Histoire d'une vie

Aharon Appelfeld · Chapitre 24 sur 31

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Histoire d'une vie

Chapitre 23

 

De 1952 à 1956, j’ai étudié à l’Université Hébraïque. Ce furent des années de course pour combler les lacunes de ma culture, pour trouver ma place dans le tourbillon social et culturel qui m’entourait, et principalement trouver ma propre voix. Ma scolarité s’était achevée au cours préparatoire. Pour obtenir le baccalauréat, il me fallait réussir un examen préliminaire qui portait sur des sujets étudiés à l’école élémentaire. Seul le succès à cet examen permettait de se présenter à l’examen principal. L’examen externe était exigeant : algèbre, trigonométrie, littérature, anglais, Bible, etc. En un an et demi, j’absorbai des programmes que l’on apprend et bachote pendant des années. Rien d’étonnant à ce que j’aie été recalé deux fois en mathématiques et en anglais.

Cet effort gigantesque m’épuisait et me dégoûtait des études. Je voulais retourner à la plantation dans laquelle j’avais travaillé deux ans, lorsque j’étais à la Alyat Hanoar, puis à Mikvé Israël. La plantation tranquille qui changeait d’apparence au fil des saisons m’apparaissait soudain comme une oasis bénie. J’avais aimé les heures de solitude, et le labour, le hersage, la lutte pour venir à bout des insectes nuisibles, le temps passé à observer le mûrissement des fruits, leur chute de l’arbre à l’automne, l’élagage en hiver.

Pourtant je ne retournai pas au travail de la terre. La décision n’était pas rationnelle. Ma mère, comme beaucoup de mères juives, avait souhaité me voir faire de brillantes études. Elle ne me dissimulait pas son désir et me rappelait à chaque occasion que j’étais tenu d’étudier. Quelques jours avant son assassinat, elle m’avait dit : « Tu seras instruit. » J’ignore ce qu’elle entendait par « instruit » : un penseur ou juste un homme lettré. Quoi qu’il en soit, j’avais son souhait à l’esprit lorsque j’optai pour les études.

Qu’étudie-t-on ? J’avais dans l’idée d’apprendre l’agronomie ; j’exprimais ainsi le désir de joindre l’étude théorique à la pratique, mais qu’y pouvais-je si ma maigre éducation fut de nouveau un obstacle ? Certes, je me présentai aux examens sur les fondamentaux de chimie, de botanique et de zoologie, mais le peu que je savais était bien trop insuffisant pour envisager des études supérieures. De ma vie je n’étais jamais entré dans un laboratoire, je n’avais jamais regardé au microscope. L’homme qui me faisait passer l’entretien me conseilla, avec un certain dédain, de me tourner vers les sciences humaines.

Je m’inscrivis au département de yiddish. Pourquoi le yiddish ? Ma langue maternelle était l’allemand, mais pendant la guerre et par la suite tout le monde parlait yiddish. C’est dans cette langue que bruissaient encore les souvenirs de la maison de mon grand-père, les visions de la guerre et ce qui m’appartenait en propre. C’était la réaction du faible qui n’a pas la force de se confronter au monde extérieur et qui se réfugie dans sa coquille. L’année 1952 n’annonçait aucun changement à l’égard de cette langue : elle symbolisait la diaspora, la faiblesse et le relâchement. Tout le monde la dénigrait, elle était devenue un objet de dérision et de sarcasme. Mais il y avait dans ce mépris quelque chose qui me la fit choisir. Sa condition d’orpheline résonnait avec mon statut d’orphelin.

Il s’avéra que l’instinct ne m’avait pas trompé. Au département de yiddish, je croisai peu d’élèves. En fait, il y en avait trois, qui se pressaient autour d’un petit homme aux yeux vifs : Dov Sadan. Dov Sadan était exactement le professeur dont j’avais besoin à cette époque : des manières agréables, l’esprit affûté, une perception aiguë de ses interlocuteurs.

