La cité des eaux

Henri de Régnier · Chapitre 41 sur 50

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La cité des eaux

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Crois-moi. N’emprunte rien des hommes. Que tes yeux Ne le conduisent point sur leur pas anxieux.

N’asservis pas ta faim à la faim d’autres bouches.

Au contraire, sois libre et, s’il le faut, farouche; Et plutôt mords ton poing et frappe du talon, Pour les mieux éloigner, ceux qui te parleront, Puis, quand tu seras seul, regarde, écoute et veille.

Si le vent passe auprès de toi, prête l’oreille, Car il sait les secrets de la nuit et du jour.

Marche ou trébuche, tombe ou rampe, monte ou cours Ou reste là; l’aurore est pareille à l’aurore, Ici ou là. Partout, sa graine fait éclore Une semblable fleur à celle que tu tiens; L’odeur qu’elle répand en parfums te revient Dans l’air qui l’emporta et qui te le rapporte; Demeure ou pars, attends ou cherche, va, qu’importe!

Ou remonte le fleuve, ou prends la route, ou suis D’autres chemins. L’écho garde tes pas en lui Comme pour te prouver, rétrograde et contraire, Que ta marche est inverse et retourne en arrière.

Demeure donc. Pourquoi partir? Est-ce que l’eau N’est pas la même au fleuve et la même au ruisseau, Qu’elle gronde ou murmure et que, rapide ou lente, Etroite ou large, elle bifurque, aille ou serpente?

Si la Mer est trop loin écoute la Forêt.

Sois attentif, sois docile et surtout sois prêt A saisir la rumeur vivante éparse en elle Et, debout, sens en toi la force universelle Sourdre, croître, grandir et monter à son but En ta stature d’homme ainsi qu’en l’arbre nu.

 

L’AUTOMNE

 

Si l’automne fut douce au soir de ta beauté, Rends-en grâces aux dieux qui veulent qu’à l’été Succède la saison qui lui ressemble encore, Ainsi que le couchant imite une autre aurore Et comme elle s’empourpre et comme elle répand Au ciel mystérieux des roses et du sang!

Ce sont les dieux, vois-tu, qui font les feuilles mortes D’un or flexible et tiède au vent qui les emporte, Et dont l’ordre divin veut que les verts roseaux Deviennent tour à tour, uniques ou jumeaux, Et, selon que décroît leur taille à la rangée, L’inégale syrinx ou la flûte allongée.

 

Ce sont eux qui, des fleurs de ton été, couronnent Ta jeunesse mûrie à peine par l’automne Et qui veulent encor que le parfum enfui De la fleur se retrouve encore au goût du fruit Et que, devant la mer qui baisse et se retire, Une femme soit belle et puisse encor sourire.