Elle voulait simplement déjeuner en paix

Anne-Sophie Loriot · Chapitre 14 sur 103

Pages du PDF

Elle voulait simplement déjeuner en paix

Chapitre 14

 

 

Journal de Pauline

 

Je crois à une blague. Moi à quatre pattes, les seins nus qui pendouillent, un casque vissé sur les oreilles passant le tube de Balavoine : l’Aziza. L’Aziza, je te veux si tu veux de moi. Oh oh oh. Comment voulez-vous que je ne bouge pas ? Mon corps a envie de se déhancher, enfin plutôt mes fesses qui étaient déjà en l’air. J’en souris encore. Heureusement que je n’ai pas mis une jupe, dans cette position, les manipulateurs radio aurai pu admirer ma culotte en imprimé léopard rose.

J’ai tellement passé de temps les seins à l’air, ces derniers jours, que je pense programmer nos prochaines vacances au cap d’Agde dans un camping naturiste. Quoi que, fausse bonne idée, je ne pense pas que Jérôme apprécierait, Victoire peut-être, elle passe sa vie toute nue. J’y réfléchis tout de même, je m’imagine une semaine sans faire de lessive !

J’ai toujours été très proche de ma mère. C’est la première fois qu’elle n’est au courant de rien. La première fois que j’ai eu mes règles, elle a passé la nuit avec moi. Pour mon premier chagrin d’amour, elle m’a alimentée en glace vanille et morceaux de cookie. Elle m’a toujours soutenue dans mes choix professionnels. Pour mes grossesses, dès les premiers doutes, elle m’a accompagnée pour faire les prises de sang et nous avons attendu les résultats ensemble.

C’est la chose la plus difficile que je dois faire. Annoncer à mes parents que leur fille unique a un cancer du sein. Mon père, avec son sixième sens, est là aussi, alors qu’il ne rate jamais son rendez-vous quotidien au PMU du coin avec ses copains. C’est la deuxième fois que je prononce ces mots à voix haute : j’ai un cancer du sein. Je ne sais pas combien de fois il faudra que je l’annonce pour en être convaincue moi-même. Je vois leurs visages prendre dix ans d’un coup. Je lis dans les yeux de ma mère que si elle pouvait, elle prendrait ma place. Nous pleurons, nous nous enlaçons et nous décidons finalement que « FORCE ET COURAGE » sera notre cri de guerre.

Je ne doute pas que mes parents seront là pour m’épauler. Maintenant, il faut également que je le dise à mes beaux-parents. Ils me connaissent depuis mes dix-huit ans, je suis comme leur deuxième fille. Je vais avoir besoin de tout mon entourage pour affronter tout ça. Je vais leur annoncer, mais pas aujourd’hui. J’ai fait bonne figure ou presque devant mes parents, je ne suis pas prête à réitérer l’expérience tout de suite. Balancer cette bombe et toute la masse d’informations qui s’ensuit. Les voir s’effondrer… je n’en ai pas la force. Non, pas une deuxième fois aujourd’hui.

Il faudra aussi que nous parlions aux enfants. Mais pas ce soir non plus. Je n’ai pas envie tout de suite de les plonger dans… dans quoi déjà ! Je ne sais pas comment ils vont réagir. Comment trouver les mots simples pour leur expliquer une chose aussi compliquée que le cancer ? Je n’ai pas peur de leur en parler, mais c’est surtout de pouvoir trouver les bons mots et pouvoir répondre à toutes leurs interrogations. Je dois me renseigner tout de même avant. Je suis persuadée que la communication résout beaucoup de situations. Je dois m’armer face à une avalanche de questions que je me pose également. Il y aura sûrement des réponses impossibles à donner. J’appréhende le « est-ce que tu vas mourir ? »

Je m’attends à cette question, forcément, mais comment un enfant de sept ans peut savoir ce que signifie la mort, à quoi cela correspond vraiment, il n’y a encore jamais été confronté, par chance il a ses quatre grands-parents et même une arrière-grand-mère. Et Victoire, mon bébé, comment elle va assimiler tout ça ?

Est-ce que je vais mourir ? Je n’en sais rien, à vrai dire, mais ça, je ne peux pas leur dire. Je leur dirai que NON, bien sûr que NON, et je vais me battre pour que cela n’arrive pas.

OceanofPDF.com