Au début des années cinquante, Martin Buber, Gershom Scholem, Ernst Simon, Yehezkiel Kaufman, pour ne citer qu’eux, enseignaient à l’Université Hébraïque. Ils possédaient tous une culture juive et une culture générale étendues, tous les domaines de la pensée et de l’art leur étaient ouverts, ils maîtrisaient les langues anciennes et les langues modernes. Rien d’étonnant à ce que nous eussions l’impression de n’être rien d’autre que des sauterelles.

Comme tous ceux de ma génération qui étaient arrivés en Israël à l’adolescence, je ne savais pas relier mes expériences européennes à ma vie ici. Plus exactement, je ne savais comment ignorer mon passé. Le passé vivait en moi dans une sorte d’intensité éruptive et exigeait mon attention. Sous cet angle, l’université ne fut pas seulement la maison où j’acquis certaines connaissances mais l’endroit où s’élabora le début de ma conscience : le début du tracé qui reliait « d’où ? » à « vers où ? ».

L’université est généralement un lieu froid, mais elle ne le fut pas pour moi. Il y avait Dov Sadan et les rapports chaleureux que nous entretenions. Tous mes professeurs étaient nés en dehors d’Israël et comme moi ils portaient en eux la douleur de deux patries. Leah Goldberg et Ludwig Strauss, pour en citer deux, évoquaient souvent la dichotomie due à la possession de deux langues, de deux terres. Ils étaient poètes et parlaient comme des poètes. C’est chez eux que j’ai appris à écouter le vers et le mot seuls, à essayer de comprendre que le son aussi a un sens.

L’Université Hébraïque des années cinquante était un étonnant mélange de professeurs qui avaient quitté l’Allemagne, ou qui étaient passés par l’Allemagne au cours de leurs pérégrinations, pour arriver en Israël, d’étudiants tout juste libérés d’un long service militaire, de rescapés de la Shoah, jeunes ou moins jeunes.

J’étudiais la littérature yiddish et la littérature hébraïque, mais j’étais de plus en plus attiré par la Kabbale et le hassidisme. Gershom Scholem dispensait ses cours comme un magicien et hypnotisait tout le monde. De Buber, on ne savait dire s’il était un professeur selon le modèle allemand ou s’il était un rabbin hassid. Tous deux cultivaient un cercle d’admirateurs. La langue de la Kabbale et celle du hassidisme me parlaient bien plus que la

littérature de la Haskala(3), et que bon nombre de textes de la littérature

résurrectionnelle(4). L’approche sociologique m’était étrangère. Dès mes débuts, j’avais senti que la littérature n’est pas le terreau adéquat pour l’étude sociologique. La vraie littérature traite du contact avec les secrets du destin et de l’âme, en d’autres mots : la sphère métaphysique.

Je luttais avec moi-même pour élaborer une expression. La langue que je parlais était déjà fluide, mais n’avait pas la bonne mélodie. La musique est l’âme de toute poésie et de toute prose. Je le savais, et cela me faisait mal. Durant toutes les années passées à l’université, j’ai écrit des poèmes. C’étaient les plaintes d’un animal abandonné qui cherche depuis des années le chemin vers la maison. Maman Maman, Papa Papa, où êtes-vous ? Où vous cachez-vous ? Pourquoi ne venez-vous pas me tirer de ma détresse ? Ou bien : où est ma maison, et où sont ma rue et la parcelle de terre qui m’ont vu naître ? C’était l’essentiel de mes plaintes. Sur les mots « solitude », « nostalgie », « chagrin » et « obscurité », j’entassais toutes les douleurs et les angoisses. J’étais sûr qu’ils étaient mes fidèles émissaires auprès de ceux qui les entendaient.

