Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 36
C’est le 31 décembre, Pauline arrive à l’hôpital de jour, la radio est allumée sur la station TENDANCE OUEST et la chanson du moment passe. Dans le fauteuil, Pauline se trémousse. Elle prend son portable et envoie un message à son groupe de soutien :
Pauline : J’ai envie de bouger mon popotin ! Un Jérusalema challenge, cap ou pas cap ?
Diane : Cap !
Tata Lulu : Je ne connais pas ?!
Pauline : C’est comme la Macarena mais version 2020.
Émilie : Alors moi je veux voir direct.
Marion : Balance la vidéo Paupau.
Émilie : Cyprien t’envoie plein de bisous…
Jossie : J’écoute la même radio, on dirait…
Charlotte : Réserve ton énergie pour la soirée de ce soir.
Pauline : C’est moins drôle sans spectateur, je vous ferai une démo. J’espère vraiment pouvoir venir ce soir. Fuck Macron, avec sa limite de rassemblement à 6 personnes et son couvre-feu, je compte bien terminer l’année en beauté. Je vous laisse, on va bientôt me brancher. Bisous les filles.
L’infirmière arrive, sa bonne humeur est contagieuse ce matin, toutes les deux prennent le temps de discuter de tout et de rien. Surtout de la dernière chimiothérapie et des effets secondaires de Pauline. Le docteur Lotti les interrompt quand il entend les explications de Pauline. Même si c’est sur le ton de l’humour, ces syndromes sont assez conséquents.
— Madame Lorens, comment allez-vous ? Cette première séance ?
— Eh bien, décoiffant comme promis. Intense, mais court, mais intense tout de même. Les anti-vomitifs ne semblent pas trop fonctionner. D’ailleurs on est bien d’accord que la chirurgie a tout enlevé ?! Alors pourquoi dois-je faire tout ça ?
— Madame Lorens, oui la chirurgie a tout retiré, mais je vous le répète, au vu des résultats de la biopsie nous savons que votre taux de récidive est de 70 % si on ne fait rien. 70 % dans les moins de cinq ans. Dans cinq ans, vous n’aurez pas encore quarante ans. Vous avez deux enfants, vous êtes jeune. Il faut que je continue ou vous avez compris ?
— Non, docteur c’est bon. Enfin pour aujourd’hui. Je suis désolée, mais je ne comprends toujours pas que je doive me soumettre à la chimiothérapie.
— La prochaine fois que vous viendrez en chimio, vous verrez le psychologue du service pour en parler.
— Si vous voulez, docteur.
La visite dans le service de l’hôpital de jour se passe sans encombre, Pauline aide Henri à finir ses mots croisés, regarde le replay de la veille de sa série du moment car elle s’était endormie et avait textoté avec les copines au lieu de regarder vraiment.
L’ambulancier est là, Pauline grimace, c’est Julien, le bavard de service. Ça ne tombe pas très bien, car Pauline a déjà la nausée. Les trente-cinq minutes de route qui séparent l’hôpital de son domicile semblent interminables. En toute discrétion, Pauline descend son masque sous son nez afin de respirer un peu et ouvre sa fenêtre, pendant que Julien lui raconte son programme de la soirée. Il reçoit chez lui pour une soirée déguisée sur le thème des superhéros. Pauline ne répond que par des onomatopées et des hochements de tête.
À peine a-t-elle passé la porte de sa maison que les toilettes lui ouvrent les bras. Désemparée et affalée sur le canapé, Pauline attrape son portable, envoie un premier message à Jérôme pour lui signaler son retour. Elle lui annonce qu’elle est déjà malade et qu’ils verront dans quelques heures s’ils pourront se rendre à la soirée. Un deuxième message à Diane pour l’avertir qu’elle ne sait pas si elle pourra venir ce soir. Le dernier message pour sa mère afin de prendre des nouvelles de Victoire qu’elle ne reverra que l’an prochain. Émilie a envoyé une photo de Cyprien un peu plus tôt dans la matinée, ils faisaient des sablés de Noël avec sa cousine. Sa mère ne semble pas lui manquer et cela réjouit Pauline de savoir que leurs enfants ne sont pas trop perturbés.
Jérôme a pu quitter le travail un peu plus tôt, en rentrant à la maison, il trouve sa femme dormant dans leur lit. Il remonte la couette jusqu’à sous le nez de Pauline et lui embrasse le front avant de quitter la chambre. Il envoie un message sur le groupe WhatsApp, pour un changement de programme. Il sait que Pauline n’aura pas la force de sortir de la maison.
La maladie de Pauline a affecté tout son entourage au plus profond d’eux-mêmes. Ils s’étonnent tous de savoir comment une femme sportive, qui ne fume pas, ne boit pas, avec une hygiène de vie presque parfaite, qui a allaité ses enfants, soit touchée par le cancer. Pauline leur répond à chaque fois que c’est comme ça, un coup de pas de chance. Enfin c’est surtout ce que les tests génétiques et autres examens ont révélé.
OceanofPDF.com