Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 33
Le rendez-vous de Jérôme
— Bonjour, monsieur Lorens. Comment allez-vous aujourd’hui ?
— Mieux que les derniers jours, on va dire. Je dois vous avouer que j’étais sceptique, lors de notre premier rendez-vous. Ne le prenez pas mal, mais je ne voyais pas l’intérêt de discuter avec un étranger de ses problèmes personnels. On a une idée préconçue du psychologue. En quittant le cabinet, la semaine dernière, j’étais vidé et soulagé en même temps. Le poids sur mes épaules s’est allégé.
Jérôme voit le médecin hocher la tête, cela l’encourage à continuer :
— Pauline a reçu sa première chimiothérapie. Elle a été sacrément malade, je ne m’attendais pas à ça. Je n’étais pas préparé à ça.
— Qu’entendez-vous par « ça » ?
— Eh bien, de devoir m’occuper d’elle comme un bébé, non plutôt comme si j’étais un infirmier. J’étais désemparé et en colère. Elle n’y a vu que du feu étant dans les vapes la plupart du temps.
— Pourquoi en colère ?
— Parce que je ne savais pas quoi faire pour l’aider, pour la soulager, et cette vision me hante chaque nuit. C’est traumatisant.
— Racontez-moi, monsieur Lorens, ne craignez pas de dire les choses à voix haute, les exprimer vous aidera.
— J’ai vu ma femme étalée au sol, dans les toilettes, comme une loque après avoir vomi ses tripes. La porter comme une poupée de chiffon pour la recoucher. Et je me dis que cela va recommencer à chaque fois. Je ne suis pas sûr d’être capable de supporter cette situation une nouvelle fois. J’étais soulagé quand on a parlé d’hospitalisation en chambre stérile, je me suis dit que cela me ferait une pause, que je ne serais pas obligé de m’occuper d’elle. Heureusement pour Pauline, elle n’y est pas allée. Suis-je horrible de penser toutes ces choses ?
— Non, vous êtes un être humain face à la maladie. Vous êtes un aidant, et c’est parfois une position difficile et délicate. Vous êtes humain, on ne vous demande pas d’être un surhomme. Je pense que vous vous mettez trop de pression. Laissez-vous aller avec vos émotions, exprimez-les, ne les retenez pas. Avez-vous entrepris l’écriture d’un journal ?
Au vu de la réaction de son patient, le psychologue a sa réponse. Il ne se décourage pas :
— D’ici la semaine prochaine, j’aimerais que vous réfléchissiez à ce que votre femme attend de vous. Parlez-lui.
Jérôme quitte le cabinet presque aussi perdu qu’à son arrivée.
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