La prose me délivra de ce sentimentalisme. Par essence, la prose exige des accessoires concrets. La sensiblerie et les idées ne lui correspondent pas. Seules les idées et les émotions qui émanent du concret existent vraiment. Ces choses élémentaires et simples qu’un être apprend généralement peu à peu, moi, dont la culture était minimale, je les appris encore plus lentement. Au lieu de contempler le corps et ses mouvements, j’étais attiré par le brouillard et le rêve.

Comme tous ceux de ma génération à l’université, je lisais Kafka et Camus avec avidité. Ce furent mes premiers prophètes, desquels je souhaitais apprendre. Comme tout premier apprentissage de jeunesse, le mien fut extérieur. J’étais pris par la rêverie et le vague, sans voir que le brouillard de Kafka prenait corps grâce à des descriptions détaillées, palpables et précises qui lui ôtaient sa nébulosité et rendaient le mystère normal, pour reprendre la célébre phrase de Max Kidoushin.

La littérature russe me sauva de la confusion du brouillard et des symboles. Des auteurs russes, j’ai appris que le brouillard et les symboles n’avaient pas de nécessité : la réalité, si elle est décrite de façon juste, produit d’elle-même les symboles, et, à vrai dire, tout objet dans une situation donnée devient symbolique.

Je vais bien trop vite. Longtemps je fus prisonnier de la magie de Kafka. Dans ma perception, il était beaucoup plus relié à la Kabbale ou au hassidisme que la littérature de la Haskala et des pans entiers de la littérature résurrectionnelle. C’est chez Agnon seul que je trouvai plus tard la véritable aspiration au mystère.

Mon rapport au yiddish était différent : à travers lui j’aspirais à renouer avec mes grands-parents et leur maison des Carpates. Au fond de moi je savais que si je renouais avec les grands-parents, avec la musique de leur langue, je ferais le lien avec les sources juives que j’avais apprises assidûment chez Gershom Scholem et Martin Buber.

Les années d’université furent des années de recherche d’un judaïsme authentique. Je ne me contentais pas de l’étude universitaire. Je passais de longues heures dans les petites synagogues de Méa Shearim et de Shaarei Hessed. J’aimais entendre le yiddish dans la bouche des tout petits, l’étude répétitive dans les heder, les prières des jours profanes et des jours de fête. Ce mystère palpable m’attirait, mais jamais dans un esprit de pénitence. Mon rapport fondamental au judaïsme était semblable à ceux de mes maîtres Dov Sadan, Martin Buber, Gershom Scholem et Hugo Bergman. Leur rapport à la tradition juive était, pour simplifier, post-assimilationniste : il ne s’agissait plus d’un conflit entre les pères et les fils mais d’un rapport qui allait au-delà. Ni Buber ni Scholem n’étaient des mystiques traditionalistes, mais il y avait en eux une aspiration à la mystique. Hugo Bergman, un philosophe autodidacte, avait reçu le mystère juif de Buber et l’avait traduit dans sa propre langue. Dov Sadan était un Juif orthodoxe sans pour autant observer les six cent treize commandements.

Ces mêmes années, je me rapprochai d’Agnon et le vis régulièrement. Je l’avais rencontré pour la première fois en 1946, l’année de mon arrivée en Israël. Je travaillais dans l’exploitation agricole de Rahel Yanaït, et Agnon, qui habitait non loin de là, à Talpiot, y venait de temps à autre. Nous étions cinquante adolescents rescapés, de Pologne et de Roumanie. Agnon assaillait parfois un enfant de questions sur sa ville natale, sur ce qu’il avait vécu pendant la guerre. Lorsque je lui confiai que j’étais né à Czernowitz, il s’en réjouit. Il connaissait ma ville à merveille et il commença aussitôt à énumérer des noms de gens et d’institutions. Je ne comprenais pas de quoi il parlait. Son visage et ses intonations ne m’étaient pas étrangers. Il ressemblait à mon oncle Mark, dont je me souvenais confusément. Je fus étonné lorsqu’on m’apprit qu’il était écrivain. Il n’y avait pas dans son apparence de signes qui témoignaient de sa qualité d’artiste : ni chevelure abondante, ni cravate coquette. Il donnait l’impression d’être un homme qui avait tout son temps.

