La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 27 sur 50

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La cité des eaux

La Colline

Cette colline est belle, inclinée et pensive; Sa ligne sur le ciel est pure à l’horizon.

Elle est un de ces lieux où la vie indécise Voudrait planter sa vigne et bâtir sa maison.

 

Nul pourtant n’a choisi sa pente solitaire Pour y vivre ses jours, un à un, au penchant De ce souple coteau doucement tutélaire Vers qui monte la plaine et se hausse le champ.

 

Aucun toit n’y fait luire, au soleil qui l’irise Ou l’empourpre, dans l’air du soir ou du matin, Sa tuile rougeoyante ou son ardoise grise…

Et personne jamais n’y fixa son destin De tous ceux qui, passant, un jour, devant la grâce De ce site charmant et qu’ils auraient aimé, En ont senti renaître en leur mémoire lasse La forme pacifique et le songe embaumé.

 

C’est ainsi que chacun rapporte du voyage Au fond de son coeur triste et de ses yeux en pleurs Quelque vaine, éternelle et fugitive image De silence, de paix, de rêve et de bonheur.

 

Mais, sur la pente verte et lentement déclive, Qui donc plante sa vigne et bâtit sa maison?

Hélas! et la colline inclinée et pensive Avec le souvenir demeure à l’horizon!

 

L’OMBRE NUE

 

J’ai fait de mon Amour cette blanche statue.

Regarde-la. Elle est debout, pensive et nue, Au milieu du bassin où la mire son eau Qui l’entoure d’un double et symbolique anneau De pierre invariable et de cristal fidèle.

La colombe en passant la frôle de son aile, Car l’Amour est vivant en ce marbre veiné Qui de son long regard que rien n’a détourné, Contemple, autour de lui dans l’eau proche apparue, La fraîcheur de son ombre humide, vaine et nue.

 

L’HEURE

 

Rapide, aiguë et furtive,

L’aiguille sur le cadran

Perce l’heure où elle arrive De son dard indifférent.

 

La rose, de ses pétales,

Compte l’instant qui se suit En minutes inégales

Qui s’effeuillent sans un bruit.

 

Le temps pour toi se divise Selon que tu l’as pensé!

Qu’il s’abrège ou s’éternise Il deviendra ton passé.

 

Et, lorsqu’un jour de ta cendre Les roses refleuriront,

Tu ne pourras plus entendre Les aiguilles qui feront,

 

Sur le cadran à demeure,

Leur travail minutieux

De percer encore l’heure

Que ne verront plus tes yeux.