Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 62
Journal de Pauline
Ce confinement me rend dingue, je digère difficilement le fait que le gouvernement nous dicte notre vie. Et surtout que nous suivions comme des petits moutons sans rien dire. Pourquoi est-on à nouveau confinés ? Parce que ledit gouvernement a tellement supprimé de lits, de financements aux hôpitaux, que s’il y avait un arrivage massif de malades, ils ne pourraient pas s’en occuper. Et pendant ce temps-là, les autres patients ne sont ni dépistés ni soignés, car la priorité du moment c’est la Covid.
Ce qui me rend dingue également, c’est de ne plus voir mes amies, de ne plus avoir de vie sociale, d’être une loque sur mon canapé. Quand les enfants veulent bien me laisser un peu de repos. Nous avons pris l’habitude de faire des apéros en visio avec les copains, mais tout le monde parle en même temps, personne ne s’écoute, les enfants passent devant la caméra pour saluer leurs amis et renversent les verres. Bref, un joyeux bordel. Je fais donc des visios siestes avec les filles. Je colle Cyprien devant un dessin animé et Victoire à la sieste. J’appelle, non pas mon groupe de soutien, car le problème sera le même qu’avec les copains. Non, je contacte le noyau dur : Diane, Marion, Élise et Charlotte.
Charlotte ne répond jamais, au début je me suis dit que ce n’était peut-être pas l’heure idéale pour elle, car elle doit aussi s’occuper de ses loulous. Et puis j’ai commencé à douter.
Qu’est-ce que l’amitié ? Est-ce que j’en demande trop ? Trop d’attention, trop de soutien, ne le trouvant pas automatiquement auprès de Jérôme, je me suis tournée vers elles. Je pense être une amie plutôt fidèle et fiable, toujours là dans les bons comme dans les mauvais moments. Je donne beaucoup de moi, et là, pas de retour. Pourquoi ? Je ne comprends pas ? Est-ce que je me fais des films ? Il doit forcément y avoir une explication.
Certains diront que c’est dans les coups durs que l’on repère ses vrais amis. Qu’une sélection s’opère naturellement. Pour moi, mes copines sont très importantes, c’est la famille que je me suis choisie. Il faut que je trouve les mots pour envoyer un message à Charlotte. Les bons mots, car Jérôme me reproche d’être sans filtre depuis le début de ma maladie. Qu’entre mon cerveau et ma bouche il n’y a plus de barrière et que parfois tout dire n’est pas la meilleure chose. Qu’il y a des pensées à garder pour soi ou alors il faut y mettre les formes. Mais je n’ai plus envie de perdre mon temps.
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