La cité des eaux
Les Scaliger
Ils dorment dans l’armure et couchés sur le dos, Leurs mains jointes, pourtant, ont l’air prêtes encore A l’épée, et leurs yeux que l’ombre eut peine à clore Goûtent sournoisement un sommeil sans repos.
Et celui-là, debout, équestre, tout en haut Du pinacle ouvragé que son bronze décore, Semble guetter au loin quelque tragique aurore Que l’Adige au pont rouge annonce dans ses eaux.
La vie a si longtemps, furieuse et farouche, Menacé par leur geste et crié par leur bouche Que l’écho vibre encor du nom des Scaliger; Et, pour que de la mort ils ne reviennent plus Fouler tes dalles, ô Vérone, il a fallu Entourer leurs tombeaux d’une grille de fer.