Dynamique De Groupe
Pierre
Je pense à cette journée comme s’il s’agissait d’un songe. C’est peut-être bien un rêve, un mauvais rêve. Peut-être suis-je encore endormie. Que va-t-il m’arriver si je me réveille ? »
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« Tu es très courageuse. Je te rappellerai plus tard. Pierre, à toi ! Thomas, tu viendras ensuite. Mathieu, tu seras entendu en dernier. »
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PIERRE
« Je suis venu à ce séminaire pour jouer le jeu sérieuse-ment sinon je serais resté chez moi. Le fait de me livrer à des relations sexuelles collectives sur une gamine dans un cadre parfaitement structuré et non pas dans un dérapage de beuverie prenait le caractère d’une action à mener sur ordre. Emmanuel nous demandait d’endosser un rôle comme nous ne cessons pas de le faire tout le temps… ou presque. Lorsque j’étais dans l’armée on nous a appris diverses manières de tuer ou de tortu-rer et dans certains cas que je ne citerais pas ici, les entraîne-ments se sont déroulés grandeur nature ! Personne n’a jamais été inquiété ! Bien au contraire ! Alors pourquoi voudriez-vous que j’éprouve une inquiétude ou des remords pour une épreuve bien anodine. L’équilibre psychologique de la gamine ? De qui se moque-t-on ? Se préoccupe-t-on des gamines qui sont ven-dues, droguées ou tuées dans nombre de pays ? C’est vrai, de temps en temps, un reportage, une motion, une condamnation
– 77 – de lampistes nous donnent l’impression que l’on s’occupe du problème ! Et après ? Tout est fini ? Non ! Pourquoi ? Parce qu’il y a gros à gagner dans tous ces trafics. On bêle sur l’air des droits de l’homme ou de l’enfant mais on fait de juteuses affai-res avec les trafiquants de tous poils. Les droits des femmes, des hommes, des enfants ou des phoques, ce sont des armes pour emmerder des concurrents et de bons sujets pour la pub et pour les élections. Demander à des cadres supérieurs de franchir le pas pour se libérer de leurs petites peurs et de leurs principes étriqués en baisant une môme est d’une grande banalité. Ce qui est interdit, ce n’est pas de le faire, mais de le dire. Le pouvoir ne s’acquiert que par la transgression, c’est tout. Tout le reste est du vent. Le pouvoir, ça se prend et ça se garde. Le pouvoir octroyé est un faux pouvoir pour celui qui le reçoit.
Je n’ai donc eu aucun vague à l’âme. Je me doutais que no-tre bonne femme déclarerait forfait. À moins d’être une gouine, elle ne pouvait pas accepter une épreuve essentiellement mas-culine. Encore une fois, ne devient pas chef qui veut ! J’étais persuadé qu’elle devait subir une épreuve ou alors renoncer dé-finitivement à devenir dirigeant.
Si j’ai pris du plaisir à salir la gamine ? Qui parle de salir ? Vous ? Le sexe est sale de tel âge à tel âge puis devient propre pour redevenir sale quand on atteint la vieillesse ? Qu’est-ce que c’est que ces conneries, sinon un moyen de contrôler les gens en contrôlant l’usage qu’ils font de leurs corps ? Ça, c’est bon pour Luc, notre curé manqué de service ! Les religions sont des outils super perfectionnés pour contrôler les pensées et les actions des gens. Tu te masturbes ? Péché ! Tu forniques ? Péché ! Tu convoites par pensée ? Péché ! Tu baises ta voisine ? Péché ! Pé-ché ! Péché ! Tu ne veux rien me dire ? Tu refuses d’avouer ? Allons, allons, tu sais bien qu’Il te voit partout ! Tu ne peux rien Lui cacher ! Les religions ont été inventées par quelques chefs pour tenir la masse en esclavage. Éviter tout risque de remise en cause ! Y a-t-il une faute, un péché, à tester sa capacité à être un
– 78 – chef en faisant l’amour avec une gamine de douze ou treize ans ? Qui a été dérangé par les mariages forcés de gamines à peine nubiles avec des barbons lubriques ? Traditions culturelles ? Mon cul oui ! Un peu de franchise s’il te plaît ! Tu veux me faire endosser le rôle du mauvais ? C’est ton affaire. Tu nous convo-ques à cette table pour nous demander de te rendre des comptes et nous juger. Oublies-tu que c’est toi qui as imaginé cette his-toire ? Certes, tu t’es emmêlé les fils et les marionnettes que nous sommes t’ont échappé ! C’est le problème de tout créa-teur ! Au motif que tu es le grand ordonnateur, tu t’imagines que tout ton petit monde va jouer la pièce que tu as écrite. Tu devrais savoir que toute créature n’a qu’une idée en tête : s’émanciper de son géniteur ! Bref ! Nous avons pris les choses en main et j’y ai trouvé beaucoup de plaisir ! L’exercice proposé par Emmanuel était à la fois audacieux et agréable. Je m’y suis prêté avec plaisir. Je regrette juste de m’être un peu laissé em-porter par l’ambiance et ne pas avoir mieux contrôlé mes ac-tions surtout à la fin. »
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« Tu penses que je veux te faire endosser le rôle du mau-vais. Pourquoi dis-tu cela ? Tu as donc le sentiment d’avoir commis un acte répréhensible ? Je t’ai attribué une identité, une histoire, une potentialité… Pour le reste, comme tu viens de me le dire, c’est ton affaire !
– Tu essaies de me piéger et de me culpabiliser, hein ! Non, je ne marche pas ! J’assume volontiers ma responsabilité mais je refuse de qualifier mon rôle de bon ou de mauvais. Ce n’est pas mon problème !
– Très bien. C’est noté. À toi, Thomas ! »
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