Dynamique De Groupe

Alain Mourgue · Chapitre 2 sur 34

Pages du PDF

Dynamique De Groupe

Chapitre 1Ouverture

CHAPITRE 1

 

OUVERTURE

 

EMMANUEL

 

« À la demande de mes clients, j’organise des sessions de formation sous la forme de séminaire. Cette formule permet de réunir un petit nombre d’individus dans un lieu isolé propice à une libre expression, loin de tous repères familiers et quoti-diens. Le nombre de participants ne doit pas excéder la dou-zaine ni être inférieur à cinq afin d’offrir les conditions optima-les d’une dynamique de groupe. Par principe, les personnes ne doivent pas se connaître et il est souhaitable qu’elles aient des profils différents. Leur point commun est d’être des cadres à haut potentiel, ambitieux et repérés par leurs employeurs ou des cabinets de recrutement comme pouvant devenir des cadres dirigeants.

Comme je l’ai évoqué précédemment, le concept que j’ai élaboré repose sur le principe de la libération de l’énergie vitale. Je m’explique : Si chacun d’entre-nous possède à un degré va-riable l’instinct de survie, il n’en va pas de même pour d’autres qualités. Tous les individus ne possèdent pas l’énergie néces-saire pour diriger, convaincre, dominer, conquérir. Il ne s’agit pas seulement de l’aspect physique qui peut inspirer admira-

 

– 13 – tion, désir ou crainte ou de l’intelligence ou encore de l’instruction ou de l’éducation, mais de ce que l’on appelle le charisme. Une sorte de magnétisme, de fluide, qui émane des profondeurs de l’être et qui emporte l’adhésion, la confiance et l’obéissance des autres. Ma méthode consiste à repérer les indi-vidus pourvus de ce charisme qui est la condition minimale pour prétendre à être chef et à libérer en eux les forces qui vont leur permettre d’utiliser leur capacité de conviction pour deve-nir des leaders.

Cette énergie est généralement bridée par notre éducation, notre culture. Nous n’osons pas dire ou faire telle ou telle chose parce que nos maîtres à penser que sont nos familles, nos ensei-gnants, les religieux ou les philosophes, nous confectionnent un mode d’emploi social standardisant nos pensées et nos compor-tements par référence à la dualité du bien et du mal. Il y a le permis et l’interdit, le souhaitable et le blâmable, le correct et l’indécent, etc. etc. Bref ! Nous sommes dressés pour vivre en société en êtres domestiqués et normalisés. Toute déviance est suspecte. Dans ces conditions notre société produit des indivi-dus semblables les uns aux autres, voire interchangeables. C’est le règne de la moyenne, donc de la médiocrité. Or, être un chef, c’est être capable de se placer au-dessus et au-devant de la foule pour indiquer la direction, insuffler l’énergie créatrice, commu-niquer la force qui renverse les montagnes. Pour devenir un chef il faut oser transgresser l’ordre établi, bousculer les habitu-des et les rentes de situation. Il faut savoir s’affranchir, lorsque c’est nécessaire, des interdits légaux ou moraux qui sont, certes, une garantie de paix sociale mais qui contraignent les cham-pions à courir avec des semelles de plomb.

On ne gagne pas les compétitions avec l’arsenal commun. On les remporte avec des ressources spécifiques puissantes. L’énergie vitale est le stimulant, j’oserais dire le dopant, du lea-der.

 

– 14 –

À l’ouverture du séminaire que j’anime, je commence d’abord par confronter les participants à leurs inhibitions cultu-relles dont ils doivent prendre conscience afin de s’en défaire. Cette étape repose sur quelques exercices simples, à commencer par une analyse critique de la manière dont chacun se présente devant le groupe. Mon rôle est de faire jaillir le non-dit, de révé-ler la réalité qui se cache presque toujours derrière un discours convenu. D’autres exercices sont destinés à débarrasser les sta-giaires des inhibitions qui les paralysent souvent en public… pudeur, sens du ridicule, bonne éducation…

Au terme de cette étape, mes élèves doivent se sentir plus légers, débarrassés des entraves qui leur empoisonnent la vie en les empêchant d’exprimer librement leur personnalité.

Ils doivent être capables de franchir une seconde étape plus difficile. Ils sont alors confrontés à la nécessité de transgresser des règles morales et sociales. C’est un cap décisif dans le pro-cessus de libération de l’énergie vitale. Certains refusent de franchir cet obstacle à cause de leur éducation, de leurs convic-tions philosophiques ou religieuses qui sont trop fortes, trop profondes, et qui verrouillent leur flux énergétique.

Ceux-là prennent alors conscience qu’ils ne deviendront pas des chefs au sens exact du terme. Ils seront peut-être de bons gestionnaires, de bons administrateurs, d’excellents assis-tants mais pas des guides. Ils ne deviendront jamais des pre-miers de cordée.

Cet exercice permet aux postulants de les libérer et leur ré-véler leurs immenses capacités. Ils prennent conscience de la solidarité qui naît naturellement entre les quelques élus dont ils sont ou seront. Ils n’accomplissent pas cet acte libérateur dans leur intimité mais ils l’accomplissent ensemble sous le regard de chacun. Ils en assument les conséquences solidairement et doi-vent respecter un certain nombre de règles. Une d’entre-elles

 

– 15 – est le devoir de silence sur cette épreuve d’initiation. Le fait que les participants ne se rencontrent peut-être jamais plus après ce stage favorise une expression plus libre.

Cela étant exposé, je dois évoquer à nouveau l’organisation et la phase préliminaire du séminaire dont il est ici question.

Le groupe des stagiaires comptait six personnes. Cinq hommes et une femme. Je souligne, à ce sujet, que les femmes franchissent rarement avec succès la seconde étape de mon pro-cessus de formation. Peut-être possèdent-elles un self-contrôle plus fort que les hommes ou bien est-ce du au fait qu’elles se retrouvent généralement en minorité au sein des groupes ?

Comme à l’habitude, j’ai chargé Jean-Baptiste d’adresser les convocations deux semaines auparavant et je lui ai demandé de préparer et d’assurer l’accueil ainsi que le bon déroulement du séminaire à notre centre de la Grande Combe.

Par principe, je n’assiste pas à l’arrivée des stagiaires le premier soir. Ils me découvrent le lendemain matin à l’occasion de notre tour de table de présentation. Tout au long du sémi-naire j’évite de prendre les repas à leur table, préférant les lais-ser parler entre eux librement. Cela procède également du pro-cessus de construction de l’esprit d’équipe. Je prends mes repas dans une autre pièce en compagnie de Jean-Baptiste.

Je dispose d’une fiche de renseignements très détaillée sur chacun qui me permet de préparer mes interventions et surtout d’observer la manière dont chacun se présente, ce qu’il accepte de dire et surtout ce qu’il tait. Je peux alors relancer le ques-tionnement et provoquer les réactions.

 

– 16 –