Elle voulait simplement déjeuner en paix

Anne-Sophie Loriot · Chapitre 54 sur 103

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Elle voulait simplement déjeuner en paix

Chapitre 54

 

Les semaines se suivent et se ressemblent, le réveil sonne à sept heures trente, Pauline réveille ses enfants, les aide à se préparer et ils vont ensemble à pied jusqu’à l’école qui se trouve à quelques mètres de chez eux. Une fois rentrée, Pauline se niche sur son canapé. La fatigue lui tombe dessus comme une enclume. Après une courte sieste, pour rattraper les insomnies des nuits précédentes, Pauline se traîne jusqu’à la cuisine et se sert un café, puis s’assoit sur la chaise haute de l’îlot central. Elle lance une playlist pour faire taire le silence et toutes ses pensées. Sa vie lui échappe, elle ne contrôle plus rien. Tout est rythmé par les rendez-vous, les examens, la maladie et son état de fatigue fluctuant. Prise dans ce tourbillon, Pauline regarde par la fenêtre, souffle sur sa tasse brûlante. Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ? Stéphan Eicher en fond sonore lui chantonne une réalité et résume parfaitement son état d’esprit du moment : elle aussi, elle voulait simplement déjeuner en paix.

Elle décide de ne pas se laisser faire et se met en tête de partir en vacances une semaine en Bretagne pendant les vacances de Pâques. Les parents de Marion possèdent une petite maison à côté de Carnac, et ils acceptent avec plaisir de prêter leur maison. Le nouvel objectif de Pauline pour ressouder les liens avec son mari est qu’ils se retrouvent en famille, loin de tout. Cela lui permettra peut-être d’oublier Simon. Elle compose le numéro de l’oncologue pour tout de même lui demander si c’est possible.

La secrétaire lui indique que c’est possible d’un point de vue technique, que des patients le font régulièrement et qu’elle verra avec l’oncologue jeudi d’un point de vue médical. La secrétaire lui indique tout de même que ce sera à elle de s’occuper de trouver l’hôpital qui pourra la recevoir et de prendre contact avec un oncologue sur place. La secrétaire enverra le dossier médical une fois qu’elle aura un accord du service oncologie.

Pauline ne baisse pas les bras et passe sa journée sur Internet pour trouver l’hôpital le plus proche de leur lieu de villégiature. L’hôpital de Vannes paraît idéal, il se situe à moins de trente minutes de route de Carnac, elle trouve l’adresse e-mail du service oncologie et tapote frénétiquement un message en croisant les doigts pour que ce soit accepté.

Jérôme rentre de bonne heure pour une fois, ils se retrouvent tous les quatre pour le dîner. Pauline a préparé des crêpes pour le dessert, et ainsi faire passer le message sous forme de devinette.

— Faites un effort, les enfants ? Où mange-t-on les meilleures crêpes du monde ?

— Chez nous maman ! dit Victoire, naïve.

— OK, bon alors les crêpes sont originaires de quelle région ?

— La Bretagne, répond fièrement Cyprien.

— Gagné, nous partons en Bretagne pour les vacances de Pâques.

Jérôme regarde sa femme, incrédule, il se demande si ce n’est pas une folie de partir durant le traitement. Ils en reparleront tous les deux une fois que les enfants seront couchés. Mais eux ont l’air ravis, alors pourquoi pas.

Une fois les enfants couchés, Jérôme propose à Pauline de regarder un film ensemble. Pauline, épuisée, refuse, elle préfère aller se coucher. Jérôme la rejoint quelques minutes plus tard.

— Chérie, tu es sûre que c’est une bonne idée, ces vacances ?

— J’ai besoin d’air, Jérôme, je n’en peux plus de ce rythme, de ces rendez-vous, j’ai besoin qu’on se retrouve. Et puis on doit aller de l’avant, on ne va pas s’arrêter de vivre. Je ne veux pas m’arrêter. Je me sens mieux, les chimios sont moins fortes. La maladie ne prendra pas le dessus sur ma vie, sur notre vie. Même si tu baisses les bras, moi non.

— Oh mon cœur, tu n’imagines pas à quel point je t’admire.

— Tu rigoles, j’espère. C’est bien la première fois que tu me dis ouvertement les choses. Cela fait des semaines qu’on ne communique plus.

— Je sais, la situation n’est vraiment pas simple, ta transformation physique est quand même…

— Oui, je sais, je suis moche, je ne ressemble plus à rien, merci !

— Je n’ai pas dit ça, tu es magnifique. J’ai juste eu besoin d’un temps d’adaptation.

— Tu ne me touches plus non plus ! Je suis si repoussante ?

— Mais non mon amour, mais j’ai peur de te faire mal, je ne sais plus comment faire.

Pauline se colle à son mari, qui lui ouvre les bras. Elle approche son visage du sien, le regarde dans les yeux et pose ses lèvres sur les siennes. Elle ferme les yeux et savoure cet instant. Jérôme lui rend son baiser avec une infinie douceur. Puis il embrasse ses paupières l’une après l’autre, il descend ses lèvres le long de son cou. Il laisse balader ses mains le long de son dos, il se rapproche, en évitant scrupuleusement que son torse ne vienne plaquer la poitrine de sa femme. Pauline frissonne, heureuse de retrouver la chaleur du corps de son mari. Jérôme est hésitant, mais regarde intensément sa femme dans les yeux. Il la redécouvre. Elle a beau ne plus avoir de cheveux et être dépourvue d’attributs, elle reste la femme qu’il a toujours aimée. Jérôme laisse glisser ses mains tendrement jusqu’à son fessier, puis il remonte jusqu’à sa nuque. Bercée par ses caresses, Pauline s’endort dans les bras de son mari.

 

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