Elle voulait simplement déjeuner en paix

Anne-Sophie Loriot · Chapitre 85 sur 103

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Elle voulait simplement déjeuner en paix

Chapitre 85

 

 

Le rendez-vous de Jérôme

 

— Monsieur Lorens, entrez. Comment allez-vous depuis la dernière fois, notre denier entretien remonte à quelques semaines maintenant. Vous avez souhaité prendre rendez-vous ? Tout va bien ?

— Effectivement docteur, je vais mieux, nous allons mieux. Avec Pauline, nous avons traversé une période difficile, mais ça vaut le coût de se battre.

— Oui, je suis d’accord avec vous. Donc la communication est revenue. Vous arrivez à lui dire les choses ?

— Quand elle m’en laisse en placer une, oui ! Pauline a repris le contrôle de sa vie et souhaite changer de travail. Elle va encore me dire que je ne la soutiens pas, mais son traitement n’est pas fini, elle tourne vite la page je trouve. Je crains qu’une fois que tout sera fini, elle s’effondre. Je ne l’ai vu craquer que très rarement.

— Pauline vous protège sûrement, en ne vous montrant pas ses moments de « craquages ».

— Mais je suis son mari, elle peut compter sur moi. Je suis perdu, c’est pour cela que j’ai souhaité ce nouvel entretien. Je pensais que le dialogue avait été renoué !

— Lui avez-vous laissé un espace de confiance pour qu’elle le fasse ? Lui avez-vous consacré du temps pour qu’elle s’exprime sur ses ressentis ? Du temps pour l’écouter ?

— Présenté comme cela, je n’en suis pas très sûr. Mais j’ai décidé de changer, de m’investir plus dans notre relation. Je me suis laissé porter par le quotidien, la routine. La flamme doit toujours être entretenue, il ne faut pas la laisser s’éteindre. J’avais oublié que c’était la femme de ma vie. Je me suis contenté de croire que tout était acquis. Le destin, la maladie m’ont rappelé que je pouvais la perdre à tout moment.

Jérôme prend conscience de ses paroles et s’effondre, le visage enfoui dans ses mains, les yeux remplis de larmes… Le praticien lui laisse le temps nécessaire pour se remettre de ses émotions. Quand Jérôme relève la tête, une boîte de mouchoirs et un verre d’eau plate ont fait leur apparition.

— Vous allez bien ? Mieux peut-être ? demande doucement le psychologue.

— Docteur, je ne me suis pas rendu compte que je vivais sous pression, comme une cocotte-minute depuis des mois, à tout garder pour moi, à vouloir être sur tous les fronts, et finalement sans m’autoriser à pleurer, crier, exprimer mes sentiments et craquer tout simplement. Il faut que ça change, que je change, si je veux que cela ait un impact pour nous, notre famille. Voilà ce que je voudrais faire…

Et pendant près de vingt minutes, Jérôme pense à haute voix tous les changements qu’il souhaite opérer.

— Qu’en dites-vous docteur ?

— Je n’ai jamais vu cette étincelle dans vos yeux, cette détermination. Vous venez de franchir un nouveau cap, monsieur Lorens. Et je ne pense pas que vous ayez encore beaucoup besoin de moi après tout ce que j’ai entendu ! Prenez du temps pour vous, pour Pauline, pour votre famille. Si vous souhaitez me faire un bilan de votre plan d’action, appelez-moi.

 

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