La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 8 sur 50

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La cité des eaux

Latone

Le quinconce, le buis, les ifs et les cyprès, La rocaille coquette et la vasque pensive D’où s’épanche ou jaillit l’onde dolente ou vive Qui fait l’allée en pleurs ou le carrefour frais; La fontaine qui jase et le bassin auprès Qui stagne et que tarit la fissure furtive, La statue et l’hermès que la mousse enjolive Et le parc qui finit en lointains de forêts; Le Silence qui songe et l’Écho qui recule Bercent la douceur d’être en ce beau crépuscule Où, dans le souvenir, tout reste ce qu’il fut, Et, parmi l’eau verdie où s’effeuille l’automne, Toujours s’obstine, en or accroupi, le salut De l’obèse grenouille à la svelte Latone.

 

FÊTE D’EAU

 

Le dauphin, le triton et l’obèse grenouille Diamantant d’écume et d’or Latone nue, Divinité marine au dos de la tortue, Dieu fluvial riant de l’eau qui le chatouille; La vasque qui retombe ou la gerbe qui mouille, La nappe qui décroît, se gonfle ou diminue, Et la poussière humide irisant la statue Dont s’emperle la mousse ou s’avive la rouille; Toute la fête d’eau, de cristal et de joie Qui s’entrecroise, rit, s’éparpille et poudroie, Dans le parc enchanté s’est tue avec le soir; Et parmi le silence on voit jaillir, auprès Du tranquille bassin redevenu miroir, La fontaine de l’if et le jet du cyprès.