Elle voulait simplement déjeuner en paix

Anne-Sophie Loriot · Chapitre 83 sur 103

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Elle voulait simplement déjeuner en paix

Chapitre 83

 

Aujourd’hui Pauline a rendez-vous dans un autre service de l’hôpital. Elle découvre une nouvelle aile : le service de radiothérapie. Il se trouve au rez-de-chaussée, à droite en entrant dans l’hôpital. Mais c’est à nouveau un parcours du combattant pour y accéder. Pauline doit montrer patte blanche pour y entrer, enfin plutôt son pass sanitaire. Elle a téléchargé l’appli TousAntiCovid, mais au cas où cela ne fonctionnerait pas, elle a également pris le document papier. Elle s’est fait vacciner la semaine dernière, elle ne voulait pas avoir de la fièvre, des douleurs ou autres symptômes en plus de ceux concomitants à sa chimiothérapie. Elle voulait attendre le plus possible jusqu’à y être obligée pour pouvoir accéder comme aujourd’hui à l’hôpital. La secrétaire ouvre son dossier, remplit la partie administrative comme un interrogatoire de gendarmerie puis lui demande de patienter dans la salle d’attente numéro 3. Pauline s’assoit. Elle a à peine le temps de sortir sa liseuse qu’une jeune femme avec une blouse blanche bien trop grande pour elle lui indique qu’elle va la prendre en photo pour son dossier. Pauline sourit, mais son sourire est caché derrière son masque. Sa poche vibre, un SMS de Jérôme.

Jérôme  : Ça va mon petit kiwi ? Tu me tiens au courant en sortant du rendez-vous ! bisous.

Pauline  : Super, on vient de tirer mon plus beau portrait ! Un kiwi

masqué tu as déjà vu ? Je t’appelle quand je sors.

Pauline est reçue dans une salle plutôt lumineuse, décorée avec soin et dans laquelle chaque détail a été pensé. La preuve en est au plafond, qui est recouvert d’une large toile tendue représentant un paysage de campagne, très bucolique. C’est tout de même plus agréable à regarder que les néons habituels, pense Pauline.

— Bonjour, madame Lorens ! Aujourd’hui, nous allons prendre les mesures sur cette machine test, afin de pouvoir calibrer le CLINAT 1 pour vos séances de radiothérapie. Je vous tatouerai également afin de faire des repères directement sur votre buste. Vous allez pouvoir vous déshabiller et vous allonger. Avez-vous des questions ?

— Le tatouage est-il définitif ? Où exactement allez-vous me tatouer ? J’ai le droit de choisir le modèle ? demande Pauline, un brin moqueur.

— Je vais effectuer deux minuscules points noirs avec cette aiguille. Un au niveau de votre poitrine et un autre un peu plus bas, au-dessus du nombril. Ce tatouage sera définitif, effectivement.

— Je l’aurai donc toute ma vie !

— C’est bien ça madame Lorens, mais ne vous inquiétez pas c’est presque invisible.

Pauline se dévêt, s’allonge sur la table ; la machine ressemble à celle pour passer une IRM en plus grosse. Au bout de dix minutes, la manipulatrice revient tatouer Pauline, puis elle repart prendre d’autres mesures. Pauline est allongée, mais relève la tête pour vérifier où est situé son tatouage. C’est certes discret, mais bien noir ! Pauline n’a jamais voulu ni songé un seul instant à se faire tatouer. Encore une chose qu’on lui impose, pense-t-elle.

— Voilà c’est fini, madame Lorens, vous pouvez vous rhabiller, je vous donne votre dossier, vous allez pouvoir patienter dans la salle numéro 1 et le docteur Attinault viendra vous chercher.

Dans la salle d’attente, Pauline en profite pour parcourir son dossier. Elle y découvre une version 3D de son buste comme l’échographie d’un nouveau-né. Son premier réflexe est d’envoyer un message à son club de soutien :

Pauline : téléchargement de la photo en cours…

Merde même sur les images 3D, ils ont mis les bourrelets…

Diane : Carrément, les cons lol.

Émilie : La vache, la zone de traitement est quand même très large.

Pauline : Oui c’est flippant quand même, j’attends le radiothérapeute, il m’en dira plus.

Tata Lulu : Oublie pas d’aller voir un magnétiseur, un coupeur de feu ! Il paraît que ça marche bien. La radiothérapie, ça brûle quand même pas mal à ce qu’on raconte.

Magalie : Roh, exagère pas quand même…

Jossie : Qu’est-ce que je devrais dire…

Pauline : Merci tata c’est rassurant !

Élise : Arrête le Nutella poulette !

Pauline : Je vous laisse, un vieux monsieur s’approche de moi, je crois que c’est le radiothérapeute. Mince, je n’aurai jamais eu de jeune et beau médecin !

 

— Madame Lorens, c’est à vous, veuillez entrer s’il vous plaît.

À votre avis, quelle est la première chose que le docteur Attinault lui demande ?

De se déshabiller, tel Arturo Brachetti, Pauline est à nouveau torse nu en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire.

Le médecin lui inspecte le buste avec minutie, puis s’installe à son bureau. Pauline se rhabille et s’installe sur la chaise en face. C’est pile à cet instant qu’elle se félicite du choix vestimentaire du jour : un simple t-shirt blanc en coton et une petite veste légère à motifs fleuris.

— Madame Lorens, nous partons pour vingt-sept séances de radiothérapie, elles s’effectueront tous les jours à la même heure, sauf le samedi et le dimanche. Nous allons effectuer cinq séances agressives, ou les rayons iront à six centimètres de profondeur avec une puissance X 2,5, puis cinq séances à trois centimètres de profondeur et puissance X 0,5… et ainsi de suite jusqu’à la fin. Ne vous inquiétez pas, les premiers effets ne seront visibles qu’entre la dixième et la quinzième séance. Je vous prescris une crème à mettre après chaque séance. Ma secrétaire vous donnera le protocole à suivre, de toute façon. Avez-vous des questions ?

— Oui, une séance dure combien de temps ?

— C’est très rapide, il y a quatre zones à traiter, disons entre dix et douze minutes, habillage et déshabillage compris.

— D’accord.

— Ma secrétaire m’informe que les créneaux encore disponibles sont ceux de 11 h 20 ou 14 h 20.

— C’est tout ? Non parce que j’ai deux enfants en bas âge qui ne peuvent se garder tout seuls, et ma Nounou est en vacances les trois dernières semaines de juillet.

— Je n’ai que ces deux créneaux à vous proposer, il faut faire avec. Merci de confirmer en sortant à ma secrétaire. On se retrouve le 9 juillet pour commencer. Bonne journée madame Lorens.

Désabusée, Pauline repart de ce premier entretien avec le docteur Attinault avec plus de questionnements qu’à l’arrivée. Le radiothérapeute est assez fermé, pas désagréable, mais froid. Pauline ressort de cette entrevue avec au moins un point positif. Elle a moins de séances de rayons à effectuer que prévu. Le docteur Lotti lui avait annoncé plutôt entre trente et trente-cinq, ce sera finalement vingt-sept. Pour n’importe qui le chiffre trois peut paraître petit, c’est quoi trois jours après tout… Mais pour Pauline c’est énorme.

 

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