Dynamique De Groupe

Alain Mourgue · Chapitre 6 sur 34

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Dynamique De Groupe

Aïcha

Notre guide nous a expliqué que cette galerie circulaire était utilisée par le seigneur des lieux comme une loge lui per-mettant d’assister aux offices sans avoir à se mêler aux servi-teurs. Une porte dérobée permet d’y accéder depuis une cham-bre.

Notre visite s’est terminée à la bibliothèque. Parmi les ou-vrages, j’ai remarqué l’édition originale et complète des Fables de la Fontaine ainsi que de l’Encyclopédie. Les autres livres étaient consacrés essentiellement à l’histoire, à l’art militaire et à l’agriculture. Il y avait également quelques auteurs grecs et latins. J’ai remarqué des ouvrages plus récents, certains relatifs à la psychologie, à la sociologie, à la religion et aux sciences éso-tériques.

Nous avons remercié notre hôte et avons regagné nos chambres peu avant minuit.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner pris au salon, j’ai parcouru à pied les allées du parc. L’air était froid et vivi-fiant. Le ciel s’était dégagé. »

* * *

 

AÏCHA

 

« J’ai quitté Paris en milieu de matinée. Un taxi m’a conduit à la gare de Lyon. Je n’aime pas emprunter les trans-ports en commun. Nous sommes serrés les uns contre les au-tres. Je déteste le mélange de parfums bon marché et de sueur. Je ne supporte pas cette promiscuité contrainte, les corps qui s’appuient contre moi, les haleines sur mon visage. Je n’ai pas

 

– 31 – trop songé au séminaire durant le voyage. J’ai emporté avec moi l’ouvrage que je suis en train de lire : Belle du seigneur.

J’ai déjeuné au buffet de la gare dès ma descente du train, ce qui m’a permit d’attendre sans trop d’impatience ma corres-pondance. Je me rappelle avoir fait un tour à pied dans le quar-tier proche de la gare.

Le trajet en autorail n’a pas été très long. Je n’ai pas prêté attention aux autres passagers qui occupaient le wagon. Lorsque je voyage seule je préfère paraître occupée afin de dissuader d’éventuels importuns.

J’avais retenu un taxi pour me conduire au centre car je re-doutais de ne pas en trouver à mon arrivée. J’avais lu sur un guide que l’autorail faisait halte dans une petite bourgade. Je ne connais pas du tout la région.

J’ai ressenti comme une légère bouffée d’angoisse en arri-vant. Peut-être était-ce l’accouplement inquiétant de l’obscurité et des murailles ? J’ai été accueilli aimablement par Jean-Baptiste qui, toutefois, a semblé surpris de me voir. Il m’a conduit jusqu'à ma chambre. Une très jeune fille était à ses cô-tés. Elle était blonde avec de grands yeux bleus, à la peau très blanche et certainement très douce. Il se dégageait d’elle quel-que chose de curieux, dérangeant, comme un parfum d’innocence frelatée. Ce n’est que le soir, en me couchant, que cette curieuse sensation m’est revenue à l’esprit. Peut-être est-ce parce qu’elle était vêtue comme une petite fille, jupe courte et ample, chemisier blanc. Elle était légèrement maquillée. Cela ne m’avait pas frappé sur l’instant. Je me suis souvenu qu’elle avait les yeux soulignés de noirs et les lèvres trop rouges. Elle m’a aidé à porter ma valise. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de Blandine.

 

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J’ai rangé mes affaires. J’ai entendu des pas dans la galerie et le claquement d’une porte. J’ai songé qu’il s’agissait proba-blement d’un de mes futurs collègues de stage.

J’ai pris un bain. J’ai toujours l’impression d’être sale après avoir voyagé. On transpire. Il y a la poussière, les odeurs qui collent aux cheveux. J'ai ouvert le petit paquet cadeau posé sur ma table de nuit. C’était un livre au format de poche avec une jaquette de couleur verte. Son titre était Énergie vitale et culture. J’ai noté la mention de deux éditeurs, l’un en Suisse et l’autre au Canada. Son auteur n’est autre qu’Emmanuel. J’ai glissé l’ouvrage dans ma valise.

Je me suis ensuite rendue au rez-de-chaussée où se trou-vaient déjà deux ou trois hommes. Celui qui s’est présenté sous le nom de Pierre portait un costume bleu nuit de bonne coupe. Sa cravate, par contre, dénotait une mauvaise maîtrise du bon goût. Elle était bariolée avec, en surimpression, des personnages de Disney. Il m’a fait une impression désagréable. L’instinct fé-minin ? Il avait la carrure d’un sportif. Cheveux châtains coupés court et de petits yeux d’un bleu métallique, froids et cruels. Je l’ai vu de suite comme un dominateur plutôt qu’un séducteur. Il n’a rien fait, du reste, pour me séduire. Au contraire ! Il m’a déshabillé du regard comme un maquignon qui évalue un ani-mal. Il y avait dans son regard de la brutalité et de la convoitise mêlées au mépris. J’ai senti en lui un ennemi mais je ne peux pas dire exactement pourquoi. Tout cela est très… Comment dire ?… Très animal. Les sentiments produisent des odeurs. Les animaux les captent bien. Nous les humains, nous avons asservi depuis longtemps nos sens à notre raison. C’est bien dommage car les sens ne trompent pas. Je crois que les femmes sont plus sensibles que les hommes qui n’ont conservé de l’animalité que la brutalité. Ils sont moins subtils. Ils ne croient que ce qu’ils voient, touchent ou entendent. Ils ne sont pas sensibles à l’invisible. Une femme ressent très bien l’atmosphère qui l’entoure.

 

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