aux Pénitents. Mais que faire !
Machinalement, il rangea les livres entassés sur les étagères de la bibliothèque. Cela l'aidait à réfléchir. Il y avait quelques ouvrages signés Ghurdal dans le lot, et parmi eux deux de ceux qu'il avait écrits pour son O.
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