Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 25
Le Rendez-vous de Jérôme
— Bonjour monsieur Lorens, prenez place, dit le psychologue en indiquant la banquette. Dites-moi ce qui vous amène à me consulter.
— Bonjour, docteur, c’est ma sœur qui a pris rendez-vous pour moi, elle pense que ce serait bien que je parle à quelqu’un. Comme si je n’avais personne à qui raconter mes soucis. Ou alors elle estime sûrement que je n’ai pas les épaules assez solides pour supporter les derniers événements qui nous ont frappés de plein fouet.
— D’accord, vous dites « Ce qu’il nous arrive », vous parlez de qui exactement ?
— Oui, pardon. Je parle de notre famille. Je suis marié à Pauline et nous avons deux enfants… et nous venons d’apprendre que ma femme a un cancer du sein. Elle a déjà subi une ablation d’un sein et commence bientôt la chimiothérapie.
— La maladie est effectivement un élément potentiellement difficile à gérer pour un couple, une famille. Comment avez-vous vécu la mastectomie de votre femme ? C’est un changement physique assez important.
— Franchement ?
— Nous ne sommes pas ici pour dire des choses que les autres veulent entendre de vous. Je suis là pour vous aider, monsieur Lorens. Ce que vous me confiez restera entre nous, rien ne sortira d’entre ces murs. C’est vous, monsieur Lorens, qui décidez des sujets que l’on abordera. Votre présence ici ne doit pas être contrainte par votre sœur, mais pour avancer vous devez être honnête avec vous-même et venir de votre plein gré.
— Alors j’ai vécu cela mal, très mal. Les seins d’une femme, c’est le symbole de la féminité, de la sensualité. Pour le moment, je n’arrive même pas à la regarder. Nue comme habillée d’ailleurs. Ça me rend dingue de réagir ainsi. De douter de pouvoir un jour m’y habituer, de sous-estimer mon amour pour elle dans un moment pareil. Et en même temps, j’ai tellement peur de la perdre, qu’elle ne guérisse pas, qu’elle meure. Je réalise, du coup, que ma sœur avait raison, je ne sais pas comment gérer la situation, je suis présent pour ma femme bien sûr, mais ce n’est plus pareil. J’essaie d’être à son écoute, mais elle ne me dit rien.
Pendant près de quarante-cinq minutes, Jérôme se confie, guidé par les interrogations de son praticien. Émilie a raison, cela lui a fait un bien fou de pouvoir extérioriser ses peurs.
— Vous avez déjà la capacité de mettre des mots sur vos pensées et vos émotions, c’est très bien. Lui avez-vous fait part de vos doutes, de vos peurs ?
— Non, surtout pas. Je me dois d’être fort !
— Qui vous demande cela ?
— Tout le monde, notre entourage.
— En êtes-vous certain ? Est-ce que c’est ce que vous voulez ? Et surtout, est-ce que c’est ce dont vous et votre épouse avez besoin ? Je vous propose d’y réfléchir. Avez-vous envisagé de tenir un journal, afin de coucher sur le papier vos peurs et vos maux ? Nous pourrions ainsi y revenir ensemble en entretien. Je pense que nous avons déjà bien avancé aujourd’hui. Pouvons-nous nous revoir la semaine prochaine ? Est-ce que ce créneau vous convient ?
— Mercredi, dix-neuf heures, parfait. Au revoir docteur.
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