Dynamique De Groupe

Alain Mourgue · Chapitre 3 sur 34

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Dynamique De Groupe

Pierre

J’étais à la Grande Combe dès le début de la matinée. Les premiers stagiaires sont arrivés en milieu d’après-midi. »

* * *

 

PIERRE

 

« Je connais Emmanuel depuis plusieurs années. Son cabi-net de conseil travaille pour la société qui m’emploie. Nous avons sympathisés rapidement. Ce qui m’a vraiment accroché, c’est sa conception du chef. C’est du solide, du vrai ! J’imagine que cela n’a pas fait jouir tout le petit monde des managers sa-lonards et mondains formés au socialement correct. Allez ! … Permettez que je me lâche… Je dois dire que ça fait bander… Désolé pour les dames ! Emmanuel a une conception virile du chef. J’ai tout de suite marché. J’ai lu ses bouquins mais ils ne m’ont rien appris de plus que ce qu’il m’avait dit.

Alors vous pensez bien que lorsque j’ai reçu la convocation et que j’ai vu que c’était avec lui ! Pas de problème !

J’ai tiqué quand j’ai vu que sur la liste des inscrits il y avait une demoiselle Aïcha Machin. Une bonne femme au milieu de quelques gars c’est le bordel assuré ! Je ne veux pas ceci ! Je ne veux cela ! Respectez-moi ! Contrôlez vos paroles, et vos gestes, et patati ! Et patata ! Elles veulent devenir des chefs mais elles exigent que tout à la fois on les aime, on les respecte et les ad-mire. Un peu de séduction par-ci, un peu d’autoritarisme hysté-rique par-là… Avec les femmes c’est jamais la ligne droite !

Bon, enfin ! C’est comme ça. J’ai pensé que ce séminaire serait une bonne occasion de voir mon ami Emmanuel à l’œuvre

 

– 17 – et il savait qu’il pouvait compter sur moi pour jouer un rôle d’entraînement au sein de l’équipe.

Le jour « J », j’ai pris l’avion puis un taxi jusqu’au centre. Le coin n’est pas désagréable mais le paysage c’est pas vraiment ma tasse de thé. Je profite de mes déplacements pour travailler ou bavarder avec un voisin qui me branche.

Je suis arrivé à la Grande Combe en début d’après-midi. J’étais le premier. Emmanuel et moi avons bavardé ainsi qu’avec Jean-Baptiste dont j’avais entendu parler. Il m’a présen-té sa gamine en me disant qu’il l’avait amenée avec lui afin qu’elle lui donne un coup de main pour le bon déroulement du séjour. Jolie gamine ! Une vraie petite femme, très réservée. Nous avons parlé de choses et d’autres.

J’ai fait une ballade dans le parc pour me dérouiller. L’air était froid.

Le château est bien équipé. Nous étions correctement ins-tallés. Jean-Baptiste m’a dit qu’il serait guide après le souper.

J’ai découvert mes collègues de séminaire en début de soi-rée. Je me souviens que Thomas et Mathieu sont arrivés en re-tard. Nous avions déjà commencé à dîner.

Miss Aïcha m’est apparue comme une jolie jeune femme brune, typée genre moyen-oriental. Baisable mais pas forcé-ment baisante. Oui, je sais ! Je suis vulgaire ! La règle du jeu n’est-elle pas de dire les choses comme on les ressent ? J’aurais pu mettre ma bouche en cul de poule et en faire suinter délica-tement des mots de miel pour dire qu’elle était séduisante… Vous préférez ? Oui ? Non ? Bon ! Je laisse jaillir mon énergie primitive et vitale ! Pas baisante mais un peu excitante tout de même quand elle vous regarde avec son air intello qui semble vous dire : « Je ne m’envoie pas en l’air avec un pithécanthrope

 

– 18 – de ton espèce ! » Petites lunettes sur le nez, tailleur fushia, bas noir et escarpins assortis. D’une élégance froide et distante. C’était bien le genre de chieuse que je redoutais et en plus affu-blée d’un prénom qui fleurait bon la susceptibilité à fleur de peau. Le moindre faux pas et ce genre de femelle vous qualifie de macho-facho-raciste ! Autrement dit, toute critique qui lui est adressée ou simplement un sous-entendu vous condamnent pour harcèlement sexuel, propos sexistes et racistes, etc. etc. ! J’avoue que je me suis promis à ce moment précis de ne pas la rater si l’occasion se présentait. De mon point de vue elle n’avait pas sa place ici et j’allais faire en sorte qu’elle l’apprenne très vite.

J’ai du lui lancer des regards qui trahissaient mes vilaines pensées car son regard méprisant s’est teinté de crainte. En tout cas, elle s’est arrangée pour m’éviter autant que possible.

Il y avait aussi cette espèce de curé manqué de Luc. Petit monsieur, mince, délicat et sanglé dans ses bonnes manières modèle vieille France qui vous renvoie sans un mot de trop à votre étable. Bonne présentation mais franc comme un âne qui recule ! Jetant des regards insistant sur les courbes de made-moiselle Aïcha tout en ne manquant aucune occasion de parler de son épouse et de ses enfants … Mon expérience m’a fait reni-fler le faux cul qui nous jouerait la grande tirade de la morale et de la loi lorsque viendrait le moment de montrer de quoi il est capable ! Vous voyez ce que je veux dire ?

Le dénommé Simon était très effacé, trop ! Pas un chef ça ! Ou alors il le cachait bien !

Thomas et Mathieu m’ont rapidement fait bonne impres-sion. Poignées de mains franches et fermes. Pas des paquets de saucisses molles que l’on vous tend d’un air dégoûté ! Le regard direct. Un langage net, sans ces foutus adverbes que les mana-gers et politiciens à la mode glissent dans leur propos comme

 

– 19 – autant de portes de voiles pudiques dont ils s’empressent d’affubler les mots simples et forts.