Je découvris son écriture des années plus tard et je me sentis aussitôt une proximité avec elle. Les noms des gens, des villes et des villages de mon enfance, dont j’avais confusément gardé le souvenir, m’emplissaient d’émotion, puisque ma terre natale, la Bucovine, et la Galicie d’Agnon ne faisaient qu’un jusqu’à la Première Guerre mondiale, au terme de laquelle elles furent séparées. Mon père évoquait avec nostalgie Lemberg, Brod et Buczacz, où il s’était rendu dans sa jeunesse.

Avec le temps, lorsque je lus À la fleur de l’âge, Tehila et Au cœur des jours, je sus qu’Agnon me racontait la légende de la vie de mes parents, et des parents de mes parents. Je me souvenais un peu de la tranquillité et de la sérénité datant de l’Empire austro-hongrois qui étaient demeurées dans les villages et les petites bourgades où nous nous rendions en été, et je compris de quoi il parlait.

Pour mes premières tentatives d’écriture en prose, je n’empruntai pas le chemin d’Agnon. Au contraire, je m’efforçais de me couper du passé et de m’enraciner dans la nouvelle réalité. Dans mes premiers bégaiements, j’étais un paysan labourant les montagnes de Judée, membre d’un kibboutz,

combattant du Palmach(5) et vigneron. Tout, mais surtout pas moi. Dans ces années-là, il me semblait que je n’avais pas de biographie propre et qu’il m’incombait de la fabriquer, ou plus exactement de l’inventer. Dans cette étrange fiction, je blâmais tous ceux qui s’accrochaient à leurs souvenirs et qui restaient plongés dans le passé malade. J’étais un enfant de paysan, et pas un petit réfugié qui avait erré de pays en pays pour finalement être envoyé sur le rivage d’Atlit. Yizhar, Shamir et Gouri me tenaient lieu d’exemples.

C’était une littérature jeune et optimiste qui correspondait bien à mes désirs secrets de changer, de m’oublier pour être un garçon d’ici.

Des années passèrent avant que je parvienne à moi-même et à l’œuvre d’Agnon. J’étais prêt alors à accepter ma propre histoire. La réconciliation, comme toute réconciliation, impliquait des souffrances.

La majeure partie des gens de ma génération en décidèrent autrement. Ils s’employèrent avec force à refouler leur passé et à l’annihiler. Je ne le leur reproche pas. Je les comprends jusqu’aux profondeurs de mon âme. Moi, quoi qu’il en soit, je ne parvenais pas à me fondre dans la réalité israélienne. J’allais, ou si vous préférez, je revenais à moi-même.

À cet égard, et à bien d’autres, Agnon fut pour moi un exemple et un modèle. De lui j’appris qu’un homme pouvait emporter sa ville natale partout et y vivre pleinement. Une ville natale n’est pas assujettie à la géographie statique. Plus encore : on peut élargir ses limites ou l’élever vers les hauteurs. Agnon peuplait sa ville de tout ce que le peuple juif avait produit depuis deux cents ans. Comme chez tout écrivain d’envergure, ses livres ne parlaient pas de sa ville sur le mode du souvenir. Il ne s’agissait pas de ce qu’elle avait été mais de ce qu’il était digne qu’elle fût. Il m’apprit encore ceci : le passé, même le plus dur, n’est pas une tare ou une honte mais une source de vie. Agnon, contrairement à bon nombre dans sa génération, n’était pas en conflit avec ses pères. Sa rébellion d’adolescent avait été brève. Je considère comme irrecevable l’affirmation souvent rapportée selon laquelle Agnon avait un rapport ambivalent à la tradition de ses pères. Certes, il n’aimait pas l’institutionnalisme religieux, la fossilisation, la routine et l’orgueil qui accompagnent parfois la pratique religieuse, mais il aimait passionnément la foi ancestrale cachée dans la bibliothèque juive. Toutes ces années, il étudia avec l’assiduité d’un savant pieux. Il est vrai qu’il y avait en lui une dose d’ironie et de raillerie pour les êtres gonflés d’importance, pour des manières de vivre insipides et hypocrites, mais l’essentiel, le meilleur de lui-même, ce sont les œuvres où il délaisse la satire et l’ironie pour ne faire qu’un avec ses pères, comme dans Tehila, Au cœur des jours et bien d’autres.

