Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 99
Jérôme tourne en rond dans la maison, il a récupéré un drive hier et a rangé les boissons dans le frigo du garage, il est passé rapidement chez François déposer les saucisses et autres grillades afin de ne pas éveiller les soupçons de Pauline. Il est revenu de la boucherie comme prévu, avec de quoi faire un petit barbecue pour eux quatre. Jérôme regarde constamment sa montre. 11 h 45. Il décide d’aller dans le jardin accompagné de ses deux assistants pour installer la table, sortir des chaises et le barbecue.
Pauline a fait une grasse matinée jusqu’à onze heures. C’est la pression qui est redescendue sûrement, les émotions trop fortes de ces derniers temps ou le petit cocktail avec un demi-centilitre de rhum que Jérôme lui a servi à l’apéritif pour fêter la fin de son traitement.
On frappe à la porte, Pauline se demande qui cela peut bien être un 15 août. Elle ouvre et découvre avec surprise tous ses amis sur le pas de la porte. Marion et Paul, Antonin et Gabriel qui ont déjà retrouvé Cyprien et Victoire dans le jardin. Suivis de près par Clément, François, Élise et Bertrand entrent, les bras emplis de victuailles. Élise se dirige directement dans la cuisine pour mettre au frais les salades. Pauline a à peine le temps de refermer la porte que Diane se présente, accompagnée de Léandre. Pauline fait un clin d’œil à son amie et souhaite la bienvenue à Léandre.
Tout ce petit monde rassemblé autour de Pauline, elle en a presque les larmes aux yeux. Elle regarde son mari avec tendresse. Il est en pleine action, chacun s’affaire pour mettre la table, les chaises et installer une tablée digne de ce nom.
Jérôme se retourne au même instant, leurs yeux se croisent. Il vient à sa rencontre et lui pose un doux baiser sur la tempe.
— Tu es magnifique aujourd’hui.
— Merci, et merci pour cette surprise aussi.
— Je t’aime Pauline, je te promets de te rester fidèle dans le bonheur, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie. Bon anniversaire de mariage chérie.
— Oh, c’est aujourd’hui ? Comment j’ai pu oublier ?
— Non c’est demain, sourit Jérôme.
Pauline embrasse tendrement son mari, et c’est avec des trémolos dans la voix qu’elle lui dit :
— Je t’aime mon amour.
C’est à ce moment-là que la sonnette retentit à nouveau, dix minutes après l’arrivée des premiers convives. Pauline fait le tour de la maison par le jardin pour accueillir cet invité surprise. Elle découvre Charlotte et Lubin cachés derrière un bouquet de fleurs.
— Oh, Charlotte, je suis tellement contente de te voir. Où est ton mari ?
— Il se repose, car nous prenons la route des vacances tout à l’heure. Et…
— On aura bien l’occasion de discuter un peu plus tard. Détends-toi bichette, viens prendre un verre.
Jérôme prend son portable, affiche le numéro d’Anaïs et lance la visio. Anaïs décroche rapidement, elle a les traits tirés et semble très fatiguée, mais c’est avec un sourire aux lèvres qu’elle découvre le visage de Jérôme. Anaïs patiente pendant que Jérôme retrouve sa femme pour cette ultime surprise.
— Tiens, un appel pour toi ma chérie !
— Sur ton portable ? Qui est-ce ?
Pauline entend la voix de son amie crier SURPRISE. Pauline s’empare du téléphone et découvre l’appel visio.
— Coucou, je ne pouvais pas être là en vrai, mais je ne voulais pas rater ça. Regarde, j’ai mon petit verre de vin blanc pour trinquer à distance avec toi.
— Oh, Anaïs je ne sais plus quoi dire. Comment Jérôme est entré en contact avec toi ? Et vous mijotez ça depuis quand ? Et puis on s’en fiche. Merci ma belle. Ça va toi ? Demande Pauline constatant la petite mine de son amie.
— Nous ne sommes pas là pour parler de moi, mais pour fêter la fin de ton parcours. Alors à toi Pauline.
— Merci d’être entrée dans ma vie.
— Arrête, tu vas me faire pleurer. Profite de ta journée et on s’appelle bientôt. Bisous.
Pauline lui envoie un bisou voyageur avec la main, puis se retourne vers Jérôme. Elle l’embrasse et lui chuchote qu’il devra tout lui expliquer à propos de ses petites manigances.
Il fait incroyablement chaud ce midi. En catastrophe, Jérôme et François montent une tonnelle, Pauline observe la scène depuis son fauteuil après avoir servi des boissons fraîches. Jérôme lève son verre et demande l’attention de tous.
