Dérive 2 - le rire du Klone

Milan · Chapitre 2 sur 28

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Dérive 2 - le rire du Klone

Chapitre II · En arrivant au pied des contreforts rocheux,…

 

En arrivant au pied des contreforts rocheux, ils s'engouffrèrent dans un tunnel fortement éclairé par des plaques lumineuses disposées le long des parois.

Ils roulèrent pendant cinq cents mètres environ, avant qu'Ohman ne parque le véhicule. D'un coup d'œil, il avait remarqué que la batterie n'était plus en charge pleine. Il se rangea sur un emplacement spécialement prévu à cet effet, juste au-dessus d'une petite plaque métallique d'une trentaine de centimètres de côté. La plaque disparut dans le sol, et un manchon de plastique émergea lentement, tel un gros serpent. Il vint s'encastrer dans un orifice ménage sous le véhicule et commença à recharger lentement la batterie À la fin de cette opération, un voyant lumineux s'alluma sur le tableau de bord

Sans attendre, RoyD et Ohman s'éloignèrent.

Un second véhicule était entre dans le tunnel et avait stoppé près du leur. Deux hommes en descendirent RoyD ne leur prèta pas attention

Il avait d'autres pensées en tête.

La route se terminait non loin de là, sur une série de larges portes. Chacune portait un numéro correspondant à une unite de production La porte marquée 34 s'ouvrit pour laisser passer deux hommes qui les croisèrent sans leur accorder un regard, absorbés dans une discussion technique

— Qu'est ce que nous venons faire ici ? Demanda RoyD en accélérant le pas pour se maintenir à la hauteur d Ohman.

— Tu trouvera ici une bonne raison de poursuivre la lutte Je vais te montrer quelque chose qui me donne honte d'être humain, d'être un O.

Ils franchirent la porte et débouchèrent dans un couloir étroit. Une pancarte accrochée au plafond en barrait toute la largeur « Réservé au personnel muni d'une carte verte », annonçaxt elle

J'ai une carte verte précisa Ohman, devinant l'inquiétude du clone.

Un peu plus loin, une nouvelle porte fermait le couloir. Ohman pressa le bouton situé sur la paroi de gauche, et les battants s'ouvrirent avec un chuintement sur un poste de garde Un homme vétu d'un uniforme bleu les examina avec méfiance. Surpris, Ghurdal nota qu'il s'agissait d'un O.

Ils s'avancèrent.

— Qu'est-ce que vous faites là ? s'enquit le garde.

Pour toute réponse, Ohman sortit sa carte.

Le garde la vérifia et la lui rendit.

— Pour vous ça va Mais lui ?

— Cette carte est de type trois. Elle m'autorise à amener quelqu'un avec moi.

— Je suis desolé, monsieur, l'autorisation ne vaut pas pour les clones.

Le visage d'Ohman s'assombrit.

— Ecoutez dit-il. Je m'appelle Ohman Deviler.

C'est écrit sur la carte.Je suis responsable des recherches du secteur numéro quatre ! À ce titre,j'ai le droit d'introduire ici qui je veux !

— Attendez, je vais me renseigner, repondit le garde qui ne tenait visiblement pas à commettre une bevue.

Si Ghurdal n'avait pas été encore sous le choc de sa querelle avec Sharon il n'aurait pas manqué de s'étonner du titre dont se parait son compagnon « Responsable des recherches » !Il se serait sans doute demandé ce que pouvaient bien être ces recherches, alors que, dans tous les domaines on se contentait en général de reproduire ce qui s'était fait par le passé. Mais l'esprit du clone était allleurs.

Il ne s'inquiéta même pas lorsque le garde s'enferma dans sa guérite de verre pour pianoter sur les touches d'un télévid.Il esquissa un geste et un claquement sec retentit derrière les visiteurs.

Le bruit parut réveiller le clone qui prit soudain conscience de la situation.

— Qu'est-ce qu'on fait? s'enquit-il. On file?

—Trop tard. Il vient de bloquer la porte. Et si l'alerte est donnée, nous n'aurons même pas le temps de regagner la voiture. Cet endroit est vital pour la colonie.

Il est infesté de gardes.

Ghurdal grimaça. Il reprenait peu à peu le sens des réalités et se demandait s'il ne s'était pas fourvoyé en se fiant aveuglément à Ohman. Le désir d'anéantissement qui l'avait submergé commençait à refluer, remplacé par l'instinct de conservation.