Dov Sadan, Scholem et Buber étaient très proches d’Agnon et je les rencontrais parfois au café, dans la rue ou à l’université. D’eux tous, Agnon était le plus divertissant. Il racontait des plaisanteries, des souvenirs et des anecdotes sur des gens du passé et des notables de l’époque. Il aimait particulièrement tourner en dérision les gens importants et autres professeurs qui se considéraient comme des hommes de pensée.

Le dénominateur commun de ce groupe, si l’on peut généraliser ainsi, était le rapport post-assimilationniste au judaïsme. Le conflit avec les pères et la foi était derrière eux. Ils étaient imprégnés du sujet juif. Agnon collectionnait jusqu’à l’obsession des livres juifs anciens, des fascicules de commentaires, des registres. Je m’épuisais les jambes pendant des heures avec lui, de magasin en magasin, parfois pour un fascicule hassidique dont il avait entendu dire qu’il avait été réimprimé. Il tentait l’impossible : relier le judaïsme au monde moderne.

Pour ce groupe, le sionisme était une forme de retour au judaïsme, mais ce retour n’était ni orthodoxe ni formel. Gershom Scholem se définissait comme un anarchiste religieux. Cette définition sied également à son maître, Martin Buber. Chacun à sa manière avait un lien chaleureux et empathique avec la tradition juive. Buber et Scholem souhaitaient ressusciter des textes kabbalistiques et hassidiques, prouver leur nécessité absolue et leur adéquation à notre génération. Yehezkiel Kaufman voulait sauver la Bible de la critique chrétienne et Yitzhak Bar avait pour ambition de démontrer la continuité juive depuis le Second Temple. Dov Sadan présentait la littérature hébraïque en termes dialectiques comme une littérature dans laquelle s’agitaient quatre courants : le hassidisme, le mouvement contre-hassidique, la Haskala et la modernité.

Comparé au monde d’où je venais, celui d’Agnon semblait paisible et ordonné. Je venais d’un monde apocalyptique qui exigeait de moi une autre langue et un rythme différent. Dans l’univers d’Agnon, malgré la destruction et le deuil résultant de la Première Guerre mondiale, subsistaient des vestiges de structure sociale et, plus important que tout, un monde juif qui se renouvelait sur la terre d’Israël.

Et pourtant Agnon fut pour moi un guide. Je sentais qu’il traitait de l’entité juive, de ses éternelles migrations et errances, de sa loi révélée et obvie. Si l’on part du principe qu’un écrivain est la mémoire collective de la tribu, alors Agnon incarne cela.

Les années dans la maison de mon enfance et les années de guerre formèrent mon système de réflexes et de sensations.

Les années d’université m’apportèrent mes outils critiques et mes outils d’expression. La chance me sourit en plaçant sur ma route des maîtres qui devinrent des guides, et que je continuai à voir après avoir terminé mes études. Ils connaissaient mes douleurs d’écriture mais ils ne me cachèrent jamais la vérité. Leurs critiques ne m’étaient pas faciles à accepter. Plus tard, lorsque parut mon court roman Comme la pupille de l’œil, Gershom Scholem serra mes mains entre les siennes et dit : « Appelfeld, tu es un écrivain. »

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