— Pas de grand discours rassurez-vous, juste un merci à vous les copains d’avoir été là durant ces derniers mois. Et merci à toi Pauline de t’être battue jour après jour, je t’aime. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas plomber l’ambiance. À la vôtre, mes amis.
Pauline se lève et tend son verre devant elle en ajoutant :
— À la vie, à l’amour et à l’amitié, merci.
Tous trinquent avec émotion et s’embrassent avec tendresse.
Pauline file en cuisine pour rapporter de quoi grignoter, mais aussi et surtout pour ravaler discrètement les larmes qui montent. Diane la rejoint pour l’aider.
— Léandre a l’air super, se reprend Pauline.
— Oui, je suis carrément stressée d’être venue avec elle.
— Tu croyais qu’on allait la manger ?
— Non, mais c’est un peu nouveau pour moi.
— La prochaine étape, les parents ?
— Non là tu rêves, j’attends de voir un peu ce que l’avenir nous réserve avec Léandre. Charlotte est venue toute seule ? Tu as eu une explication à ses silences ?
— Oui, mais s’il te plaît, sois gentille avec elle. Je te raconterai.
— Bien cheffe.
Jérôme et François ayant pris les choses en main, les braises sont prêtes et les saucisses sont de sortie. Clément et Bertrand se sont lancés dans une partie de Molky avec Cyprien, Lubin et Antonin. Marion discute avec Léandre. Victoire ne lâche pas son parrain d’une semelle. C’est la seule fille au milieu de tous ces petits mecs. Élise rêve secrètement qu’elle ne sera bientôt plus la seule. La deuxième insémination aura lieu la semaine prochaine. Mais par superstition, elle garde ça pour elle.
Pauline retrouve Charlotte qui se sent un peu perdue dans ce petit groupe.
— Comment vas-tu ? demande Pauline.
— Et toi comment vas-tu ? Je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi autant que tu l’aurais voulu.
— Je n’attendais rien Charlotte, on n’attend rien de ses amis. Je vais bien. Tout est fini. Enfin, les traitements sont finis. On verra ce que m’annonce le docteur Lotti dans deux mois. Et toi comment vas-tu ? Vous partez où ?
— Ça peut aller, on part en Dordogne à côté de Sarlat, c’est un peu les vacances de la dernière chance on va dire. Cette année a été vraiment compliquée pour beaucoup de monde, je crois. Je me suis rendu compte pendant le confinement que Mathieu et moi vivions l’un à côté de l’autre depuis un moment, plutôt qu’ensemble. Je me demande ce qui nous lie encore à part Lubin.
— Oh bichette, je suis vraiment navrée pour toi, enfin non pas vraiment en fait. Si tu n’es pas heureuse, fais en sorte de l’être. Peu importe si cela doit passer par une séparation, une remise en question ou je ne sais quoi d’autre. Ces congés tombent effectivement à pic, fais le point et tu me raconteras à ton retour.
— Tu as tellement changé Pauline.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Avant, tu n’aurais jamais été aussi franche. Tu aurais prononcé ce discours de façon plus détournée.
— Je sais, Jérôme dit que je n’ai plus de filtre. Mais après tout, pourquoi passer par quatre chemins quand on peut aller tout droit ? C’est une perte de temps, et le temps, c’est précieux, crois-moi.
— Oh oui, je veux bien te croire. J’aimerais nous laisser une chance avec Mathieu. Dans le monde d’aujourd’hui c’est tellement facile de se séparer, de passer à autre chose, plus personne ne se bat… sauf toi bien sûr.
— Je suis d’accord avec toi, mais garde en tête que la priorité, c’est que tu sois heureuse.
François annonce que les grillades sont prêtes et que c’est l’heure de passer à table. Pauline et Charlotte rejoignent toute la troupe avec les salades composées. Le repas est convivial et entrecoupé de fous rires. Juste après le dessert, Pauline décide de s’isoler pour se reposer un peu. C’est beaucoup d’un coup. Quand elle se réveille, tous les invités sont partis et la maison a retrouvé son calme, Jérôme est en train de remplir le lave-vaisselle et les enfants se sont assoupis sur le canapé.
— Merci pour cette journée, chéri, c’était une chouette surprise. C’est exactement comme ça que je voulais fêter ça. Tu es le meilleur des maris. Bon, j’aurais peut-être aimé que nos parents et ta sœur soient là, mais…
— On aurait été beaucoup trop nombreux, mais ne t’inquiète pas, on remet ça dimanche prochain avec la famille.
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