— Je suis désolé de t'avoir entraîné jusqu'ici, murmura Ohman. Mais je pensais sincèrement qu'avec ma carte nous ne rencontrerions aucune difficulté.

Le clone grogna quelques mots inintelligibles.

Depuis sa cabine, le garde leur jeta un coup d'œil intrigué. Manifestement, les deux visiteurs etaient nerveux. Et le seul homme susceptible de l'autoriser à les laisser passer, le professeur Kinski, ne répondait pas. Il devait se trouver dans quelque laboratoire et avait sans doute omis d'emporter son mouchard.

Le garde se demanda un instant s'il n'aurait pas intérêt à appeler son capitaine. Après tout, ce genre d'affaire dépassait sa compétence, et il était déjà bien bon de tenter de joindre Kinski pour ça ! Sans compter que s'il le dérangeait pour rien...

L'écran s'alluma.

Machinalement, le garde rectifia la position.

— Lieutenant Volpé, porte quatre, annonça-t-il.

Le visage de Kinski, sur l'écran, reflétait l'agacement de quelqu'un qu'on importune au mauvais moment. Le lieutenant Volpé déglutit. _

— J 'ai ici un homme muni d'une autorisation de type trois qui prétend faire entrer un clone dans le secteur 4/4.

Kinski eut une moue excédée.

— C'est interdit ! Il ne le sait pas ?

— Il a insisté...

— Comment s'appelle-t-il ?

— Viler, Vilar, quelque chose comme ça...

— Montrez-le-moi.

Le garde tourna une molette sur son clavier, et la caméra pivota pour se braquer sur les visiteurs.

« Cette fois-ci, nous sommes cuits ! » pensa RoyD en détoumant légèrement la tête.

Sur son propre écran, le lieutenant Volpé vit que Kinski levait un sourcil, d'un air sidéré.

Kinski fit pivoter son fauteuil, retira ses lunettes, et se pencha sur son écran pour mieux voir. Non, il n'y avait pas de doute. C'était bien Ohman Deviler. Et accompagné de GhurdalD encore ! Que diable voulaient-ils ?

Comme dans une partie d'échecs, le cerveau du scientifique se mit à fonctionner en termes de mouvements, de coups, et de temps.

Le garde se taisait, comprenant que le problème se situait a présent très au-dessus de lui.

Kinski examina rapidement les données en sa possession. Si Ohman voulait introduire RoyD Ghurdal dans le secteur 4/4, cela ne pouvait signifier qu'une chose : il avait décidé de lui montrer les Infras.

Pourquoi ?

La question restait sans reponse. Les laisser attendre dans ce couloir accroissait sérieusement les risques qu'ils se fassent repérer. Par contre, s'ils pénétraient dans le secteur interdit, il serait possible de les récupérer à la sortie. En leur donnant l'autorisation qu'Ohman réclamait, il gagnait donc du temps. Il en profiterait pour contacter les Huit et faire le point sur la nouvelle situation.

— Qu'ils passent, dit-il finalement. J'en prends la responsabilité.

Le garde, qui avait eu soin d'enregistrer la communication, fut soulagé. Le problème se résolvait en douceur. Et on n'aurait rien à lui reprocher.

Il pianota sur un clavier.

Une porte, face à celle par laquelle les visiteurs étaient entrés, s'ouvrit. Ohman salua le garde d'un hochement de tête et passa le premier.

Le garde lui rendit son salut, et regarda les deux silhouettes s'éloigner dans le couloir.

La porte se referma derrière eux.

RoyD jeta un coup d'œil inquiet par-dessus son épaule.

— Que s'est-il passé ? demanda-t-il.

— Je suis connu par ici. Sans doute le supérieur de ce garde a-t-il estimé que je devais avoir de bonnes raisons pour t'amener dans ces lieux.

Le couloir aboutissait à un escalier qui débouchait directement sur un quai auquel était arrimée une sphère métallique d'une dizaine de mètres de diamètre.

Trois rampes permettaient d'accéder à trois niveaux différents de la sphère qui comportaient chacun une porte, ouverte.

Ils étaient seuls, apparemment. Ohman s'engagea sur l'une des rampes et pénétra à l'intérieur de la sphère !

Elle ne contenait que des rangées de fauteuils

RoyD examina le décor avec curiosité. C'était la première fois qu'il se trouvait à bord d'un Transport de Main-d'Œuvre.

— Où allons-nous ? interrogea-t-il.

