Dérive 2 - le rire du Klone
Jon
Jon courait droit devant lui. Les aiguilles sifflaient autour de sa tête, écorchant les murs. Du crépi tombait parfois dans ses cheveux.
Les cris lui parvenaient de partout. La rue était bloquée. Il se jeta à nouveau dans les fourrés. Loin devant lui, quelque part dans le parc, un gosse hurlait. Ce devait être Don. Il avait été le premiertouché, quand les flics avaient surgi de tous côtés et que les aiguilles s'étaient mises à pleuvoir.
Pouvaient-ils prévoir, aussi, que les deux policiers qu'ils guettaient étaient bardés de métal comme de vrais gladiateurs, et que d'autres se tenaient sous le couvert des arbres, prêts à intervenir ?
Le souffle court, Jon se cacha derrière un buisson.
Ses poursuivants se rapprochaient, mais il n'avait plus la force de courir il lui semblait que sa portrine allait exploser
Pourvu qu'il n'aient pas de chiens !
— Il est par là ! Il n'a pas pu aller loin, le parc est cerné !
On le cherchait. Apparemment on ne cherchait que lui. Cela signifiait-il que tous les autres étaient capturés ou même morts ? Son cœur battait follement.
Il fallait qu'il retrouve sa respiration. Très vite. Il fallait fuir. Il y avait forcement une issue quelque part !
Mais il n'avait plus d'énergie, vidé par l'effort intense qu'il avait fourni. Il ne lui restait plus qu'à attendre d'être découvert.
Après quoi viendraient le jugement puis la rééducation Une ;jolie mémoire toute neuve. Il serait bon.
Tous ses souvenirs relatifs à sa mauvaise période — les psychologues appelaient ça la période de non-intégration, une belle formule — auraient disparu, gommés d'un coup. Et qui plus est, il n'aurair plus jamais envie d'être méchant.
Il oublierait les dernieres années }usqu'à cet instant, pour se reveiller complètement tourné vers le futur.
Mais il n'avait pas envie d'oublier. Il voulait vivre encore, et tel qu'il était !
Les flics étaient tout près. Leurs lampes projetaient des ombres grotesques et effrayantes qui se rapprochaient sans cesse. Il se renfonça encore plus sous son buisson. L'herbe lui chatouillait le nez, menaçait de le faire éternuer. Pourtant il demeurait collé au sol.
Son pied heurta soudain quelque chose. Un arbre ? Non.
Cétait dur; rond.
Doucement, il continua à reculer, tendit la main. Elle rencontra un anneau.
Un anneau de métal !
Une trappe d'entretien ! Plein d'un fol espoir, il essaya de la soulever. Elle céda sans difficulté. Les équipes de maintenance d'Eden, constituées en majeure partie par les jeunes qui n'étaient pas encore pourvus d'un clone et payaient ainsi leur tribut à la communauté pendant une année entière, passaient assez souvent pour que la végétation n'ait pas le temps de recouvrir les trappes que l'on trouvait partout dans le sol de l'Ile Spatiale.
Très vite, le jeune homme se glissa dans l'ouverture.
La trappe une fois rabattue sur sa tête, il dut se tenir courbé dans la minuscule cabine.
Il était dans l'obscurité la plus totale, mais renonça à allumer la lumière. Outre qu'il risquait de déclencher une catastrophe en manipulant à l'aveug1ette les innombrables manettes et fils électriques, il craignait que la trappe ne soit pas totalement étanche et laisse filtrer une lueur qui ne manquerait pas d'attirer l'attention de ses poursuivants.
Il resta ainsi plusieurs heures, à scruter l'obscurité, à écouter le silence.
Quand il ressortir, le jour était levé depuis longtemps.
Les policiers avaient fini par quitter le parc, convaincus qu'il était parvenu à s'enfuir.
Il se traîna dans l'herbe et, tandis que la vie revenait peu à peu dans son corps meurtri, sentit les larmes couler sur ses joues.
Il s'en était tiré, mais ses compagnons étaient morts ou emprisonnés. La police devait déjà être chez lui.
Il se releva. Il ne pouvait pas rester là. Les curieux ne tarderaient pas à affluer pour tenter de savoir ce qui s'était passé. Mais ou aller ?
Chancelant, il s'éloigna.
Deux bras jaillirent soudain d'un buisson et se refermèrent sur lui comme un étau. Une main noire se plaqua sur sa bouche pour l'empêcher de crier.
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