Dérive 2 - le rire du Klone
Jon
Jon ôta son blouson de laine et contempla le spectacle désolant de la salle à manger. Son père était affalé dans le fauteuil, son torse nu luisant de sueur. Devant lui, l'écran géant de la tri-D montrait le visage bouffi du docteur Druck.
Le visage mesurait au moins un mètre cinquante de haut. Sans le maquillage savant, on aurait pu distinguer tous les pores de la peau. Jon grimaça. C'était répugnant.
— Voyons, disait le bon docteur, je vous répète la question : de combien de satellites est entouré Jupiter ?
La caméra recula pour prendre le Dr Druck en pied.
Devant lui, un individu au faciès torturé se creusait les méninges. La question était d'importance.
— Papa, est-ce que je peux...
— Tais-toi ! J'écoute ! ,
Effectivement, son père avait cessé de mâcher le chewing-gum euphorisant qui lui emplissait la bouche. Il était agacé par le silence perplexe du candidat. Jon soupira. Du haut de ses dix-sept ans, les lunes de Jupiter ne lui apparaissaient pas essentielles.
Sa mère entra dans la pièce, apportant un verre. Sa robe était froissée, et son visage las. Son corps avachi avait mal supporté la charge des années. Pourquoi n'était-elle pas restée mince comme MurelD, son clone, qui avait su garder la taille de ses vingt ans ? Au point que le père rendait à présent beaucoup plus souvent visite à MurelD qu'à son O.
Bien sûr, chacune avait sa chambre. Les apparences étaient sauves. Mais il fallait passer devant celle de Jon pour gagner celle de MurelD. Et Jon ne dormait pas beaucoup.
Son père ne quitterait pas l'écran du regard. Quand ce n'étaient pas les Jeux de l'arène qui le rivaient à sa tri-D, c'étaient les débilités organisées par l'une des cinq chaînes. Pendant des heures, pour tout mouvement, il se bornait à tendre la main pour actionner la télécommande et passer sur un autre canal, chaque fois qu'un jeu se terminait. Miracle, il y avait toujours une chaîne sur laquelle un autre jeu commençait au même instant.
Heureusement qu'il avait la tri-D.
Jon renonça. Le jeu s'achèverait dans quelques minutes, et son père serait en retard pour prendre son poste, au central de la police. Cela le mettrait de mauvaise humeur, et il ne serait plus question de lui demander quoi que ce soit. Quant à s'adresser à sa mère...
Jon la chercha du regard. Elle se tenait à l'entrée du salon, debout, les yeux fixés sur l'écran géant, la bouche ouverte.
Le jeune homme reprit son blouson et sortit.
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« Il n'y a pas de bons clones. Les clones sont
des créatures infernales et, en tant que telles,
doivent être détruits jusqu'au dernier.
Alors seulement, l'humanité pourra implorer
le pardon de Dieu pour ses offenses. »
(Manuel Rissi, op. Cité)
CHAPITRE V
Manuel Rissi déploya le plan sur son bureau.
Ganoz se pencha pour mieux l'étudier. Le Grand Maître des Pénitents posa un index décharné sur la carte. Une fois de plus, Ganoz remarqua la longueur inhabituelle des ongles, et cela le mit mal à l'aise.
— Ils peuvent sortir ici, là ou là, dit le Grand Maître. Il faudra les cueillir à leur sortie. J'ignore pourquoi cet Ohman Deviler a choisi d'emmener le clone là-bas, mais à présent ils sont devenus trop dangereux. Vos hommes n'ont pas pu les suivre en secteur interdit, qu'ils ne les ratent pas à leur retour !
Rissi leva la tête et regarda Ganoz.
— À aucun prix le clone ne doit nous échapper ! Au besoin, qu'on le tue.
Ganoz sursauta.
— Le tuer ? Mais... j'avoue ne pas comprendre : voici quelques heures à peine, il nous le fallait vivant !
— Les choses ont changé. Maintenant, il connaît l'existence des...
Rissi ne termina pas sa phrase. Son lieutenant avait tendu l'oreille, subitement intéressé.
— De toute façon, trancha le Grand Maître, il est devenu trop dangereux. Il ne doit pas parler. À personne. Vous m'entendez ?
Ganoz hocha la tête. Son regard gris était à nouveau impénétrable, mais son cerveau analysait les maigres informations fournies par Rissi. Il y avait donc un secret dans le secteur interdit. Ce n'était pas simplement pour des raisons de sécurité que l'accès en était sévèrement réglementé.
Le lieutenant remisa cette énigme dans un coin de sa mémoire, se réservant d'y revenir dès qu'il en aurait
l'occasion.
— Et pour l'O ? demanda-t-il.
— Si vous réussissez à avoir le clone sans casse, tant mieux. Sinon...
Rissi balaya l'air de la main, comme pour chasser une mouche. Ganoz frissonna. Abattre un clone, passe encore, mais un humain...
— Allez, dit le Grand Maître. Et qu'on en finisse.
Ganoz salua et sortit. Tout en regagnant son bureau, il réfléchissait. Les deux cibles seraient-elles armées ?
Dans le doute, mieux valait mobiliser un maximum d'hommes. Une trentaine, pour couvrir les trois points.
Il referma la porte de son bureau derrière lui. Le mystere du secteur interdit l'intriguait décidément beaucoup.Il fallait capturer le clone suivant. Peut-être lui serait-il ainsi possible d'en apprendre davantage.
Il brancha l'interphone et convoqua son équipe.
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