Ohman appuya sur le bouton près de la porte qui se referma lentement, tandis qu'un panneau lumineux avertissait les passagers que le départ était imminent, qu'ils devaient gagner leur siège et s'attacher.

— En enfer ! répondit Ohman après un long silence.

Il s'assit à côté de RoyD et boucla sa ceinture.

Il y eut un claquement à peine perceptible, et ils se sentirent plaqués au dossier de leur fauteuil.

Les TMO étaient des véhicules utilitaires. Nulle ouverture n'avait été prévue pour permettre aux ouvriers se rendant sur leur lieu de travail d'admirer les étoiles. RoyD le déplora un court instant. Ce voyage était une nouveauté pour lui. Jamais encore il n'avait visité une usine. Il en avait vu à la tri-D, bien sûr. Mais ce serait la première fois qu'il découvrirait les véritables centres de production d'Eden.

Il aurait aimé regarder approcher les énormes cylindres écrasés, apercevoir les câbles d'amarrage qui saisiraient leur sphère en pleine vitesse, pour la freiner et la déposer dans le berceau qui l'attendait.

Il voulut parler, mais constata que son compagnon ne semblait guère goûter les charmes du voyage.

Tassé sur son siège, les mains crispées sur les accoudoirs, Ohman gardait les yeux obstinément rivés au sol.

— Ça ne va pas ? demanda RoyD, soudain inquiet.

Le biologiste répondit par un grognement. Puis, comme RoyD n'était évidemment pas responsable de son malaise, il expliqua :

— Je ne supporte pas l'espace. Je ne peux plus le supporter depuis...

RoyD n'insista pas, peu soucieux de rouvrir d'anciennes blessures.

Déjà, ils se soulevaient de leur fauteuil et se seraient mis à flotter dans l'air si leur ceinture de sécurité ne les avait retenus.

Le voyage durerait une dizaine de minutes. Dix minutes, et ils auraient parcouru les cent cinquante kilomètres les séparant des unités de production.

 

« Si les Iles Spatiales deviennent productrices

d'énergie, nous perdrons tous nos marchés en

très peu de temps. Nous devons donc dans

l'immédiat lutter contre la construction de ces

Iles ! »

(Ali Ben Sakhal. Conférence

OPEP — Pays exportateurs

d'uranium, 3 mai 1996)

 

CHAPITRE III

 

OhmanD fit un petit signe par la fenêtre du salon et se retouma. Pendant que son O s'occupait de RoyD, lui allait s'occuper de Sharon.

Toujours secouée par les sanglots, la jeune femme dissimulait son visage dans ses bras. Elle était allongée sur le divan, et sa robe dégrafée laissait clairement deviner les causes de sa dispute avec RoyD.

Les circonstances exactes restaient encore un mystère pour le clone, mais il pensait avoir une idée assez juste sur la question.

Il s'approcha et s'assit sur le divan, juste à côté de la chanteuse.

— Calme-toi, murmura-t-il en lui rajustant ses vêtements.

ll lui caressa les cheveux.

— C'est fini, petite fille. Il ne faut plus pleurer.

Au son de la voix, elle avait reconnu OhmanD. Elle regretta un court instant que le clone, et non l'Original, soit venu la consoler, et ce regret déclencha une nouvelle crise de culpabilité. Ses larmes redoublèrent,

— Cest fini, murmurait OhmanD d'une voix apaisante.

Il lui parlait comme à une enfant. De fait, il la considérait un peu comme son enfant. Même si son O était plus proche que lui de la jeune femme, le clone éprouvait pour elle une sincère affection.

— Si tu savais... bredouilla-t-elle entre deux sanglots. Si tu savais... Je suis ignoble !

Sans répondre, il la prit contre lui.

— Non, dit-il enfin. Tu es le produit de notre société.

— Mais je t'ai repoussé !

La crise de nerfs était passée, Sharon ne pleurait presque plus.

— Nous nous embrassions, expliqua-t-elle. Et puis, d'un seul coup, il s'est écarté de moi, et j'ai vu sa main noire sur moi. Cela m'a révulsée. Je ne sais plus ce que j'ai fait...

OhmanD hocha la tête avec commisération. Blottie contre lui, la jeune femme ne pouvait pas voir la profonde tristesse que reflétait son visage.

OhmanD le cynique ne ricanait pas en cet instant.

— Quand tu l'as embrassé, murmura-t-il, tu as cru retrouver son O.

— Oui.

— Tu as joué à croire que c'était à nouveau Roy qui te tenait dans ses bras.

— Oui, mais...

