Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 32
Journal de Pauline
Mon résultat de prise de sang n’est pas bon, je suis en leucopénie et thrombopénie. En gros, mes globules blancs et mes plaquettes sont en chute libre. Oui je sais, je me la pète carrément à utiliser des termes techniques. Mais ça donne une dimension plus grave à la chose. C’est un des effets secondaires de la chimiothérapie et peut-être le plus grave. Si ces deux indicateurs dans le sang ont un niveau très bas, je dois être hospitalisée et être mise en isolement afin de ne pas attraper le moindre rhume, virus, infection qui pourraient me mettre en danger plus que nécessaire. Le laboratoire m’a appelée en catastrophe pour me dire de ne surtout pas sortir de chez moi, de mettre un masque et d’éviter le contact avec quiconque. Sympa pour les enfants. Ensuite, j’ai attendu l’appel de l’oncologue pour savoir ce qu’il y avait à faire. Il me parle d’hospitalisation en chambre stérile afin d’être comme sous une bulle de protection antitout. Anti-microbes, antivirus et anti-covid.
Ça tombe plutôt mal, car aujourd’hui j’ai une mission spéciale. J’ai trouvé une société qui se déplace à domicile.
Ma mission du jour : choisir ma nouvelle miche, ou plutôt sa prothèse. J’attends qu’une décision soit prise et j’accueille néanmoins mon rendez-vous.
Une douce dame, se prénommant Christelle, sonne à ma porte avec deux valises… Je lui propose de s’installer pour l’après- midi, nous prenons un café comme deux vieilles amies, puis elle me demande de me déshabiller. Eh oui, encore ! Elle me prend mes mensurations et je me retrouve avec, dans les mains, un sein en silicone de cinq cents grammes, un 90 D.
Christelle m’explique que la prothèse est totalement prise en charge par la sécurité sociale, ouf, mais pas le soutien-gorge. Bon d’accord.
J’effectue mes petits essayages, trop gros, trop petit, trop pointu, nous avons trouvé la bonne. Tout me paraît parfait, jusqu’à ce que le prix du soutif m’étouffe. Soixante-dix euros un bout de tissu en coton moche pour insérer la prothèse dedans. Un soutif de grand-mère en somme. Sachant qu’il faut changer de sous-vêtements régulièrement, je dois en prendre au moins deux. Après un sein, c’est un bras que ça va me coûter cette histoire. Car j’ai pas mal de choses à payer de ma poche pour pouvoir me soigner correctement, mais ça, c’est un autre débat. J’y reviendrai plus tard, car ça me révolte un peu.
Revenons-en à la prothèse, je ne voulais pas en mettre, car je suis à l’aise comme ça, mais la kiné m’a expliqué que je n’avais pas le choix.
J’ai un poids en moins d’un côté qui va créer un déséquilibre, je vais compenser en ayant une mauvaise position et provoquer un mal de dos. J’en ai déjà fait les frais avec un blocage de mes cervicales, mon gentil ostéopathe m’a pris en urgence pour me décoincer. Mais effectivement, je ne vais pas pouvoir vivre comme cela. Alors pas le choix, je vais porter cette prothèse.
Délai de livraison de celle-ci dans trois semaines. Je sens que je vais le revoir rapidement, ce gentil ostéopathe.
OceanofPDF.com