Dérive 2 - le rire du Klone
Chapitre XXVII · Manuel Rissi n'en croyait pas ses yeux.…
Manuel Rissi n'en croyait pas ses yeux. Il suivait les informations de vingt heures trente, attendant la diffusion de son allocution, et voilà qu'il découvrait sur
l'écran un Kermarian plus vivant que jamais ! Un Kermarian qui annonçait plusieurs mesures en faveur de l'émancipation des clones, et qui insinuait clairement que Rissi avait organisé un attentat contre lui.
— Justice sera faite, disait Kermarian. Je ne doute pas que les conspirateurs soient punis.
Le Grand Maître des Pénitents éteignit rageusement la tri-D.
— Ganoz ! hurla-t-il.
Son lieutenant se précipita.
— Vous m avez appelé ?
En entendant le cri du Grand Maître il l'avait cru attaqué par une horde d'assassins. Le trouver seul assis à son bureau, le surprit.
— Vous avez regardé les informations ?
— Non Je préparais votre intervention de demain...
— Kermarian a prononcé un discours.
— KermarianD ?
— Non Kermarian L'Original !
— Mais c'est impossible ! Il est mort !
— Je sais. J'ai moi même constaté sa mort. Les gens que nous avions envoyés au rendez vous pourraient-ils être de mèche avec lui ?
— Non, ce sont des hommes fiables, d'une fidélité et d'un fanatisme sans faille.
— Ou sont-ils ?demanda Rissi que le mot « fanatisme » n'avait même pas fait sursauter.
Ganoz comprit que le Grand Maître était profondément troublé. Il en conçut une certaine inquiétude.
— Eh bien... bafouilla-t-il, ils ont eu un... accident.
Comme vous le désiriez.
— Aucun survivant ?
— Aucun.
— Le corps de Kermarian, qu'est-il devenu ?
— Il a été transporté au 45, selon vos directives.
— Et ensuite ?
— La police a dû le récupérer après notre appel, je suppose. Mais... bon sang !
— Quoi ?
— Cet après-midi, j'ai entendu parler d'un véhicule qui a explosé sur la route de Manau. Aucun survivant, et les cadavres étaient méconnaissables !
— Vous pensez que Kermarian était dedans ?
Ganoz leva les bras en signe d'impuissance.
— C'est possible, mais comment en être certain ? En tout cas, s'il y a un autre Kermarian, je dirais que c'est fort probable.
— Mon Dieu, éclairez-moi ! supplia Manuel Rissi, enfouissant son visage dans ses mains. Kermarian est mort, nous en avons la certitude. Et pourtant il est apparu en direct aux informations ! Et ce ne pouvait être un clone, puisque son double se tenait derrière lui sur le plateau !
Le Grand Maître resta un long moment prostré. Puis il se redressa. '
— Bien sûr. Pourquoi n'y ai-je pas songé plus tôt ?
— Merci, mon Dieu, de m'avoir soufflé la reponse ! Le père de Kermarian était un biologiste travaillant sur le clonage ! Le Kermarian de ce soir était un clone ! Le diable ! « Puis la Bête viendra et dominera les hommes », d'après les Ecritures. Et je n'ai pas su reconnaître les signes, aveugle que je suis !
Le Pénitent se mit à arpenter la pièce en se frappant violemment la poitrine. Des larmes coulaient sur ses joues.
— Dieu ! s'écria-t-il. Nous sommes perdus ! L'Humanité est maudite !
Ganoz s'était écarté et l'observait avec inquiétude.
Manifestement, le Grand Maître était plongé dans des transes mystiques qui ne présageaient rien de bon.
— Je ne le permettrai pas ! Dieu ! Tu m'as choisi pour être Ton bras vengeur, et je frapperai pour Toi ! Les hommes ont adoré le veau d'or, ils seront punis car telle est Ta volonté !
Il se rua sur le télévid, tapa frénétiquernent un numéro sur le clavier.
— Que faites-vous ? demanda Ganoz, alarmé.
— Je vais informer l'opinion publique ! Tout le monde saura que Kermarian n'existe pas, qu'il n'y a qu'un clone multiple ! Une hydre !
— Vous ne pouvez pas faire ça !
— Cet homme est le diable ! Nous avons le devoir de le combattre par tous les moyens. L'Humanité est gangrenée, il faut amputer le membre malade !
— Vous allez déclencher une guerre civile !
— Dieu reconnaîtra les siens !
— Arrêtez, Rissi. Vous êtes fou !
Le grand Maître se tourna vers son Lieutenant.
— Si la folie est d'avoir raison contre tous, de lutter pour que s'accomplisse la volonté divine, alors je suis fou ! En vérité je vous le dis, Ganoz, l'heure du Jugement dernier a sonné. Les bons seront séparés des méchants !
D'un geste furtif, Ganoz fit glisser son lance-aiguilles dans sa main.
Sur l'écran était apparu l'indicatif de « Toute la
Vérité », le principal journal d'informations d'Eden.
Quelques secondes encore, et Rissi serait en liaison avec un journaliste. Le sort de l'Humanité serait joué.
Ganoz tira.
Les aiguilles perforèrent la toge bleu nuit, des reins jusqu'à la nuque. Le Grand Maître bascula en avant, par-dessus le télévid. Ganoz s'empressa de couper la communication.
Rissi mourait. Son regard rencontra celui de son assassin, n'y lut pas le moindre remords. Il ouvrit la bouche pour le maudire. Ses yeux se voilèrent, et sa tête retomba lourdement.
Très vite, Ganoz condamna les issues du bureau. Son arme était pratiquement silencieuse, et les détonations n'avaient certainement pas été entendues.
L'Humanité était sauvée pour le moment, mais son propre sort restait incertain. Si les Pénitents le trouvaient près du cadavre de leur maître, il ne donnait pas cher de sa peau. Il devait se débarrasser de cet encombrant colis. Un seul homme pouvait l'aider.
S'approchaut du télévid, il composa le numéro personnel de Kermarian.
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