— Et puis, brusquement, tu t'es réveillée, et tu en as voulu à RoyD de n'être qu'une copie !

La jeune femme secoua la tête et enfouit son visage entre ses mains.

— Je suis ignoble !

— Peut-être. Il faudrait surtout que tu cesses de considérer RoyD comme l'ombre d'un mort. Il est la réplique de son O, c'est vrai. Comme un fils est la réplique de son père, pas plus. Un clone a le même corps, et les mêmes souvenirs que son O lorsqu'il sort du Transfert. Cependant, après dix ans de vie réelle, il est lui-même !

OhmanD se tut un instant. Sharon l'écoutait. Il ne pouvait pas voir son expression que ses cheveux lui cachaient, mais il devinait ses yeux écarquillés comme pour mieux comprendre ce qu'il disait.

— RoyD est un clone. Et un clone est un véritable être humain ! Il a des pensées, des sentiments, il aime et souffre comme un O! Mais pas comme son O !

OhmanD s'interrompit. Un O, quel qu'il fût, pouvait-il réellement comprendre et admettre cela ?

— Si tu cherches en RoyD uniquement ce que tu as perdu avec la mort de son O, abandonne. Tu ne récolteras que le malheur et la souffrance. Mais si tu penses trouver en lui quelque chose que son O n'avait pas, tu es sur la bonne voie. Il n'a rien de commun avec Roy ! Roy était timoré, hésitant, beau parleur, mais inactif'.

La Jeune femme eut un sursaut.

— Ne proteste pas tu sans que c'est vrai. Et regarde RoyD à present ! il est le fer de lance d'une organisation armée qui entend bousculer les fondements même de cette societe ! Roy n'aurait jamais constitué un tel groupe Il n'aurait même jamais créé le Mouvement pour l' Emancipation !

— Il en parlait pourtant beaucoup !

— Il en parlait, c' est ça. Depuis des années et sans résultat. RoyD lui a fonce

— Les évènements ...

— ...sont ce que l'on en fait ! Sois lucide ! Il n a pas du tout le même comportement que son O. Il est plus renfermé, plus taciturne. ll semble porter toute la misère du monde sur ses épaules ! RoyD est le clone de Roy d'accord. Mais ce sont deux hommes totalement différents !

Il se tut et Sharon s'abîma également dans le silence.

Soudain, il séaperçut qu'elle pleurait à nouveau.

— Qu est ce qu il y a? S'inquieta-t-il.

— Je ne sais plus ou j'en suis avoua t elle.

OhmanD la repoussa doucement et se leva Soudain, il arborait un sourire ironique.

— C'est bon signe ! dit il. C'est que tu gueris.

Mais Sharon ne semblait pas de cet avis. Elle secouait la tête en marmonnant des paroles innintelligibles.

Le clone, qui espérait que son long discours porterait ses fruits, la regarda avec perplexité.

— Je vais quitter le Mouvement, annonça-t-elle tout à trac.

— Mais oui !

— Je ne plaisante pas. Je ne suis pas digne de rester parmi vous. J'ai trop honte. Je ne pourrai jamais reparaître devant RoyD.

Mais si ! Je suis sur qu'il te...

— Non. Je suis une garce ! Je n'ai rien à faire avec vous.

OhmanD eut une moue ennuyée.

— Attends ! Inutile de s'énerver. Je vais te reconduire chez toi et tu avaleras deux ou trois euphors. Tu en as ?

Comme la jeune femme ne répondait pas, il disparut dans une pièce voisine et rapporta une boîte de pilules.

— C'est la mienne expliqua-t-il. Ils sont très légers, on peut en prendre plusieurs sans danger.

Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas eu recours aux euphorisants, songea t il. Cela datait... Oui, cela datait de la mort de Ghurdal. Et de la création du Mouvement.

Il considera pensivement la petite boîte et la rangea dans sa poche

— Je te ramene chez t0i, dit il Tu vas te coucher avec deux de ces pillules. Quant tu te réveilleras, tu verras que tout ira mieux.

Il l'aida à se relever et la dévisagea. Les larmes n'avaient pas commis de dégats irréparables.

— Je te donne deux minutes pour te refaire une beauté, et nous partons.

Il préférait qu'elle rentre chez elle. Psychologiquement, il n'était pas bon de rester dans les lieux où elle venait de vivre une scène pénible. En se réveillant dans son décor familier, elle reprendrait plus facilement goût àla vie.

Tout de même, il espérait qu'elle n'envisageait pas sérieusement de les quiter !

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