Dynamique De Groupe

Alain Mourgue · Chapitre 26 sur 34

Pages du PDF

Dynamique De Groupe

Emmanuel

* * *

 

 

« Admettons que tu sois un démiurge qui a donné par inadvertance le libre arbitre à ses créatures. Je me retrouve donc au lit avec une jeune fille qui vient d’être offerte aux as-sauts de plusieurs hommes et qui continue, malgré tout, à me témoigner une indéfectible confiance. Que puis-je ou que dois-je faire ? Dormir ? Forniquer ? Lire ? Me relever ? Selon mon ami Jean-Baptiste j’ai préféré quitter ma douillette situation pour affronter le froid de la nuit et passer plusieurs heures à organi-ser et à diriger un sabbat. Tout d’abord, je pense que Jean-Baptiste qui garde toute ma confiance et toute mon amitié, est sous ta pression depuis des heures et qu’il a avoué n ‘importe quoi pour tenter d’en finir avec ton inquisition. Je pense qu’il a rêvé toute cette scène et qu’à son réveil il a été persuadé de l’avoir vécue. Au fond quel est le problème ? Je suis chargé de tester le potentiel des candidats à des fonctions de responsabili-tés et à les pousser jusque dans leurs ultimes retranchements afin qu’ils assument ce qu’ils sont vraiment et ce dont ils sont capables ou incapables. Je suis payé pour cela et même fort bien ! Je conduis ma démarche sur le fondement d’un concept qui est également mis en œuvre avec succès au sein d’une com-munauté à laquelle j’appartiens et parmi laquelle j’exerce une fonction et sur la nature de laquelle je ne souhaite pas m’étendre. Je demande à des hommes et à des femmes de mani-

 

– 94 – fester concrètement leurs capacités à diriger en transgressant des tabous culturels oppressifs. Ils acceptent ou ils refusent. S’ils franchissent le pas, ils sont dignes d’entrer dans le cercle restreint des initiés à la solidarité duquel ils contribueront. S’ils refusent, ils sont recalés et ils partent. La seule obligation qui leur est faite est de ne rien révéler de ce qu’ils ont vu ou enten-du. Si cette interdiction n’est pas respectée, ils savent qu’ils s’exposent, un jour ou l’autre, à des conséquences aussi impré-vues que fâcheuses. Cela étant bien précisé, la prétendue séance orgiaque au cours de laquelle Aïcha aurait subit des outrages et des humiliations me semble totalement stupide puisque inutile. Elle n’a pas voulu franchir l’obstacle. Bon ! Elle part. Point à la ligne. Pourquoi imaginer des folies extravagantes ? Il n’est rien arrivé de prétendu tel à Luc ou à Simon. Alors ? C’est vrai qu’elle était absente au petit déjeuner le lendemain matin mais j’ignore où elle est passée. Était-elle encore dans sa chambre ? Sur le chemin du retour pour appeler un taxi au village voisin ? La grille du château n’était pas fermée. Encore un mot, si tu me le permets… Une cérémonie à caractère initiatique ou punitif dans le cadre d’une communauté, disons… discrète, ne se révèle pas aux non initiés. De deux choses l’une : ou bien cette séance n’a jamais eu lieu et Jean-Baptiste a besoin de repos ou bien elle a eu lieu et Jean-Baptiste s’expose à de sérieuses difficultés. Dé-sormais je refuse d'en dire davantage sur Aïcha et sur la com-munauté. »

* * *

« Tu as tout de même apporté un éclairage intéressant sur cette affaire même si nous restons dans l’ignorance du sort d’Aïcha. Luc ! Ta chambre était proche de la sienne. N’as-tu rien vu, rien entendu cette nuit-là ? »

* * *

 

– 95 –