La cité des eaux
Le Bouquet
Sur la rosace éclose au centre du parquet Pose ton pied léger, écoute et sois furtive; La solitude parle à celle qui arrive; N’as-tu pas entendu le marbre qui craquait?
La harpe tremble et vibre à ton pas indiscret, Le lustre se balance et son cristal s’avive; De ce qui semble mort crois-tu que rien ne vive?
La glace a son fantôme et tout a son secret.
Le temps passe; tout fuit; les choses sont fidèles, L’invisible silence évente de ses ailes La poussière pensive et l’ombre transparente; Et, sur la table nue où le marbre veiné A quelque chair ancienne et pâle s’apparente, Effeuille le bouquet que l’Amour t’a donné.
L’ILE
L’île basse, parmi les eaux, isole en elle, Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble, Le pavillon carré dont la tristesse semble Enclore en son secret un silence fidèle.
Par les vitres, on voit, qui se décharne, l’aile D’une harpe tendre ses cordes où il tremble Un peu du frôlement des doigts qui l’ont ensemble Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.
Et le blanc pavillon de marbre et de cristal S’est endormi, avec en lui l’accord final Que le silence embaume en son ombre engourdie; Et qui sait si le chant, par la fenêtre close, N’en filtre pas encor pour charmer l’eau verdie, Faire trembler le tremble et sangloter le saule?