La cité des eaux
Urbs
Sois nombreux par le Verbe et fort par la Parole, Actif comme la ruche et comme la cité; Imite tour à tour avec fécondité
La foule qui demeure et l’essaim qui s’envole.
Travaille, croîs, grandis! que ta hauteur t’isole, Et dresse dans le ciel sur le monde dompté Ta rumeur obéie et ton bruit écouté; Vis. Entasse la pierre et creuse l’alvéole.
Ce soir, Rome debout chante dans ta pensée Le chant d’or et d’airain de sa gloire passée, Et la Louve dans l’ombre allaite les Jumeaux.
N’as-tu pas bu comme eux aux sources de la vie Le désir d’être seul qui les rendit rivaux Jusques au sang versé sur la terre rougie?
VÉRONE
O Vérone! cité de vengeance et d’amour, Ton Adige verdi coule une onde fielleuse Sous ton pont empourpré, dont l’arche qui se creuse Fait l’eau de bile amère et de sang tour à tour!
Le dôme, le créneau, la muraille, la tour, Le cyprès dur jailli de la fente argileuse, Et tes tombeaux guerriers et ta tombe amoureuse Te parent orgueilleusement d’un noble atour.
C’est en vain que plus tard ta Soeur adriatique, Dans la rouge paroi de ton palais de brique, Incrusta son lion de pierre comme un sceau; Son grondement ailé s’est tu dans l’air sonore Où roucoule toujours et se lamente encore La colombe plaintive et chère à Roméo.