Elle voulait simplement déjeuner en paix
Chapitre 29
Journal de Pauline
Mes yeux se sont ouverts bien avant l’heure prévue. L’horloge affiche 5 h 10, alors que je ne devais me lever qu’à 6 h du matin. J’ai effectué une préparation mentale pour cette première chimio. Encore allongée dans mon lit, en attendant que le réveil sonne, je regarde le plafond d’un blanc immaculé de ma chambre et je me répète comme un mantra « Reste zen, ne stresse pas, tout va bien se passer. » J’avoue que ce n’est pas si facile. C’est l’inconnu, et comme tout le monde, enfin je crois, l’inconnu me fait peur. Je regarde les photos de mes enfants, installées sur ma table de chevet, et je leur promets de me battre et de ne rien lâcher. Je respire profondément, je commence par évacuer toutes mes pensées négatives puis je me focalise sur du positif.
À peine le pied posé en dehors du lit, je dois sortir la check-list donnée par l’oncologue. Cela me rassure et je suis à la lettre cette préparation.
Prendre une douche.
Mettre le patch sur la chambre[1] pour insensibiliser la zone.
Celle-ci a été implantée lors de la mastectomie afin de n’être endormie qu’une seule fois.
Prendre le médicament contre les nausées.
Déjeuner.
Ce n’est pas si compliqué, c’est comme une liste d’indications à suivre, pourtant les choses ont une autre saveur ce matin.
Maintenant, je dois réveiller les enfants, les préparer et les déposer chez Nounou. Il est 6 h 45, j’ai le pressentiment que cela va être sportif. Cyprien se réveille comme une fleur et de bonne humeur. Pour Victoire, c’est beaucoup plus compliqué. Je ne me rajoute pas de stress supplémentaire, je lui mets ses vêtements dans son sac à langer, Nounou l’habillera avant de les déposer à l’école.
Il est 7 h 30, et maintenant je dois attendre l’ambulance. J’espère qu’il ou elle ne sera pas en retard. J’ai maudit la période où je devais la prendre chaque jour pour aller à la kiné, une fois sur trois ils avaient du retard. Je regarde à nouveau ma montre. Je décide de patienter devant la maison. J’espère que c’est Charline qui sera mon chauffeur aujourd’hui. La dernière fois que je l’ai vue, elle transportait, en plus de moi, une mamie qui n’a pas arrêté de se plaindre pendant tout le trajet. Elle me regardait avec compassion dans le rétroviseur, sachant que ma pathologie est bien plus grave. Une fois cette dame déposée, nous avons critiqué et imité ces vieux ronchons. Le trajet est passé à toute vitesse.
C’est l’inconnu, j’ai peur, je ne sais pas vraiment à quelle sauce je vais être mangée, mais en même temps je suis motivée. Je suis prête à défoncer ce putain de cancer.
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