Dynamique De Groupe

Alain Mourgue · Chapitre 19 sur 34

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Dynamique De Groupe

Blandine

Ils ont fini par reprendre leurs esprits et à se relever. Je crois que Thomas a giflé Blandine en lui intimant l’ordre de ces-ser de pleurnicher et de se taire alors qu’elle était silencieuse et qu’elle ne pleurait pas. J’ai mis ce geste au compte de la nervosi-té bien compréhensible en une telle circonstance.

Il était néanmoins temps de clore l’épisode. Au-delà, il y avait un risque réel de dérapage violent qui pouvait tourner mal.

Je me suis approché de Blandine. Je l’ai essuyée tout en la rassurant et en lui disant qu’elle avait été très bien et très coura-geuse. J’ai ajouté que son père serait fier d’elle. Elle s’est calmé au bout de quelques minutes. C’est une jeune fille très bien pré-parée. Elle a toutefois commencé à se plaindre d’avoir mal. C’était normal après un tel déchaînement.

Pendant ce temps Pierre, Thomas et Mathieu se sont revê-tus et sont sortis pour aller se doucher et se changer avant le déjeuner. »

* * *

« Blandine, approche et dis-moi, si tu en as le courage, comment tu as vécu cela. »

* * *

 

BLANDINE

 

« Ce matin là, Emmanuel m’a réveillé de bonne heure. Il voulait m’exposer plus en détail le rôle que je devais jouer. Il m’a expliqué que je serais une jeune fille désirée et aimée par plusieurs hommes, qu’ils regarderaient mon corps puis le cares-

 

– 74 – seraient longuement. Je devrais également les caresser s’ils me le demandaient. Afin de ressembler au personnage qu’il avait imaginé, il m’a demandé de me coiffer et de me maquiller. Il a placé devant moi une photo de jeune fille en m’indiquant que je devais m’en servir de modèle. J’ai du maquiller mon visage et le reste de mon corps. Il m’a fait mettre du rouge à lèvre sur la pointe des seins et j’ai enduit de vernis les ongles des mains et des pieds. Il m’a parfumé partout puis m’a apporté une paire de bas, une robe et une paire d’escarpins. Tout était noir. Il avait choisi cette couleur pour faire ressortir la blancheur de ma peau et le blond de mes cheveux.

J’ai cherché mes sous-vêtements. Il m’a rétorqué que le personnage n’en portait pas. J’ai enfilé la robe et je me suis aperçue qu’elle était si courte et si moulante qu’elle laissait voir ma peau au-dessus des bas. J’ai tenté de l’allonger en tirant de mes deux mains. Il m’a suggéré de n’en rien faire en m’expliquant avec le sourire que les hommes aiment bien le haut des bas. L’échancrure du décolleté découvrait presque toute ma poitrine.

J’avais du mal à marcher avec les hauts talons aiguille de mes chaussures. Ils me donnaient une démarche chaloupée qui accentuait la minceur de mes jambes et le mouvement de mes fesses.

Il m’a demandé de boire un liquide en me disant qu’il contenait un médicament contre l’angoisse.

Il m’a ensuite conduit auprès de mon père en le priant de se tenir prêt pour le moment où il lui ferait signe de venir avec moi. Mon père m’a dit que j’étais très belle et qu’il comptait sur moi.

La présence de ces hommes et cette femme, dont les re-gards se fixaient sur moi m’a fait comprendre que j’avais un rôle

 

– 75 – important à jouer. Cela m’a rappelé la cérémonie du baptême et la fête qui a suivi. J’étais là, presque nue et il ne faisait pas très chaud.

Très vite tout est devenu facile. J’ai senti une sensation bi-zarre m’envahir ; comme si je sortais de mon corps et que je me regardais agir. C’était moi et ce n’était pas moi. Emmanuel m’a confié à eux. Il ne m’avait pas parlé de ciseaux et j’ai du avoir peur quand l’un des hommes, grand et costaud s’en est emparée et a découpé ma robe comme s’il voulait m’ouvrir le ventre.

Ils m’ont lancé des insultes au visage en me saisissant bru-talement.

J’ai ressenti tout à la fois de la honte de la peur et de la douleur.

Lorsqu’ils m’ont déchirée, j’ai peut-être crié ou eu envie de le faire, je ne sais plus. J’ai ressenti une intense brûlure se ré-pandre en moi comme une onde de plus en plus large. Peu à peu, mon corps est devenu insensible, comme s’il s’était détaché de moi. Je ne sentais que l’odeur fauve des corps qui s’agglutinaient au mien et qui me secouaient sous leurs coups de boutoir.

J’ai perdu la notion du temps. J’entendais des voix, des cris et des rires. J’étais plongée tantôt dans une étouffante et écœu-rante obscurité et tantôt placée sous une lumière aveuglante. Mes jambes s’écartaient puis se repliaient contre moi. Mes poi-gnets étaient immobilisés et ma bouche obstruée. J’ai décidé de ne plus m’intéresser à cette autre moi-même. J’ai pleuré, je crois, je ne m’en souviens plus. Je me suis retrouvée, beaucoup plus tard, dans ma chambre, étendue sur le lit, un drap tiré sur moi. Mon ventre et mes reins étaient en feu. Emmanuel était tout prés. Il m’a caressé doucement le front. Il a posé ses lèvres sur les miennes et m’a déclaré que j’avais été parfaite, qu’il était

 

– 76 – fier de moi. Il m’a fait avaler un cachet pour m’aider à me repo-ser. J’ai dormi jusqu’au soir.