Elle voulait simplement déjeuner en paix

Anne-Sophie Loriot · Chapitre 81 sur 103

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Elle voulait simplement déjeuner en paix

Chapitre 81

 

 

Comme prévu, Pauline retrouve Anaïs en centre-ville. Elles flânent dans la rue piétonne afin de trouver un petit restaurant accueillant. Leur choix se fixe sur un bistro avec terrasse. Elles s’installent, le serveur arrive puis elles commandent un thé glacé pour commencer.

— Qu’est-ce qui te fait envie ? demande Pauline en regardant la carte.

— J’ai envie de frites ! salive Anaïs

— Carrément, avec le steak ou le filet mignon de porc ! J’hésite.

Les filles ont enfin choisi leur plat, le serveur les laisse un peu tranquilles. Pauline n’y va pas par quatre chemins, et c’est ce qu’elles apprécient toutes les deux.

— Alors, tu as revu le docteur Lotti ? Ça donne quoi ?

— Ça donne que j’ai rendez-vous la semaine prochaine avec l’oncologue de Villejuif. Il faut me trouver un autre protocole.

— Fait chier quand même, ce n’est pas possible. Il abandonne ou quoi ?

— Comme tu dis, fait chier. Il n’abandonne pas, disons qu’il passe le relais à un confrère plus jeune avec de nouvelles connaissances. Mais je ne baisse pas les bras. Il existe bien un protocole qui va venir à bout de cette merde. Enfin pour le moment, j’ai quinze jours de repos ou de répit plutôt, j’en saurai plus à mon prochain rendez-vous. Elle m’a achevée la dernière chimio, je suis fatiguée et j’ai du mal à me bouger. Mais je suis ravie qu’on se retrouve en dehors du service de l’hôpital de jour.

— Je suis contente aussi. C’est tellement déprimant là-bas. Mais profitons ! Tiens, regarde, tes frites arrivent.

— Et toi alors, ça fait quoi d’avoir à nouveau des poils ? demande Anaïs en souriant.

— Ça gratte ! et ça ne pousse pas assez vite à mon goût. Mais on n’est jamais contente de ce qu’on a, n’est-ce pas ? Tu as des cheveux ondulés, tu veux des cheveux raides. Tu as des cheveux raides, tu veux des cheveux ondulés.

— Et quand tu n’as pas de cheveux et que tu en veux… ne m’en parle pas un vrai problème.

— En plus Jérôme m’a affublé d’un nouveau surnom, je te raconte pas. Il m’appelle son petit kiwi. L’autre jour, Cyprien m’a collé sur le front l’étiquette du vrai kiwi. Ah, ils ont bien rigolé, moi aussi d’ailleurs, une vraie bonne rigolade qui vient du fond du cœur, à en pleurer. Victoire a failli faire pipi dans sa culotte.

Les filles sont prises d’un fou rire. L’autodérision fait aussi partie de leur thérapie. 

— En tout cas je suis bien contente d’avoir fini la chimiothérapie. Je n’imagine pas si on devait m’annoncer qu’il faut en refaire. J’ai la chance de savoir que dans mon cas, je dois juste aller au bout du protocole et que celui-ci fonctionne. Mon cancer du sein est hormonal et plutôt bien connu, donc facile à traiter. J’espère qu’ils trouveront pour toi. Tu es vraiment plus forte que moi.

— La recherche avance tous les jours. Et puis je n’ai pas le choix, bichette. Ce cancer ne prendra pas ma vie. Crois-moi. Le moral, c’est 50 % de la guérison alors reprenons un verre de rosé si tu veux bien.

— Je ne bois pas d’alcool ou dans de très rares occasions. Je n’aime pas forcément cela. Même si j’ai fait une entorse à Arcachon, le vin blanc était délicieux. Alors non merci. Pas pour moi.

— Oh ! Tu n’es vraiment pas fun comme fille. Un autre verre, monsieur s’il vous plaît, dit Anaïs au serveur qui passait justement déposer les assiettes de la table d’à côté.

— Ton moral est proche des 90 %, on dirait.

— Je croque la vie à pleines dents, oui, je profite de chaque moment, chaque jour je me répète, « ça va aller, tu es une guerrière, tu vas t’en sortir » un peu comme un mantra. J’ai l’impression que ça m’aide. Et puis ce week-end, j’ai mes enfants qui reviennent. Ils sont en internat et le week-end dernier leur père les a emmenés je ne sais plus où. Bref ça va faire presque trois semaines que je ne les ai pas vus. Heureusement comme cela j’ai pu me reposer et je suis en forme. Ils ont beau avoir vingt et vingt-deux ans, ce sont encore mes bébés et je me bats pour eux. Et toi, avec ton mari ?

— C’est mieux, pas encore comme avant, mais mieux. J’ai parfois besoin de lui arracher les mots de la bouche pour qu’il me parle. Mais il est plein de petites attentions. Je crois que mon petit séjour avec les copines à Arcachon lui a fait du bien. Il a pu retrouver une vie normale, loin de la maladie et moi aussi d’ailleurs.

Anaïs et Pauline ne finissent pas leurs assiettes, leur estomac s’est beaucoup rétréci, elles mangent comme des petits moineaux, mais elles commandent tout de même un moelleux au chocolat avec une boule vanille qu’elles partageront. Le temps passe à une vitesse folle, Anaïs doit récupérer un drive pour accueillir convenablement ses enfants ce week-end. Elles se promettent de remettre ça à la rentrée de septembre. Pauline a encore le temps d’aller faire quelques magasins avant de retrouver sa famille.

 

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